Coronavirus: des finissants en santé s’offrent en renfort

La mesure exceptionnelle, liée à la délivrance de permis de travail temporaire, pourrait toucher des milliers de finissants des programmes collégiaux et universitaires du Québec.
Photo: Rogelio V. Solis Associated Press La mesure exceptionnelle, liée à la délivrance de permis de travail temporaire, pourrait toucher des milliers de finissants des programmes collégiaux et universitaires du Québec.

Les finissants des écoles de médecine et des sciences infirmières du Québec s’apprêtent à donner du renfort pour soulager le réseau débordé par la crise pandémique. Des permis spéciaux temporaires sont en développement pour les intégrer au système très contrôlé même si ces étudiants n’ont pas tout à fait complété leur formation. Ces mesures exceptionnelles visent des milliers de futurs professionnels.

Les finissants des écoles de médecine pourront obtenir une dérogation pour exercer presque pleinement sans avoir complété les examens de fin de parcours. Le Collège des médecins du Québec (CMQ) a adopté une résolution en ce sens lors d’une réunion spéciale tenue ce mardi matin à Montréal. Cette disposition touche les résidents des quatre facultés de médecine du Québec.

Le Collège va accorder un permis restrictif. Les résidents recevant cette autorisation temporaire pourront pratiquer en établissement de santé et ils pourront exercer selon leurs champs de spécialités postdoctorales. « Ils vont pouvoir pratiquer, même s’ils n’ont pas fait leur examen », résume un communiqué qui sera émis ce matin par le CMQ.

Des étudiants en fin de formation en sciences infirmières veulent aussi obtenir des permis spéciaux et temporaires d’exercer pour venir au plus vite aider le système de santé de plus en plus sollicité par la crise de santé publique.

La requête concernant les infirmiers et les infirmières est formulée dans une lettre envoyée à Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSSQ). La mesure exceptionnelle, liée à la délivrance de permis de travail temporaire, pourrait toucher des milliers de finissants des programmes collégiaux et universitaires du Québec.

Québec favorable

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSSQ) se dit ouvert à la proposition sans vouloir entrer dans le détail de chacun des groupes professionnels de la santé concernés, infirmières, médecins ou autres.

« En gros, évidemment que nous sommes favorables à l’idée d’intégrer des finissants des études en santé, dit Alexandre Lahaie, attaché de presse de la ministre Danielle McCann. Il y a de l’ouverture en général. Nous allons entamer des discussions à ce sujet au cours des prochains jours et nous avons déjà des discussions avec certains groupes. Il faut parler aux ordres professionnels. Il faut aussi parler au ministère de l’Éducation. »

L’initiative des sciences infirmières vient de deux étudiants, Audrey-Ann Bissonnette-Clermont et Dominic Gendron. Dans leur lettre à Mme McCann datée du dimanche 22 mars, dont Le Devoir a obtenu copie, ils évoquent la fermeture des collèges et des universités jusqu’au 1er mai pour justifier encore plus l’annulation des stages de fin de parcours.

« La poursuite ou le report de ces stages finaux entraîneraient une charge de travail supplémentaire aux infirmières travaillant actuellement dans le réseau, écrivent-ils, en plus de retarder la graduation de près de 3000 étudiantes infirmières qualifiées. Dans le contexte actuel de la pandémie, notre système de santé a besoin de cette main-d’œuvre. »

Cette évaluation numérique se base sur les chiffres de 2019. L’an dernier, l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) a reconnu 590 diplômés universitaires et 2574 diplômés des programmes collégiaux. En plus, les étudiants des premières années d’études des cégeps peuvent travailler comme préposés aux bénéficiaires ou comme adjoints d’infirmières qualifiées.

« Ça bouge beaucoup à tous les jours »

La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) représente 3600 membres qui se retrouvent déjà en première ligne de soin. « Nous n’avons pas besoin de terminer notre formation pour travailler auprès de patients, explique le Dr Christian Campagna, président la FMRQ. On le fait déjà. »

Il reste aux résident à compléter des stages rémunérés d’exposition clinique après une formation étendue parfois sur une dizaine d’années. La Fédération mène des discussion pour permettre l’entrée en pratique régulière et indépendante de ses membres prévue en juillet. Le permis spécial et temporaire (« du genre COVID-19 », dit M. Campagna) va permettre aux résidents de pratiquer en attendant les ultimes et exigeants examens déplacés à l’automne.

