Toute activité commerciale non essentielle interdite jusqu'au 13 avril

Le premier ministre François Legault a décrété l’arrêt de toutes les activités non essentielles au Québec afin d’exposer le moins possible la population au choc de la COVID-19. Une décision « difficile », mais « nécessaire » alors que le Québec recense désormais 629 cas de personnes atteintes du nouveau coronavirus, a-t-il précisé.

Le gouvernement québécois a ordonné la fermeture de l’ensemble des commerces et services non essentiels pendant 21 jours, soit du 24 mars au 13 avril. L’heure du « confinement » a sonné pour les personnes qui y travaillent. « Dans les faits, le Québec va être sur pause pendant trois semaines », a déclaré M. Legault lundi après-midi. « Tous les Québécois qui ne sont pas dans les services essentiels, s’il vous plaît, vous restez à la maison », a-t-il demandé.

La population n’a pas caché son inquiétude. La mise à l’arrêt de l’activité économique a déjà fait des centaines de milliers de victimes au Canada, 930 000 personnes ayant déjà soumis une demande de prestations d’assurance-emploi à Ottawa.

Seules les entreprises dites essentielles, dont la liste officielle a été mise en ligne lundi en fin de journée sur le site Web du gouvernement, pourront rester ouvertes à compter de mercredi. Parmi elles, les épiceries, les pharmacies, les fabricants d’instruments médicaux et de produits sanitaires, ainsi que les institutions bancaires, les services de déneigement et les organisations médiatiques.

M. Legault a invité les commis d’épicerie et de pharmacie au travail durant l’état d’urgence sanitaire à « d’abord, prendre toutes les précautions que le Dr Arruda mentionne, c’est-à-dire garder un ou deux mètres d’écart avec les [autres] personnes, les clients qui viennent les voir, deuxièmement, se laver les mains régulièrement ».

La Société des alcools du Québec (SAQ) a par ailleurs signalé qu’elle allait demeurer ouverte, mais qu’elle allait continuer à limiter le nombre de personnes présentes en même temps dans ses succursales. Malgré cela, des dizaines de personnes faisaient la file devant des points de service de la SAQ lundi après-midi.

Dans les milieux d’affaires, la liste des entreprises dites essentielles a été généralement bien accueillie. Tous les acteurs consultés par Le Devoir se réjouissaient du fait que le gouvernement soit ouvert à des ajouts.

Par contre, avec la « pause » exigée de presque toute l’économie du Québec, le secteur privé juge désormais que les programmes d’aide dévoilés la semaine dernière ne sont plus suffisants. « Le dernier sondage qu’on a sorti la semaine passée montre que le quart des entreprises ne pensent pas pouvoir survivre plus d’un mois à une chute de leurs revenus de plus de 50 % », fait valoir François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

« Ce qui a été annoncé est un pas dans la bonne direction, mais là, c’est sûr qu’il faut faire plus. »

Du côté des partis d’opposition, seuls les solidaires ont voulu réagir de vive voix aux dernières annonces gouvernementales. À l’instar des milieux d’affaires, Gabriel Nadeau-Dubois a plaidé pour qu’on décaisse de nouveaux fonds. « La semaine dernière, certains secteurs étaient particuliers touchés par la crise. Là, c’est carrément l’économie au complet », constatait-il. Dans ce contexte, il faudra réfléchir selon lui à d’autres formules d’aide financière aux personnes, un « soutien financier plus direct, plus simple ».

Au Parti québécois, le leader Martin Ouellet a écrit sur Twitter qu’il était « en discussion avec le gouvernement » à la suite des « très nombreux » messages reçus.

Même chose du côté du chef intérimaire du Parti libéral, Pierre Arcand, qui a écrit avoir fait part au premier ministre « des préoccupations formulées par les citoyens ».

« Transmission communautaire »

« Ce n’est pas le temps de lâcher », a souligné le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, qui, fidèle à son habitude, se tenait à la droite du premier ministre.

« Je ne veux pas faire peur, mais… c’est une question de vie ou de mort », a-t-il résumé.

M. Legault privilégie toujours la sensibilisation plutôt que la répression afin de convaincre les Québécois de respecter les consignes visant à freiner l’avancée de la COVID-19 sur le sol québécois.

Le ministère de la Santé recensait 628 cas « confirmés » et « probables » de personnes atteintes du nouveau coronavirus lundi à 13 h comparativement à 452 cas « confirmés » et « probables » dimanche à 13 h (+176).

Les cas d’infection se multiplient à une cadence plus élevée, y compris parmi les personnes qui n’ont pas voyagé à l’extérieur du pays, ce qui fait dire à M. Legault « qu’il commence à y avoir de la transmission communautaire ».

La prolifération d’individus déclarés positifs s’explique en partie par le retour au pays, début mars, de nombreux Québécois ayant profité de la semaine de relâche scolaire pour s’envoler vers l’étranger.

« On a beaucoup de gens qui sont allés dans le Sud, qui sont allés en vacances à l’étranger, puis c’est à l’étranger qu’on avait un problème, qu’on avait un risque d’attraper le virus. Ce n’était pas le cas, par exemple, en Ontario, c’était plus tard, donc ils ont été capables de sauver cette partie-là. Il faut tenir compte de ça », a expliqué M. Legault.

