Les foyers d'infection à Granby et à Bromont inquiètent

Un avis affiché à la porte d'une pharmacie de Bromont. En date de dimanche, 30 cas de COVID-19 avaient été déclarés en Estrie.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un avis affiché à la porte d'une pharmacie de Bromont. En date de dimanche, 30 cas de COVID-19 avaient été déclarés en Estrie.

Bien que les villes de Bromont et de Granby soient considérées comme des foyers de contagion du coronavirus, les maires de ces deux municipalités ne savent toujours pas combien de cas ont été recensés sur leurs territoires.

« Évidemment, j’aimerais savoir le nombre de cas que nous avons », lance Louis Villeneuve, maire de Bromont. « Et j’aimerais aussi pouvoir m’assurer que la consigne de demeurer en isolement est respectée [par les personnes infectées]. »

    

Vendredi soir, Louis Villeneuve a dit avoir été pris par surprise lorsque le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie a diffusé un communiqué indiquant qu’un « fort potentiel de transmission de la COVID-19 est noté dans la population de Granby, de Bromont et des environs ».

« Je n’ai même pas été avisé avant », s’indigne le maire Villeneuve. « En tant que maire de la ville, j’étais en droit de savoir ces informations, ce qui nous aurait permis de nous préparer avant qu’un communiqué soit envoyé. »

Depuis, la ville de Bromont a fermé tous ses parcs municipaux. Des policiers et des pompiers sont désormais postés dans des points névralgiques de la ville afin d’informer la population sur les mesures de précaution à adopter. Et le maire a lancé un appel à tous ceux qui ont des résidences secondaires à Bromont de s’abstenir de venir dans le secteur.

Dans son communiqué diffusé vendredi, le CIUSSS de l’Estrie mentionne également que des personnes porteuses du virus circuleraient toujours dans plusieurs lieux publics de Granby, de Bromont et des environs.

« On a vu ça aussi aux nouvelles, mais on ne reçoit pas l’information, souffle le maire. Et je ne peux même pas envoyer les policiers arrêter une personne qui se promène à Bromont. Il faut que la consigne vienne de la Direction de la santé publique. » La santé publique de l’Estrie n’a pas voulu nous dire pourquoi des policiers n’ont pas été dépêchés sur les lieux. Le maire Louis Villeneuve assure néanmoins avoir pleine confiance en la Direction de la santé publique. « Mais j’aimerais avoir plus d’informations sur ce qui se passe dans ma municipalité. »

En date de dimanche, 30 cas de COVID-19 avaient été déclarés en Estrie, la troisième région la plus touchée au Québec après Montréal (46) et la Montérégie (40). La population de l’Estrie est toutefois cinq fois moins importante que celles de Montréal et de la Montérégie.

Lieux fréquentés

Par ailleurs, la Direction de la santé publique refuse de dévoiler les lieux publics ayant été fréquentés par des personnes atteintes de la COVID-19 à Bromont et à Granby. Dans les derniers jours, de tels signalements publics ont été effectués pour des cas survenus à Montréal, en Montérégie et dans Lanaudière.

« Considérant le fort potentiel de transmission, la Direction de la santé publique a choisi de ne pas publier une liste des lieux spécifiques visités par les personnes contaminées à la COVID-19, mais bien d’émettre une consigne générale pour l’ensemble des lieux de ces deux secteurs », a répondu au Devoir le CIUSSS de l’Estrie.

Une décision que peine à comprendre une citoyenne de Granby qui a contacté Le Devoir et qui a requis l’anonymat. « Pourquoi nous priver de cet outil de prévention ? Surtout dans une région à haut risque, s’est-elle indignée. C’est inquiétant de savoir que la santé publique nous cache cet outil si important. » Le directeur de la santé publique de l’Estrie, Alain Poirier, n’a pas voulu nous donner d’entrevue.

Du côté de Granby, le maire, Pascal Bonin, n’était pas disponible pour commenter dimanche. Bien que la municipalité n’ait pas en main les chiffres officiels sur le nombre de cas déclarés dans la municipalité, celle-ci dit avoir pleine confiance en la santé publique de l’Estrie, a mentionné au Devoir la division des communications de Granby.

Seulement par régions

Ailleurs au Québec, plusieurs citoyens s’inquiètent de ne pas savoir si des cas ont été déclarés dans leurs municipalités. Actuellement, la Direction de la santé publique ne dévoile les chiffres relatifs au nombre de cas confirmés de COVID-19 que par régions administratives.

Une situation qui peut attiser les rumeurs, certes, mais qui évite également la panique, fait valoir Mireille Gaudreau, relationniste au CIUSSS de Chaudière-Appalaches.

« Je comprends que les gens aimeraient savoir dans quelles villes il y a des cas. Mais la loi nous oblige à la confidentialité, explique-t-elle. Mais c’est important que les gens sachent que chaque personne qui a fréquenté un cas et qui doit prendre des mesures d’hygiène ou d’isolement particulières est contactée. »