Un «poumon artificiel» pour sauver des vies

En temps normal, l’oxygénateur extracorporel à membrane est surtout utilisé lors de chirurgies cardiaques ou de greffes de cœur ou de poumon, indique le Dr Simon.
Photo: Getty Images/iStock En temps normal, l’oxygénateur extracorporel à membrane est surtout utilisé lors de chirurgies cardiaques ou de greffes de cœur ou de poumon, indique le Dr Simon.

C’est un « poumon artificiel » de la taille d’une grosse cafetière. Il peut sauver des malades dans la trentaine frappés de plein fouet par la COVID-19. Au Japon, en Chine et en Corée du Sud, l’oxygénateur extracorporel à membrane (communément appelé ECMO) fait partie intégrante de l’arsenal des médecins pour soigner les jeunes patients. Et au Québec ?

La semaine dernière, l’Institut de cardiologie de Montréal et l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec ont chacun commandé un oxygénateur extracorporel à membrane, pour une somme totalisant 420 000 $, indique le système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec. Le contrat a été conclu de gré à gré, en raison de la situation d’urgence actuelle.

Depuis le début de la pandémie, la planète s’arrache les appareils. « On ne sait pas quand l’ECMO va arriver », dit le pneumologue Mathieu Simon, chef du service des soins intensifs de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

En temps normal, l’oxygénateur extracorporel à membrane est surtout utilisé lors de chirurgies cardiaques ou de greffes de cœur ou de poumon, indique le Dr Simon.

Durant la procédure, le sang du patient est envoyé à l’extérieur du corps vers un « poumon artificiel », où il est alimenté en oxygène. Il est ensuite redirigé dans le corps grâce à une pompe externe. Le cœur et les poumons ont alors un répit.

Il y a deux semaines, la Société canadienne de cardiologie (SCC) s’est dite préoccupée par le nombre limité d’ECMO au Canada, étant donné la pandémie actuelle.

L’appareil est utile non seulement pour des patients ayant des problèmes cardiorespiratoires, mais aussi pour les malades souffrant d’insuffisance respiratoire aiguë, souligne la SCC dans une lettre envoyée à Ottawa et rendue publique sur son site Web.

Pendant la pandémie de H1N1, en 2009, des patients dans un état critique ont bénéficié de l’ECMO, ajoute la SCC. Des pays y ont recours pour traiter des patients infectés par la COVID-19.

Une efficacité non démontrée

Au Québec, le réseau de la santé compte 66 oxygénateurs extracorporels à membrane, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Il s’agit, rappelle le MSSS, d’un « appareil ultra-spécialisé ».

Selon le sous-comité ministériel COVID-19 des soins critiques, l’ECMO « devrait être évitable » dans la « grande majorité » des cas de syndrome de détresse respiratoire aiguë liés à la COVID-19, « surtout dans le contexte pandémique ». La décision d’y recourir « doit faire l’objet d’un consensus de service (pas de décision individuelle) », est-il écrit dans le Guide de procédures techniques en soins intensifs et urgence COVID-19, destiné aux professionnels de la santé.

Le Dr Antoine Delage, président de l’Association des pneumologues de la province de Québec, siège à ce sous-comité. Il souligne, en entrevue, que le « bénéfice n’est pas clair ».

« C’est une thérapie de dernier recours, dit-il. On ne s’attend pas à ce que beaucoup de patients aient besoin de l’ECMO et puissent en bénéficier. »

Trop peu de données existent pour démontrer ou non son efficacité dans le traitement de la COVID-19, selon le Dr Simon. Mais dans le cas de maladies similaires à la COVID-19, comme la pneumonie sévère liée à la grippe, de « jeunes patients bien sélectionnés » ont pu s’en sortir grâce à l’ECMO, précise-t-il.

Oui, on veut tout faire pour faire survivre tout le monde, mais les ressources sont limitées

 

Jusqu’à présent, aucun patient québécois atteint de COVID-19 n’a été connecté à un ECMO, selon le Dr Simon. Des patients de moins de 60 ans ont toutefois été mis sous respirateurs artificiels, selon des médecins contactés par Le Devoir.

La technique de l’ECMO coûte cher. « Ça demande énormément de ressources, précise le Dr Simon. Une infirmière et un perfusionniste doivent demeurer au chevet du patient. » Dans un contexte de pandémie, peut-être vaut-il mieux affecter ces deux professionnels à d’autres patients ? demande-t-il. « Oui, on veut tout faire pour faire survivre tout le monde, mais les ressources sont limitées », rappelle le Dr Simon.

Pourquoi acheter deux ECMO, qui valent des centaines de milliers de dollars, alors ? « Si l’épidémie est moins grande [et que davantage de professionnels sont disponibles], on serait malheureux de laisser un père de 40 ans mourir parce qu’on n’a pas la machine pouvant le sauver », répond le Dr Simon. Dans la région de Québec, une femme enceinte, foudroyée par la grippe, a accouché sous ECMO en 2018. La mère et le bébé n’ont eu aucune séquelle.

Mais l’ECMO n’est pas un remède miracle. Un patient sur deux, connecté à cet appareil, s’en sort, signale le Dr Simon. Sans ECMO, ils se dirigeaient vers une mort assurée.

 

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