Lundi, 45 personnes étaient hospitalisées, dont 21 aux soins intensifs. À ce jour, le réseau de la santé a préparé 6000 lits, dont 570 en soins intensifs, pour accueillir les personnes qui éprouveront de graves difficultés respiratoires, a indiqué la ministre de la Santé, Danielle McCann.

« En plus, on a des gens très ingénieux, inventifs, qui sont en train de nous permettre, si c’est nécessaire, de pouvoir utiliser, par exemple, l’Hôtel-Dieu, l’hôpital Notre-Dame, donc les hôpitaux qui étaient dans l’ancien CHUM, [pour] recevoir des gens », a fait remarquer M. Legault. « Il y a des gens, là, qui en font pas mal plus que le travail qui est écrit dans leur description de tâches actuellement […] à qui je veux dire un énorme merci, puis bravo ! », a-t-il lancé.

Par ailleurs, Mme McCann a invité les personnes souffrant de symptômes de la COVID-19 à consulter un « guide Autosoins » sur le site du ministère de la Santé.

Sursaut des municipalités

L’annonce de François Legault a eu par ailleurs pour effet de réveiller certaines municipalités, qui exigeaient encore de leurs fonctionnaires qu’ils rentrent travailler. C’était le cas de la Ville de Gatineau. Une note envoyée lundi dernier spécifiait que les enfants ne seraient pas admis sur les lieux de travail. « Nous demandons aux employés de faire les efforts raisonnables afin de pouvoir trouver des solutions leur permettant de continuer à effectuer leur prestation de travail de façon régulière », disait la note. Le télétravail était présenté comme un dernier recours seulement. « Si vous demeurez dans l’impossibilité de vous présenter au travail malgré avoir fait tous les efforts raisonnables pour limiter votre absence, nous vous invitons à contacter votre gestionnaire, qui pourra discuter avec vous des différents congés qui sont à votre disposition. » Hier [lundi 23 mars], la Ville a fait marche arrière et a indiqué que seuls les travailleurs offrant un service essentiel seront attendus et que les autres pourront passer au télétravail.

Le scénario était le même à Sherbrooke. Le représentant syndical Gaétan Desnoyers a indiqué au Devoir qu’en date de lundi matin, seulement 50 employés sur un total d’environ 600 cols blancs étaient en télétravail. « Au début de la semaine passée, ils disaient : “On ne fera pas de télétravail parce qu’ils vont être dérangés par leurs enfants à la maison.” C’est en partie pour ça qu’on fait du télétravail : parce qu’on a des enfants à la maison ! » La Ville de Sherbrooke a indiqué qu’elle réévaluait maintenant la situation. À titre de comparaison, la Ville de Montréal a décidé jeudi de passer au télétravail, sauf pour les services essentiels.

Ford emboîte le pas à Legault

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé une mesure identique entrant en vigueur mercredi. « C’est une décision très difficile à prendre. Mais l’heure n’est pas aux demi-mesures. » La liste des commerces visés par l’interdit sera publiée mardi. À noter qu’en Ontario, le nombre maximal de personnes permises à un même rassemblement est encore de 50 toutefois.

M. Ford a demandé aux entreprises de faire preuve de coopération, notant qu’il ne serait pas réaliste que les policiers surveillent chacune d’entre elles. Des amendes sont prévues néanmoins pour les récalcitrantes qui se feraient épingler. « Mais nous ne voulons pas fonctionner ainsi. On est tous dans le même bateau. On est une équipe. Ce n’est pas une affaire de gouvernement contre entreprises. »

Avec Hélène Buzzetti

3 commentaires
  • Roch-André LeBlanc - Abonné 24 mars 2020 07 h 28

    Arrêt des activités commerciales,sauf pour les services essentiels...

    Je suis bien conscient que ce n'est pas le temps de s'attarder à cet aspect de la question - l'image de l'orchestre qui continue de jouer tandis que le Titanic coule - mais une fois la crise sera passée, à l'heure des bilans et des leçons, quelqu'un au gouvernement et à la SAQ pourrait-il ou elle se rappeler en quoi la SAQ peut faire partie « des services essentiels » ? Juste pour savoir mieux distinguer l'essentiel de l'agréable.

  • Léopold Tremblay - Abonné 24 mars 2020 10 h 37

    Un détail



    "Seules les entreprises dites essentielles, dont la liste officielle a été mise en ligne lundi en fin de journée sur le site Web du gouvernement"

    J'aurais personnellement bien aimé que l'on me donne un lien pour accéder au site en question. Si quelqu'un peut me le donner, merci d'avance!

  • Corinne Boutterin - Abonnée 24 mars 2020 17 h 59

    Petits commerces de proximité versus grandes surfaces

    D'un point de vue sanitaire comme d'un point de vue économique, ce sont les grandes surfaces, sujettes à regrouper les gens dont il est impossible de gérer le comportement qu'il faut fermer et les petits commerces, où il est facile d'appliquer un protocole strict de désinfection et de distanciation physique qu'il faut garder ouverts, avec règles de fonctionnement strictes bien entendu. Les petits commerçants auraient ainsi une chance de survivre à la crise qui n'affectera pas de façon aussi brutale les géants propriétaires des grandes surfaces