« Les universités vont se porter garantes des permis d’exercice, dit le Dr Campagna. Les gens avec des problématiques particulières, avec des besoins de formations supplémentaires, n’y auront pas accès. Tous les autres, la grande majorité, n’auront pas de difficulté à accéder à une pratique autonome. »

La Fédération médicale étudiante du Québec FMEQ) représente les plus jeunes carabins qui, eux, sont en arrêt de formation comme tous les autres étudiants universitaires du pays. Ils doivent cependant commencer un premier stage de résidence à la fin de leur quatrième année d’études. Tous les stages des étudiants en médecine sont suspendus au Canada pour l’instant et pour une durée indéterminée. Sauf au Québec où une entente prévoit leur amorce. au début de l’été.

« Ça bouge beaucoup à tous les jours, explique Roxane St-Pierre-Alain, vice-présidente de la FMEQ.. Mais tous nos étudiants on reçu la confirmation qu’ils seraient en mesure de devenir des médecins résidents le 1er juillet. C’est une priorité de touts les acteurs du milieu médical en ce moment. »

« On vit une pénurie dans le réseau »

L’infirmier Dominic Gendron peut déjà pratiquer. Il est diplômé du collégial en soins infirmiers. Il complète sa formation plus poussée à l’université de Sherbrooke. Il est aussi fondateur de la page Facebook « Les infirmières Ma Nurse » qui relaie les demandes au sujet de la graduation exceptionnelle pour faire face à cette crise unique.

« Je me suis dit que dans le contexte de la crise actuelle ça ne se peut pas qu’on retarde l’entrée au travail d’infirmières ou de médecins très bien formés alors qu’on devrait utiliser leurs savoirs et leurs compétences », explique-t-il en entrevue. Les infirmières sont déjà surchargées de travail. On vit une pénurie dans le réseau. »

Il a d’abord envoyé un premier document à la ministre de la Santé, puis il a aidé à former un réseau en ligne de représentants des associations des étudiants en sciences infirmières de différentes universités. La demande formulée à la ministre vient de finissants de ces programmes.

« Nous sommes tous en quarantaine alors c’est impossible de se réunir en grands groupes, note M. Gendron. On ne peut pas tenir de vote non plus. Ma collègue Audrey-Ann et moi avons donc décidé d’écrire à la ministre en nos noms personnels. » Il ne restait que quelques étapes avant la diplomation quand les universités ont fermé.. M. Gendron devait réaliser un stage final, deux examens et un projet pilote sur l’utilisation de la réalité virtuelle dans les soins palliatifs. Son université n’a pas encore développé de mode alternatifs d’enseignement ou d’évaluation. McGill offre par contre des cours en ligne et a modifié les méthodes docimologiques.

« On propose d’utiliser les notes existantes, même si la formation n’ est pas complètement terminée, qu’on nous accorde un droit de pratique et qu’on puisse aider dans les hôpitaux. Et si on se demande si le système de santé est prêts à nous recevoir, je répond que dans deux mois le système sera encore moins prêt et aura encore plus de besoins.

L’Ordre de infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) travaille déjà en aval du problème en délivrant des autorisations spéciales permettant le retour à la pratique des anciens membres ayant quitté la profession pour prêter main-forte à leurs collègues actives. La ministre de la Santé et des Service sociaux a publié le 15 mars. un arrêt ministériel autorisant cette dérogation aux retraitées depuis moins de cinq ans.

L’OIIQ a ensuite reçu un peu plus de 200 offres de services. Le lundi 21 mars l’Ordre, qui a pour mandat la protection du public et doit donc vérifier le dossier pour chaque demande transmise, avait déjà délivré 114 autorisations spéciales.


En réponse aux questions du Devoir, l’OIIQ a fait valoir qu'il « n’a pas de levier réglementaire sur la question des stages et de la diplomation qui s’en suit. » « Nous sommes cependant satisfaits que les différentes universités aient actuellement des pourparlers en vue de définir un cadre commun qui permettrait aux étudiantes et étudiants d’entrer sur le marché du travail afin de venir offrir du renfort aux infirmières et infirmiers en exercice », ajoute l'Ordre.