Le Nunavik sur un pied d’alerte

Le village de Salluit, où vit la première personne infectée par le coronavirus, a été fermé.
Photo: Ian Schofield Creative Commons Le village de Salluit, où vit la première personne infectée par le coronavirus, a été fermé.

À la suite du premier cas de COVID-19 déclaré, les autorités du Nunavik ferment progressivement le Nord. Alors que le village de Salluit, où vit la première personne infectée, a été carrément fermé, l’administration régionale Kativik songe à étendre des mesures strictes de confinement à plusieurs autres villages, a appris Le Devoir.

Diverses organisations ont d’ailleurs commencé à hausser le ton pour inciter à un plus grand respect des consignes. « Nous vivons actuellement une situation très grave avec le coronavirus », a déclaré pour sa part le président de la Société Makivik, Charlie Watt, sur la page Facebook de la société.

« Les organisations du Nunavik font tout ce qu’elles peuvent pour vous protéger. Nous avons fermé les frontières et avons mis en place des couvre-feux pour réduire la propagation du virus. Maintenant, nous avons besoin de vous. Les autorités de la santé ont établi des règles et nous devons les suivre pour sauver des vies », a-t-il ajouté.

Tous les rassemblements ont été interdits. Plus de messe, de funérailles, de noces, de baptême, de fête d’anniversaire et de bingo, a insisté la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN), appuyée par Makivik. Le plein air en famille est permis, à condition que ce ne soient pas avec d’autres.

« Pas de baisers, d’échange de cigarettes ou de joints et de camping en groupe », insiste Makivik dans une longue liste de recommandations. Et exit la motoneige pour se déplacer d’une communauté à une autre.

Tous les déplacements aériens « non essentiels » de passagers sont aussi interdits.

Toutefois, les travailleurs du milieu de l’éducation qui s’apprêtaient à retourner chez eux au Sud ont été informés en fin de journée lundi que leurs vols étaient suspendus. En vertu d’un décret ministériel, les enseignants seront invités à faire du bénévolat pour donner un coup de main au réseau de la santé et le personnel des écoles est invité à s’occuper des enfants des travailleurs essentiels.

En cas de fermeture des aéroports, personne ne sera mis en danger. « Les rendez-vous médicaux essentiels, comme l’obstétrique ou l’oncologie, par exemple, ainsi que les rendez-vous médicaux urgents continueront d’être assurés », a affirmé Josée Lévesque, responsable des communications de la RRSSSN. Mais le transport se fera par vols nolisés et non commerciaux.

Des inquiétudes persistent

Certains centres offrant des services à une clientèle inuite sont toutefois inquiets des mesures de précautions prises, qu’ils jugent peu claires et insuffisantes.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, de jeunes contrevenants hébergés à Ulluriaq, un centre jeunesse situé à Montréal qui relève du Centre de santé Tulattavik de l’Ungava, continueraient leur va-et-vient entre le Nord et le Sud. Un adolescent arrivé vendredi de Salluit, où vit la personne infectée, n’aurait pas été placé en isolement.

Malgré les consignes d’hygiène, les jeunes se promèneraient partout dans le centre sans précautions.

En l’absence de directives pour les centres jeunesse, ce sont les protocoles pour les CHSLD qui sont suivis, a indiqué l’administration du centre à ses employés.

« Nous nous assurons de la protection de nos jeunes, mais également des communautés. Les sorties, les entrées respectent les directives émises par la santé publique », a indiqué Mme Lévesque. Le ministère de la Santé et des Services sociaux devrait publier sous peu des directives spécifiques.

« Si une personne dont la détention est terminée doit retourner au Nord, il n’y a pas de problème, mais elle devra être mise en isolement », a soutenu pour sa part Hubert Forcier, conseiller syndical pour le syndicat des travailleurs du Centre de santé de Tulattavik. Mme Lévesque a toutefois précisé qu’un jeune ne retournera pas sur le territoire du Nunavik « tant que la révision légale et clinique de [sa] situation n’aura pas eu lieu ». « Aucune visite de l’extérieur ni déplacement non essentiel [ne sont] autorisés. »

Par ailleurs, les autorités de la santé disent avoir tout mis en œuvre pour contacter les gens qui auraient pu avoir été en contact étroit avec la jeune femme de Salluit qui a contracté la COVID-19. « En fonction de chaque situation particulière, des isolements à domicile et des tests supplémentaires ont été effectués », a dit Mme Lévesque. Jusqu’ici, environ 30 personnes ont fait l’objet d’un dépistage dans tout le Nunavik et un seul cas a été détecté.