Un seul mot d’ordre: «Prenez soin de vous!»

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Dans les autobus de la Société de transports de Montréal, les passagers embarquent uniquement par la porte arrière afin de prévenir la propagation du coronavirus auprès des chauffeurs.
Jacques Nadeau Le Devoir Dans les autobus de la Société de transports de Montréal, les passagers embarquent uniquement par la porte arrière afin de prévenir la propagation du coronavirus auprès des chauffeurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial La parole aux syndicats

Le Québec est « sur pause » et les Québécois sont inquiets. On ne compte plus le nombre de nouveaux chômeurs confinés à la maison pendant que ceux qui travaillent encore s’initient au télétravail tout en s’occupant des enfants. Et puis, il y a tous les autres travailleurs, qui offrent des services essentiels et qui chaque jour côtoient l’ennemi invisible, dans le réseau de la santé, dans les services de garde, dans les épiceries et les pharmacies…

Cette crise sanitaire à l’échelle planétaire fait en sorte que près de trois milliards d’individus se retrouvent seuls, chacun chez soi, à tenter de composer avec cette nouvelle réalité. Des solidarités voient toutefois le jour dans ce chaos, et les valeurs humanistes reprennent le dessus. De son côté, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) tient à rester près de ses membres et met en place des outils pour informer et rassurer les travailleurs.

« On est en contact permanent avec les différents ministères et la bonne nouvelle est que les canaux de communication sont très ouverts et existent à tous les paliers », tient à préciser le président de la CSN, Jacques Létourneau.

La CSN représente 300 000 membres qui, à l’heure actuelle, vivent chacun à leur façon l’apparition de lamaladie. « Notre priorité, c’est la sécurité de tous. On ne répétera jamais assez de respecter les mesures sanitaires. On partage l’approche du gouvernement dans sa perspective sécuritaire », lance le président.

Un coup de main

Celui-ci donne l’exemple de la chaîne de production alimentaire actuellement sur le pied de guerre et parle de l’importance de protéger les travailleurs du secteur. « Il y a les normes en santé et sécurité du travail et leur application, mais il y a aussi le dialogue avec les syndicats de ces milieux de travail », indique-t-il en ajoutant que les employeurs « doivent développer des canaux de communication ».

Ce secteur demande une vaste adaptation de ses milieux de travail à la nouvelle réalité. « On ne gère pas un abattoir de la même manière qu’une épicerie. » La CSN déploie ainsi une stratégie de communication auprès de ses 2000 syndicats afin de les appuyer à distance surl’application de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. « C’est le coup de main qu’on peut leur donner pour qu’ils puissent discuter et négocier avec leur employeur », ajoute Jacques Létourneau.

Sur son site, la CSN publie une foire aux questions très fréquentée. Elle permet de répondre aux interrogations de ses membres. On y traite en vrac de tout ce qui touche la santé et la sécurité au travail : les mesures d’isolement et de télétravail, les programmes d’aide financière du gouvernement, la rémunération, les services de garde pour les salariés des services essentiels et même des voyages et vacances à venir.

Si les questions sanitaires préoccupent les travailleurs, le sujet de l’aide financière est tout aussi inquiétant. « Le fédéral a annoncé des mesures qui concernent les travailleurs qui sont en confinement, mais il n’y a pas de mesures particulières autres que les règles actuelles de l’assurance-emploi », précise Jacques Létourneau, qui dit être en pourparlers avec le gouvernement pour rendre plus flexibles les règles d’admission à l’assurance-emploi.

M. Létourneau rappelle que, jusqu’au mois dernier, certaines régions du Québec vivaient le plein-emploi. Dans Chaudière-Appalaches, par exemple, pour être admissible à l’assurance-emploi, il fallait avoir cumulé pas moins de 700 heures de travail.

« On propose au gouvernement fédéral de revoir ces critères de qualification, de réduire le nombred’heures et le nombre de semaines », indique-t-il, tout en précisant que, si l’assurance-emploi n’est pas du ressort du gouvernement du Québec, ce dernier a tout de même mis en place un plan de mesures poursoutenir les travailleurs québécois affectés d’une manière ou d’une autre par la COVID-19.

Au même diapason mais…

Quant au télétravail actuellement nécessaire pour plusieurs, la CSN s’est adressée aux organisations patronales pour demander une certaine indulgence, alors que les travailleurs sont confinés à la maison avec des enfants ou des parents âgés. « Exiger la même prestation de service dans le même cadre horaire,c’est pratiquement impossible. On demande donc aux entreprises de faciliter le travail à la maison et d’être flexibles. »

Jacques Létourneau est heureux de constater qu’en général, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de cas d’abus. « Au Québec, on est à peu près tous au diapason. C’est le fruit d’un dialogue social, et on en est très contents », souligne-t-il. On peut donc se féliciter que la période d’austérité qu’a vécue le Québec soit derrière nous. « Le ministre des Finances nous a dit que le Québec est très bien positionné pour faire face à la crise. Il est prêt à tout mettre sur la table pour permettre aux gens de traverser la crise », indique-t-il.

Une ombre au tableau se profile toutefois : les arrêtés ministériels. Ces derniers suspendent une partie des conventions collectives du réseau de la santé et des services sociaux et de l’éducation. « On peut comprendre que le gouvernement veuille donner les moyens aux directions d’agir plus rapidement. Il faut cependant faire attention avec les directives ministérielles, il ne faut pas que les gestionnaires en profitent et les utilisent pour de mauvaises raisons », affirme M. Létourneau. Ces arrêtés sont valides pour une période de dix jours et renouvelables tant et aussi longtemps que le gouvernement le jugera nécessaire.

Pour conclure, le président rappelle « que la CSN est un mouvement syndical au sein duquel les notions de partage, d’entraide et de solidarité sont des valeurs fortes ». « Actuellement, ajoute-t-il, on est entrain d’appliquer ces valeurs àl’échelle de la société québécoise. Il faut continuer à mettre en avant la tolérance et les relations intergénérationnelles. »