Le port du masque est-il requis pour tous?

Le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, George Gao, lançait récemment un pavé dans la mare en affirmant dans une entrevue accordée à la revue Science que « la grande erreur commise aux États-Unis et en Europe est que les gens ne portent pas de masque ». Dans maints pays d’Asie, tels que la Chine et la Corée du Sud, les autorités publiques ont encouragé, voire exhorté, la population à porter un masque lors de ses sorties à l’extérieur.

Par contre, l’Organisation mondiale de la santé ainsi que les autorités de santé publique canadiennes et québécoises, voire américaines, recommandent jusqu’à maintenant que seules les personnes présentant des symptômes respiratoires de la COVID-19 ainsi que celles qui en prennent soin portent un masque.

Selon la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste infectiologue au CHU Sainte-Justine, « le port du masque pour tous dépend du contexte. Au grand air, dehors, quand il y a peu de monde autour et que la distanciation physique d’au moins deux mètres peut être respectée, le masque n’est pas nécessaire. Même une personne présymptomatique ne devrait pas pouvoir vous contaminer. Dans ce contexte, l’hygiène des mains demeure importante. Toutefois, dans des lieux où plusieurs personnes se côtoient, par exemple dans un hôpital, et où il est impossible de maintenir une distance de deux mètres à tout moment, compte tenu du risque de transmission en phase présymptomatique ou asymptomatique, le masque pour tous est une stratégie qui diminuera le risque d’infection des professionnels de la santé ».

« Assurément, le matériel de protection, tel que le masque, peut aider [quiconque]. Si on porte un masque lorsqu’on sort, on se protège et on prévient la transmission du virus par les personnes asymptomatiques. Toutefois, une utilisation massive du masque par la population nuirait à la capacité du personnel médical et d’autres services essentiels de se protéger par manque de matériel », affirme Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Que le gouvernement nous dise que ce n’est pas un moyen efficace [de nous protéger d’une contamination par une personne infectée] choque notre logique. À mon avis, [par ce discours], il essaie ainsi de préserver les stocks pour le personnel médical et des services essentiels, ainsi que pour les plus vulnérables, et cela est très compréhensible », ajoute-t-il.

Selon Benjamin Cowling, épidémiologiste à l’Université de Hong Kong qui accordait une entrevue à la revue Science, il est très probable qu’un masque puisse protéger une personne saine de l’infection. « Ça n’a pas de sens de supposer que des masques chirurgicaux sont vraiment importants pour les travailleurs de la santé mais qu’ils ne sont pas utiles du tout pour le grand public, lance-t-il. Les masques sont probablement plus efficaces pour prévenir les infections dans les hôpitaux que dans le public en partie parce que les travailleurs de la santé ont reçu une formation sur la façon de les porter et parce qu’ils prennent d’autres mesures de protection, comme un lavage de mains méthodique. »

Bien sûr, le port du masque sert surtout à prévenir qu’une personne infectée contamine les personnes saines qu’elle rencontre, d’où la consigne de réserver le port du masque aux personnes infectées, lesquelles, par ailleurs, ne devraient pas sortir de la maison. Mais comme il apparaît maintenant clair que la COVID-19 peut être transmise avant l’apparition des symptômes et que certaines personnes atteintes ne présenteront aucun symptôme durant la maladie mais seront néanmoins contagieuses, le port du masque par l’ensemble de la population pourrait probablement réduire la transmission communautaire, font remarquer les auteurs d’un commentaire publié dans The Lancet Respiratory Medicine.

Ce groupe d’experts affirme aussi que le port du masque pour tous ne devrait être considéré que si les réserves sont suffisantes. « Les autorités de santé doivent avant tout donner la priorité aux travailleurs de la santé qui sont sur la ligne de front ainsi qu’aux populations les plus vulnérables qui sont les plus prédisposées aux infections et susceptibles de décéder si elles sont infectées, c’est-à-dire les personnes âgées de 65 ans et plus et celles atteintes de maladies chroniques. »

Ces mêmes chercheurs croient qu’il serait également adéquat de recommander aux personnes en quarantaine de porter un masque si elles doivent sortir de la maison afin de prévenir toute transmission au cas où elles seraient asymptomatiques ou présymptomatiques.

Rien n’empêche les gens de se fabriquer un masque en tissu, le Dr Arruda l’a même évoqué il y a quelques jours. « Le coton semble être adéquat. Les études ayant regardé les différents matériels montrent que tous les tissus (coton, linge à vaisselle, coton ouaté, serviette) ont une certaine capacité de filtration bien que souvent moins bonne que le masque de procédure reconnu », précise la Dre Quach-Thanh.

Mais il ne faudrait surtout pas que cet accessoire procure un sentiment de sécurité. Il n’y a rien de plus sûr que de rester à la maison et de continuer à pratiquer la distanciation sociale. Ces deux consignes doivent continuer d’être respectées.