Qui peut encore dénigrer notre filet social?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Depuis le début de la pandémie, la FTQ veut s’assurer que les travailleurs qui doivent assurer les services essentiels œuvrent dans  des conditions sécuritaires.
Jacques Nadeau Le Devoir Depuis le début de la pandémie, la FTQ veut s’assurer que les travailleurs qui doivent assurer les services essentiels œuvrent dans des conditions sécuritaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial La parole aux syndicats

Tout le monde doit mettre la main à la pâte pour passer à travers la crise de la COVID-19, les citoyens, les travailleurs, les entrepreneurs, mais aussi les organisations syndicales et les gouvernements, qui ont d’ailleurs multiplié les efforts ces derniers jours pour doter les employés de l’État d’une nouvelle convention collective à la fin du mois. Le Devoir en a discuté avec la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

« Dans la situation actuelle, tenir des négociations dans le secteur public comme on le fait d’ordinaire ne tenait pas debout », nous disait lundi le président de la FTQ, Daniel Boyer, dans un entretien téléphonique.

Les choses ont bougé très rapidement. Le gouvernement du Québec a d’abord offert aux organisations syndicales de suspendre les négociations en raison de la crise.

« Puis, le gouvernement a proposé aux syndicats une convention collective de trois ans avec des augmentations de salaire équivalant à l’inflation », précise M. Boyer. L’objectif est alors de doter tous les travailleurs de l’État d’une convention collective d’ici la fin du mois.

« On en est venus à la conclusion qu’on n’avait pas vraiment le choix et que c’était une bonne idée, d’entreprendre des pourparlers rapides avec le Conseil du trésor et différents comités patronaux », explique M. Boyer, qui ajoute que la crise durera un certain temps, mais qu’ensuite, il faudra s’en remettre.

Respect pour les travailleurs

Depuis le début de la pandémie, la FTQ est en contact avec les gouvernements fédéral et provincial pour s’assurer que les travailleurs œuvrent dans des conditions sécuritaires.

« Il y a maintenant beaucoup moins de gens qui vont travailler, mais il y a tous ceux qui doivent assurer les services essentiels, comme les travailleurs de la santé, de l’alimentation, de la restauration, les camionneurs, les chauffeurs d’autobus, et je pense qu’il faut d’abord les saluer », souligne le syndicaliste.

Photo: Eric Demers Denis Bolduc et Daniel Boyer, respectivement secrétaire général et président de la FTQ

Pour s’assurer qu’ils font leur travail dans un environnement sécuritaire, la FTQ continue de demander à tous les employeurs des services essentiels de voir à ce que leurs employés aient la possibilité de se laver les mains avec de l’eau et du savon le plus régulièrement possible et que les mesures de distanciation d’un mètre ou deux soient respectées.

Le syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), affilié à la FTQ, a d’ailleurs négocié une compensation de 2 $ l’heure pour plusieurs de ses membres en raison des risques liés à la COVID-19 et des efforts qu’ils doivent déployer sur le terrain. Des panneaux de Plexiglas ont aussi été installés dans certains commerces pour séparer les caissiers des clients et ainsi réduire le risque de propagation de la maladie.

La FTQ souligne maintenant qu’il faudrait faire en sorte que tous les travailleurs qui offrent des services essentiels, comme les commis dans les épiceries et les camionneurs, aient accès aux services de garde d’urgence pour leurs enfants.

Chose certaine, Daniel Boyer croit que le gouvernement a pris la bonne décision en fermant les commerces et les entreprises qui offrent des produits et services non essentiels.

« Plus la crise avançait, plus il y avait de cas, plus les gens étaient inquiets et tenaient à ce que les mesures de prévention soient respectées, mais ce n’était pas évident dans tous les milieux de travail, dit-il. Il fallait faire cette pause, pour le bien-être de tout le monde. »

Un filet social crucial

Tandis que les Québécois sont confinés chez eux, plusieurs ont été mis à pied ou ne peuvent tout simplement plus travailler pour gagner leur vie en raison de la crise. Ils doivent donc se tourner temporairement vers les mesures d’aide gouvernementales pour se nourrir.

« Certains Québécois aiment dénigrer le filet social qu’on a au Québec, mais c’est dans les situations difficiles qu’on l’apprécie et il faudra s’en souvenir lorsqu’on aura des jours meilleurs », prévient pour sa part Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ.

En guise de comparaison, il jette un coup d’œil au sud, où 27 millions d’Américains ne sont pas couverts par une assurance maladie et où les coûts d’un séjour dans un hôpital sont faramineux. « Ici, il n’y a personne qui se demande s’il sera soigné s’il est infecté : il le sera, bien évidemment », souligne-t-il.

Qu’il regarde notre système de santé public ou notre système de garderies, il se dit fier de nos programmes sociaux. « Ils ont été créés en grande partie pendant la Révolution tranquille, après, entre autres, que les organisations syndicales sont montées au front, rappelle Denis Bolduc. On a ainsi doté le Québec des programmes sociaux les plus avant-gardistes de l’Amérique du Nord, même si, oui, il y a des lacunes. »

La FTQ se réjouit également de voir que les canaux de communication sont toujours ouverts avec les gouvernements et que les mesures d’aide sont au rendez-vous.

« C’est certain que les quelques millions de demandes d’assurance-emploi qui sont arrivées subitement au gouvernement fédéral ne seront pas traitées d’un coup et c’est certain que ce n’est pas évident », admet le secrétaire général, tout en souhaitant rassurer la population.

« Les services essentiels sont maintenus, les programmes sociaux sont là pour aider les gens et les citoyens doivent suivre les consignes de la Santé publique, poursuit-il. C’est important si on veut se sortir la tête de l’eau avec ce fameux virus. »

Plus grande centrale syndicale au Québec, la FTQ représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses.