Des médecins furieux contre la centralisation des laboratoires

La crise du coronavirus ravive les critiques à l’endroit de la réforme OPTILAB de centralisation des laboratoires de biologie médicale réalisée ces dernières années, qui nuirait, selon certains, à la lutte contre le coronavirus.

À l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec (IUCPQ), des médecins sont furieux parce qu’on les empêche, disent-ils, d’utiliser leurs laboratoires pour tester des échantillons de COVID-19.

Leur exaspération est d’autant plus grande que leur établissement se spécialise dans le traitement des maladies respiratoires et traite déjà les patients atteints de la COVID-19. « C’est inacceptable qu’en tant que centre qui traite des patients COVID-19, on ne puisse pas le tester », a fait valoir l’un des médecins qui a requis l’anonymat.

Le Devoir a pu consulter des documents qui prouvent que ces médecins avaient proposé d’utiliser leur laboratoire, dès le 13 mars, à l’équipe du CHU qui coordonne les tests dans la région de Québec. À plusieurs reprises, ils ont demandé l’autorisation d’acheter de l’équipement pour être prêts au pire de la crise.

Le laboratoire de l’IUCPQ aurait la capacité d’analyser 500 tests par jour, estiment les médecins à quiLe Devoira parlé. Or, les prélèvements faits à l’IUCPQ depuis le début de la crise ont dû tous être testés à l’extérieur, au laboratoire réseau du CHU.

Selon les médecins avec qui Le Devoir a parlé, lorsqu’un patient de l’IUCPQ est suspecté d’avoir la COVID-19, cela prend trop de temps avant que le personnel soit fixé sur les précautions à prendre, déplore l’un d’eux. « Le plus tôt on est capable de dire que c’est un COVID négatif, le mieux c’est pour l’ensemble des équipes. Ne serait-ce que pour la gestion des équipements de protection, dans quelle installation d’isolation il doit être ».

D’emblée, ces médecins suggèrent que l’utilisation de leur laboratoire aurait permis de réduire l’attente de résultats ailleurs dans le réseau.

OPTILAB est une réforme lancée en 2017 par le gouvernement Couillard pour centraliser les laboratoires de biologie médicale du Québec. Elle a fait en sorte que plutôt que d’être analysés dans chaque hôpital, des prélèvements sont désormais envoyés et traités dans les grands centres.

Ainsi, à l’heure actuelle, seulement 11 laboratoires sont habilités à analyser les tests COVID-19 au Québec soit un par région — les laboratoires « réseau » ainsi que les laboratoires de la Direction de la santé publique. Les laboratoires comme celui de l’IUCPQ ont le statut de laboratoires « associés » et sont contrôlés par les laboratoires réseaux.

« Si on avait notre statut de labo serveur, on aurait pu commencer tout de suite », déplore un médecin de l’Institut. « En étant serveur, tu es capable de te retourner beaucoup plus vite et de répondre beaucoup plus rapidement lors d’une pandémie. »

Retour de balancier

Questionné à ce sujet, le ministère de la Santé a indiqué qu’il s’apprêtait justement à ajouter des laboratoires pour tester la COVID-19.

« Des démarches actives sont […] en cours afin d’augmenter le nombre de laboratoires qui réalisent cette analyse, notamment en ajoutant 5 autres laboratoires du réseau public, des laboratoires de recherche, des laboratoires gouvernementaux et des laboratoires privés », a répondu le porte-parole Nicolas Vigneault.

Joint vendredi, le CHU de Québec a quant à lui indiqué qu’il travaillait justement à « équiper le laboratoire de l’IUCPQ ».

« Le but, c’est de les ouvrir le plus rapidement possible », a indiqué le porte-parole Bryan Gélinas. « On a même commandé de l’équipement ».

Le CHU se défend d’emblée d’avoir bloqué quoi que ce soit et affirme avoir fait des commandes pour l’IUCPQ dès le 16 mars.

Levée de boucliers

Lors de la mise en oeuvre d’OPTILAB, la réforme avait donné lieu à une levée de boucliers, notamment de la part du syndicat qui représente 5735 employés de laboratoires médicaux au Québec, l’Association du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Selon sa vice-présidente, la pandémie de coronovarius est en train de démontrer que cette réforme était mal avisée. « OPTILAB a fragilisé le réseau. On est moins en mesure de faire face à la crise », estime Laure Letarte-Lavoie.

« À la base, [la réforme] OPTILAB, ça avait été fait en fonction d’une réduction du volume d’échantillons à analyser. Donc, on n’est pas du tout préparés à une pandémie avec moins de salariés, moins d’équipement et moins de monde. »