L’inquiétude se propage dans le milieu de la santé

La COVID-19 s’est propagée dans les murs de l’hôpital de Verdun, à Montréal. À un point tel que 35 patients, soit le quart des malades, en sont atteints. Cinq médecins en souffrent aussi. L’une des sources de l’éclosion : des médecins « totalement asymptomatiques », insiste le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Raison de plus, disent des syndicats, pour dépister tous les professionnels de la santé, en contact avec des cas de COVID-19.

« On a déjà demandé au gouvernement de tester les professionnels en soins qui sont asymptomatiques, sur une base volontaire, dit Linda Lapointe, vice-présidente de la FIQ. On n’a pas eu de retour. »


La FSSS-CSN réclame aussi un dépistage élargi. « Les travailleuses qui ont été en contact avec des cas de COVID ne peuvent avoir accès aux tests que si elles présentent au moins un symptôme, déplore son porte-parole, Hubert Forcier. On sait pourtant qu’une personne asymptomatique peut transmettre le virus. »

Nous, dans les hôpitaux, on a des contacts tous les jours, tout le temps. Il s’agit juste d’une personne pour transmettre le virus à une autre.

Le gouvernement Legault priorise les malades et les professionnels de la santé symptomatiques pour les tests de dépistage de la COVID-19. « Les voyageurs, on ne les teste plus, les gens qui sont des contacts de cas, on ne les teste plus, les gens qui ont des symptômes et pour lesquels on peut retarder le test, puis qui restent à la maison, on ne les testera plus », a dit le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique du Québec, lors du point de presse quotidien, jeudi, du premier ministre sur le coronavirus.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec estime que, dans un « monde idéal », tous les patients et les professionnels de la santé seraient dépistés à la COVID-19 dans les hôpitaux. Mais elle n’a pas l’intention de déchirer sa chemise à ce sujet. « On n’a pas la capacité au niveau des tests », dit la Dre Diane Francœur. Le Dr Horacio Arruda l’a d’ailleurs évoqué en point de presse : « Quand on aura plus de tests, ça va être tester, tester, tester. »

 

 
Pas moins de 907 nouveaux cas d’infection au coronavirus ont été recensés au Québec, portant le total à 5518. Le nombre d’hospitalisations est en hausse, à 365, avec 58 nouvelles admissions de mercredi à jeudi. Le nouveau coronavirus a causé 3 nouveaux décès, pour un total de 36.

 

Masque obligatoire en tout temps

Plus de 200 professionnels de la santé sont actuellement atteints de la COVID-19, selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, colligées mercredi à 21h. Le MSSS souligne que ces employés n’ont pas nécessairement contracté la maladie dans le cadre de leur travail.

Sur le terrain, des professionnels s’inquiètent. C’est le cas d’un urgentologue, qui préfère taire son identité. « En Italie, il y a eu beaucoup de décèschez les médecins, dit-il. Beaucoup de personnes pensent que, là-bas, la transmission s’est faite entre professionnels de la santé. »

Ce médecin pense que les employés peuvent avoir une fausse réassurance, et baisser la garde, lorsqu’ils échangent ensemble et qu’ils ne sont pas au chevet du patient. « Nous, dans les hôpitaux, on a des contacts tous les jours, tout le temps, dit-il. Il s’agit juste d’une personne pour transmettre le virus à une autre. » Il porte un masque, même en présence de ses collègues.

EN CHIFFRE
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C’est le montant horaire, en dollars, d’une nouvelle prime qui sera versée aux préposés aux bénéficiaires du réseau privé. Des primes de 8 % et de 4 % sont octroyées aux employés du public qui oeuvrent en « première ligne » et ailleurs, respectivement.

À l’hôpital de Verdun, les mesures ont été resserrées pour éviter la propagation du virus. Le masque de procédure est désormais requis en tout temps pour l’ensemble des soignants, indique la direction du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Tous les malades hospitalisés ont aussi subi un test de dépistage à la COVID-19. « Les patients qui sont admis à l’hôpital passent un test avant de monter à l’étage », ajoute le directeur général adjoint du CIUSSS, Pierre-Paul Milette. Ceux qui sont atteints sont installés dans une « zone chaude », une unité COVID-19.

