Près de 40 % des Canadiens hospitalisés ont moins de 60 ans

Plusieurs continuent d’associer la COVID-19 à une « maladie de vieux ». Or, mardi, le décès de deux adolescents en Europe a frappé les esprits et des données de Santé Canada dévoilées le même jour confirment que près de 40 % des patients admis à l’hôpital et aux unités de soins intensifs jusqu’ici au pays avaient moins de 60 ans.

Les données compilées par Santé Canada pour l’ensemble du pays révèlent en effet qu’au 30 mars, 28 % des patients admis dans les hôpitaux et soignés aux unités de soins intensifs après avoir contracté la COVID-19 avaient de 40 à 59 ans, 8 % avaient de 20 à 39 ans et 2 %, moins de 20 ans. L’étude a été réalisée à partir des données d’hospitalisation disponibles pour 2060 patients sur les 6320 cas déclarés à ce jour.

 

Ce nouvel éclairage sur l’impact de l’épidémie chez les plus jeunes confirme ce que des études d’autres pays ont constaté : la COVID-19 tue davantage les aînés, mais les plus jeunes ne sont pas à l’abri des risques de complications sérieuses. Jusqu’ici, le Québec ne déplore aucun décès chez les moins de 60 ans. Toutefois, aucune donnée détaillée n’a été dévoilée sur les taux d’hospitalisation ou d’admission aux soins intensifs des catégories d’âge plus jeunes.

« C’est clair que cette maladie est dommageable pour les jeunes aussi. Quatre hospitalisations sur dix concernent des personnes de moins de 60 ans », a déclaré mardi le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. Selon les chiffres de Santé Canada, les moins de 40 ans, eux, comptent pour 10 % de toutes les hospitalisations et admissions aux soins intensifs.

Décès et hospitalisations

Mardi, le décès d’une jeune patiente de 12 ans en Belgique et d’un adolescent de 13 ans sans problème médical préalable connu au Royaume-Uni a particulièrement frappé les esprits. Il y a cinq jours, un hôpital parisien déplorait aussi la mort de la jeune Julie A., de 16 ans. Le 16 mars, le décès de Sandee Rutter, une mère de six enfants qui avait vaincu un cancer, a aussi créé une onde de choc dans l’État de Washington. Au Canada, seulement cinq hospitalisations et un seul cas d’admission aux soins intensifs chez les moins de 18 ans étaient recensés en date du 30 mars par Santé Canada.

Même si les décès demeurent rares chez les jeunes, plusieurs études démontrent que des proportions non négligeables de jeunes et d’adultes de moins de 60 ans connaissent des complications. Une étude du Centre de contrôle et de prévention de la maladie (CDC) des États-Unis sur 4226 cas déclarés de COVID-19 dans 49 États au 16 mars rapportait que 20 % des 508 patients hospitalisés avaient de 20 à 44 ans, 18 % de 45 à 54 ans et 17 % de 55 à 64 ans. Bref, les jeunes étaient hospitalisés dans une proportion aussi grande que les 45 à 64 ans. Seulement 5 % des admissions à l’hôpital concernaient des enfants (0 à 19 ans).

Même portrait pour ceux admis aux unités de soins intensifs, où 36 % des patients étaient âgés de 45 à 64 ans et 12 %, de 20 à 44 ans. Une proportion qui se rapproche de celle observée au Canada. En France, c’est aussi 38 % des lits de soins intensifs qui sont occupés par des patients de moins de 40 ans.

« À partir du moment où il y a de plus en plus de patients touchés, il y a de plus en plus de cas graves. Et même si la population des plus jeunes a un risque individuel extrêmement faible […] naturellement il y aura quelques patients très sévèrement atteints parmi les plus jeunes », soulignait le Pr Bruno Riou, un responsable de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) après l’annonce du décès de la jeune Julie A. à Paris, sur les ondes d’un radio française.

Selon le Dr De Serres, la plus faible proportion d’aînés recensés dans les unités de soins intensifs (10 %) par rapport aux plus jeunes s’explique tristement par le fait que ceux-ci meurent souvent avant d’y être admis, peu de temps après leur arrivée à l’hôpital.

Données trompeuses du dépistage

Les données dévoilées par Santé Canada démontrent aussi que, jusqu’à maintenant, le plus grand nombre de cas déclarés positifs de la COVID-19 se trouvent chez les personnes de 40 à 59 ans (37 %), suivies par les adultes de 20 à 39 ans (29 %) et ceux de 60 à 79 ans (25 %). Les jeunes de moins de 19 ans ne représentent que 4 % des cas déclarés. Dix-huit cas d’infection sont aussi survenus chez des femmes enceintes.

« C’est clair que le nombre de cas déclarés dépend de la stratégie de dépistage, qui est très variable d’une province à l’autre. Donc, ce n’est pas le meilleur indicateur pour se comparer et beaucoup de personnes infectées ne sont pas dépistées », affirme la Dre Marie-France Raynault, professeure émérite à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Le taux d’hospitalisation est un meilleur comparatif entre pays et permet de voir que notre capacité hospitalière est encore grande. Pour les jeunes, il faut quand même rappeler que la majorité des cas d’hospitalisation touche des patients qui présentaient des problèmes de santé, comme l’hypertension, le diabète, l’obésité, ou qui sont immunodéprimés. »