La sécurité des patients déficiente en région?

L'hôpital de La Malbaie à Quebec
Photo: Wikimedia Commons L'hôpital de La Malbaie à Quebec

Au moment où le personnel médical du Québec doit jongler avec un équipement de protection limité face à la pandémie de la COVID-19, des patients ayant été pris en charge dans un hôpital de la Capitale-Nationale s’inquiètent d’un possible décalage dans les mesures de sécurité appliquées en région.

« J’avais l’impression qu’on ne prenait pas ça au sérieux », commente Manuel Guérette, un résident de Charlevoix, après s’être rendu aux urgences de l’hôpital de La Malbaie le 13 mars dernier. Il a reçu une réponse négative catégorique, après avoir demandé s’il y avait des précautions à prendre pour son conjoint qui faisait de la fièvre. Les patients avec et sans masque étaient assis les uns à côté des autres dans la salle d’attente.

Andreanne Warren est elle aussi préoccupée par les mesures de sécurité dans les hôpitaux des régions, après une dizaine de jours de péripéties entre son téléphone et les urgences. La résidente de Charlevoix a commencé à tousser après la semaine de relâche, qu’elle a passée dans un centre de ski de la région. Le 15 mars, elle appelle le numéro 1-877 pour la COVID-19. On l’adresse à l’hôpital de La Malbaie pour passer un test de dépistage. Aux urgences, elle est dirigée vers la salle d’attente, où elle attendra une quarantaine de minutes avant de passer au triage. Le personnel ne porte pas d’équipement de protection. Même si elle a consulté aux urgences deux jours plus tôt, on lui dit qu’elle doit revoir un médecin pour passer le test. Le temps d’attente est estimé à trois heures.

 

« Je me mets à risque pour venir ici, je mets tout le monde à risque », s’alarme Andreanne Warren, qui décide de quitter l’hôpital par précaution.

Le 20 mars, l’état d’Andréanne Warren se dégrade. Elle rappelle le numéro 1-877. Le lendemain, elle reçoit une confirmation pour passer un test à Rivière-du-Loup, à près de quatre heures de route de son domicile. Après plusieurs appels, son cas est transféré aux équipes de la Capitale-Nationale. On la rappelle pour lui proposer un test à Chauveau, à cinq heures de route aller-retour de La Malbaie. Elle décide d’attendre. On la joint enfin en soirée pour s’excuser de la confusion, en lui disant que « l’hôpital [de La Malbaie] n’était pas répertorié pour passer ces tests ».

Elle est de nouveau accueillie à l’hôpital de La Malbaie par un personnel soignant qui, dit-elle, ne porte toujours pas de lunettes, de masque ou de gants. Deux semaines après avoir commencé à sentir ses premiers symptômes, Andreanne Warren reçoit le résultat du test : négatif. Mais son expérience à titre de potentielle porteuse du virus l’inquiète.

« On me blâme pour être allée à l’urgence, mais c’est la Santé publique qui m’a dit d’y retourner », dit-elle. « De mettre à risque les gens, c’est ça qui est aberrant. On met en danger les gens dont on va avoir besoin dans les prochaines semaines. »

Le personnel médical préoccupé

Dans les milieux hospitaliers, certains membres du personnel demeurent inquiets. À Montréal, des cas d’infection chez le personnel médical ont été reportés à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’hôpital Notre-Dame et au CHU pédiatrique Sainte-Justine. Le syndicat CSN du CIUSSS du NÎM fait état de plusieurs cas de COVID-19 à l’hôpital Jean-Talon, où le port du masque est devenu obligatoire pour le personnel. Des infirmières de CLSC craignant pour leur sécurité ont même entrepris de fabriquer des masques à partir de tissus et de filtres certifiés récupérés sur des aspirateurs pour pallier le manque d’équipement disponible.

« Au Québec, il y a des centres qui ont manqué des cas, des cas qui sont passés au travers des mailles », note le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, le Dr Gilbert Boucher, qui rappelle que le nombre réduit de tests et les retards de diagnostics créent un décalage entre les statistiques et la situation sur le terrain. « Sur le terrain, il y a plus de monde qui est infecté que ce qui est rapporté. »

Des disparités quant aux protocoles de sécurité ont également lieu entre les établissements et les régions selon leur niveau de risque, selon le Dr Boucher, qui croit qu’une plus grande centralisation du leadership dans le système de santé permettrait de répondre plus rapidement à la crise. La région de Montréal, la Montérégie et l’Estrie, où plusieurs cas de transmission communautaire sont observés, ont rapidement adapté leur protocole dans les urgences la semaine dernière. La région de la Capitale-Nationale, qui craignait de manquer d’équipement au cours des semaines à venir, a décidé mardi soir de mettre en place des mesures de protection accrues, selon le Dr Boucher.