Quant aux cinq médecins atteints du coronavirus, ils demeurent en isolement à la maison. « Ils sont asymptomatiques ou ont de très faibles symptômes », précise Pierre-Paul Milette.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un patient est transporté dans un hôpital de Montréal par des ambulanciers équipés de vêtements de protection.

Impossible de faire du télétravail

 

Il n’y a pas que les soignants dans les hôpitaux qui redoutent la transmission du coronavirus entre collègues. Des professionnels de la santé du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui offrent du soutien à des ressources intermédiaires accueillant des gens ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, sont aussi préoccupés.

Ces employés disent être obligés de se rendre au bureau pour effectuer des suivis téléphoniques. Ils réclament de pouvoir faire du télétravail afin d’éviter la propagation du virus et de contaminer les troupes.

« Je pourrais faire actuellement 90 % de mes tâches à distance », dit Émilie (nom fictif), une psychoéducatrice qui souhaite préserver son anonymat en raison de son devoir de loyauté envers son employeur. Elle doit plutôt travailler du bureau et côtoyer une soixantaine de collègues. Un non-sens, à ses yeux. « Ça ne répond pas aux exigences de la Santé publique, qui nous dit “si vous pouvez rester à la maison, faites-le” », dit-elle.

Q&R

Les familles inquiètes peuvent-elles aller chercher des proches dans des résidences pour les emmener à la maison ?

Le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, ne le permet pas; il a dit avoir un « malaise » vis-à-vis de cette idée.

Mercredi, la Direction a changé changé son fusil d’épaule. Le personnel peut désormais faire du télétravail en rotation, mais 50 % des employés doivent chaque jour être présents physiquement. « C’est quoi la raison d’être de ce 50 % ? demande Mathieu, un éducateur spécialisé. Il n’y a pas de justification rationnelle de nos supérieurs [à ce sujet]. »

Louise (nom fictif) déplore le fait que ses gestionnaires exigent des comptes rendus quotidiens des tâches accomplies en mode télétravail. « Ma gestionnaire ne surveille pas ma productivité lorsque je suis au bureau, dit-elle. On fait déjà des statistiques au mois. »

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal explique qu’au début de la crise, toutes les équipes devaient être au travail pour réorganiser les services essentiels. Le télétravail peut maintenant être mis en place progressivement, dit le CIUSSS. « On ne veut pas que plus personne ne soit au travail, dit Carla Vandoni, directrice, programmes déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique. Il peut y avoir des urgences. »

EN RÉSUMÉ

Les policiers en renfort

François Legault a fermement dénoncé le comportement des citoyens qui continuent de se rassembler et des entreprises qui poursuivent leurs activités bien qu’elles ne fournissent pas de services essentiels. Il a ordonné aux policiers de sévir contre les récalcitrants — en étant « un peu plus fermes. « Les policiers vont distribuer plus d’amendes. Les amendes varient entre 1000 et 6000 $ par personne. C’est tout ce que méritent les gens qui ne respectent pas les consignes », a déclaré le chef du gouvernement. « C’est sérieux, il y a des vies qui sont en danger. » M. Legault a rappelé aux Québécois de ne pas sortir à moins que ce soit « absolument nécessaire ».



De l’argent comptant

Ça « joue dur » dans certains pays pour avoir accès à de l’équipement médical, a lancé le premier ministre. « Mais on joue nous aussi avec les règles du jeu », a-t-il assuré. Il a affirmé que le Québec avait recours à de l’argent comptant et à des policiers pour conclure des contrats d’approvisionnement. « C’est des centaines de milliers de masques, alors on cherche des commandes de millions », a-t-il expliqué. Les médecins comme le gouvernement ont déclaré au cours des derniers jours que l’utilisation de masques N-95 avait été aussi importante durant les dernières semaines qu’au cours de toute l’année dernière.



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