Quarantaine brisée dans un CHSLD par manque de personnel

«Le CHSLD, c’est un service essentiel, un peu comme les services d’urgence ou les services du bloc opératoire», a expliqué le président-directeur général du CUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-duQuébec, Carol Fillion.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «Le CHSLD, c’est un service essentiel, un peu comme les services d’urgence ou les services du bloc opératoire», a expliqué le président-directeur général du CUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-duQuébec, Carol Fillion.

Des préposés aux bénéficiaires sont rappelés au travail avant la fin de leur période d’isolement à cause de la pénurie de main-d’œuvre qui sévit en Mauricie. Ceux-ci ont été en contact avec des personnes atteintes par la COVID-19 au CHSLD Laflèche de Shawinigan aux prises avec une éclosion de la maladie.

« On un sentiment d’incompréhension de voir qu’il y a des modalités qui s’appliqueraient pour la population comme les personnes qui reviennent de voyage », a affirmé le président du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métiers affilié à la CSN, Pascal Bastarache. Il estime qu’une quarantaine d’employés sont dans cette situation.

« Le CHSLD, c’est un service essentiel, un peu comme les services d’urgence ou les services du bloc opératoire », a expliqué le président-directeur général du CUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-duQuébec, Carol Fillion, en conférence de presse. « Il faut vraiment continuer de donner les services et c’est pour ça qu’on s’est permis de rappeler notre personnel qui n’est porteur d’aucun symptôme et qu’on leur demande de rentrer au travail pour donner les services essentiels aux personnes âgées qui habitent au centre d’hébergement Laflèche. »

Le gouvernement Legault impose des mesures extraordinaires depuis le début de la pandémie pour éviter la propagation du coronavirus. Il a notamment exigé un isolement de 14 jours pour les personnes de retour d’un séjour à l’étranger et pour les gens qui ont été en contact avec un cas confirmé de la maladie. Le gouvernement a également interdit les visites non essentielles dans les CHSLD pour protéger les personnes âgées qui sont plus à risque de développer des complications.

Cette dernière mesure ne semble pas avoir eu d’impact au CHSLD Laflèche où trois usagers sont morts de la COVID-19. La Direction régionale de la santé publique rapportait mardi que 16 résidents ont été infectés par le coronavirus. La moitié de ces cas ont été déclarés au cours des dernières 24 heures. Dix employés du CHSLD sont également atteints par la maladie.

Selon les recommandations de l’Institut national de santé publique du Québec, les mesures d’isolement pour les travailleurs de la santé peuvent être levées pour éviter un bris de service lorsqu’une personne qui a été en contact avec un cas confirmé demeure asymptomatique sept jours après. Cette personne peut donc retourner au travail avec le port de masque et si sa température est prise deux fois par jour jusqu’à la fin de la période de 14 jours durant laquelle elle pourrait développer la maladie.

Le pdg du CIUSSS a assuré que de l’équipement de protection — masques, gants, jaquettes — est fourni aux employés et souhaite « s’assurer que les gens soient en bonne sécurité. » Il a également promis des vestiaires pour que les employés puissent se changer après leur arrivée au travail et se nettoyer « pour nous assurer qu’il n’y ait pas de propagation du virus ».

« On a aussi une infirmière sur place qui régulièrement pendant le quart de travail mesure l’évolution de symptômes ou l’apparition plutôt de symptômes et dès les premiers symptômes, les personnes seront retirées du travail », a affirmé M. Fillion.

Or, il n’y aurait pas suffisamment d’équipement pour tout le personnel, selon le syndicat.

« Aujourd’hui, on a fait des vérifications et l’équipement de protection est vraiment assez faible, donc ça aussi, c’est encore plus préoccupant en plus de la situation », a soutenu M. Bastarache.

« Ça ne se passe pas très bien », a confié une employée du CHSLD qui a accepté de parler au Devoir sans être nommée pour éviter les représailles. Elle a constaté le manque d’équipement lors de son dernier quart de travail.

Le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec assure qu’il a « tout le matériel » nécessaire présentement et que les quantités sont réévaluées tous les deux jours.

«On attend des livraisons, ça devrait nous permettre de respirer, a toutefois reconnu M. Filion. On est toujours dans la période où on est extrêmement rigoureux dans l’utilisation des équipements de protection.»Selon la direction régionale de la santé publique, le CHSLD a été divisé en trois zones : une pour les personnes porteuses du coronavirus, une pour les cas suspects avec symptômes et une pour usagers sans symptômes. Les employés sont dédiés à une seule de ces trois zones et ne peuvent pas changer pour éviter la contagion.

1 commentaire
  • Yvon Forget - Abonné 2 avril 2020 06 h 12

    Le 70 ans et plus

    il est dit que les plus de 70 ans sont vulnérables. OUI. Mais le sont-ils en raison de leur âge ou parle fait qu'il vivent en cmmunauté serrée comme dans le CHSLD ? Un comparatif avec les personnes du même âge ne devrait-il pas être fait avec des personnes qui ne subissent pas cette condition?