Des masques bricolés pour les infirmières

Des médecins affectés aux urgences avaient dénoncé un laxisme des mesures de protection disponibles pour le personnel médical et infirmier.
Photo: Getty Images Des médecins affectés aux urgences avaient dénoncé un laxisme des mesures de protection disponibles pour le personnel médical et infirmier.

Maintenant que l’épidémie de COVID-19 est passée au stade de la transmission communautaire, la peur grandit au sein du personnel infirmier. Faute de matériel, des infirmières de CLSC qui effectuent les visites à domicile en sont même réduites à fabriquer elles-mêmes des masques de fortune pour se protéger.

« Nous sommes désespérées des mesures de protection quasi inexistantes dans notre milieu. Le matériel est donné au compte-gouttes », déplore une infirmière d’un CLSC de la région des Laurentides, qui a requis l’anonymat. Dans ce seul CLSC, plus de 500 patients sont visités chaque semaine par des infirmières, 700 par des infirmières auxiliaires et entre 3500 et 7000 patients par des auxiliaires de soins.

Elle et ses collègues ont entrepris de fabriquer des masques « maison » à partir de tissus et de filtres certifiés EPA récupérés sur des aspirateurs, à défaut d’avoir accès à des masques et des vêtements de protection.

« On peut voir jusqu’à 14 patients à domicile par jour, souvent vieux et malades. On ne veut pas devenir des vecteurs de contagion. Nos masques maison, ce n’est pas l’idéal, mais on en est rendus là. En 2020 ! », déplore-t-elle.

Faute de matériel, des infirmières de CLSC qui effectuent les visites à domicile en sont réduites à fabriquer elles-mêmes des masques de fortune pour se protéger.

Une situation qu’ont déplorée aussi au Devoir des infirmières d’un CLSC à Montréal, n’ayant accès ni à des gants ni à du désinfectant pour leurs rencontres à domicile.

Mardi, la ministre McCann a toutefois affirmé en point de presse à Québec qu’il y avait suffisamment de masques pour le personnel de toutes les régions.

Un médecin infecté

Mardi, un nouveau cas d’infection à la COVID-19 a été diagnostiqué chez un médecin du CHU pédiatrique Sainte-Justine, forçant l’hôpital à placer en isolement préventif plusieurs autres médecins et infirmières potentiellement exposés au virus. Une enquête est en cours pour joindre tous les patients et parents à risque d’avoir été exposés eux aussi au patient contagieux.

Selon plusieurs sources, il s’agirait du 5e cas connu de contamination du personnel médical à ce jour, s’ajoutant à ceux de deux médecins à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, d’un à l’hôpital Notre-Dame et d’un jeune médecin résident, aussi au CHU Sainte-Justine. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danièle McCann a plutôt indiqué mardi que quatre « professionnels de la santé » avaient été infectés « lors de voyages ».

Les fédérations médicales n’ont pu confirmer ces informations.

 

Québec change de cap

À la suite des pressions du corps médical, Québec a décrété un resserrement généralisé des mesures de protection du personnel affecté aux urgences de tous les hôpitaux. Après plusieurs cas d’exposition du personnel par accident à des patients infectés jugés non « à risque », le ministère de la Santé a finalement accepté mardi matin de revoir son protocole.

Tous les patients présentant des symptômes de type infectieux (symptômes gastro-intestinaux, d’allure grippale, respiratoires, diminution de l’état général atypique pour des personnes âgées) sont dorénavant isolés à l’urgence et pris en charge par du personnel équipé d’habits de protection résistant aux gouttelettes infectées.

Jusqu’ici, ce matériel n’était fourni qu’aux soignants pour traiter les seuls patients jugés « à risque », soit ceux de retour de voyage, ou en contact avec un voyageur ou une personne atteinte.

De simples masques de chirurgie étaient requis pour tous les autres cas.

« Tous les malades avec des symptômes infectieux vont pouvoir être traités dans des aires séparées. L’important, c’est de ne pas affaiblir la première ligne », a dit soulagé le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence (ASMUQ).

Depuis cinq jours, ce dernier avait réclamé sans succès de revoir les procédures en raison de la croissance évidente de cas de transmission dans la communauté.