Des taxis au service des malades de la COVID-19

Une centaine de chauffeurs de Taxelco ont répondu à l’appel récemment lancé par l’entreprise.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une centaine de chauffeurs de Taxelco ont répondu à l’appel récemment lancé par l’entreprise.

Des chauffeurs de taxi s’improvisent ambulanciers pour transporter des personnes contaminées par le coronavirus à Montréal. L’entreprise Taxelco a contacté tous ses chauffeurs la semaine dernière pour trouver des volontaires.

« Les patients sont en bonne forme générale et ne nécessitent pas de manipulation physique. De nombreuses mesures de protection sont prises par l’hôpital afin de minimiser la contamination », indique la communication envoyée aux chauffeurs de Taxi Hochelaga et de Taxi Diamond, qui appartiennent à Taxelco.

Les patients porteront un masque et des gants, précise-t-on. Une infirmière les escortera jusqu’au taxi pour ouvrir la portière et la fenêtre arrière. Le chauffeur devra ouvrir la portière une fois arrivé à destination puis nettoyer son véhicule. Une prime de 25 $ est notamment prévue pour « couvrir le risque et la désinfection du véhicule ».

Les chauffeurs intéressés peuvent s’inscrire sur une liste d’appel. « On ne force personne, on cherche juste des volontaires », précise en entrevue le directeur général de Taxelco, Frédéric Prégent.

Il explique avoir été contacté par un centre hospitalier il y a deux semaines, pour transporter une personne ayant la COVID-19 vers un autre hôpital. Après avoir établi un protocole strict pour protéger les chauffeurs, M. Prégent a proposé le même service aux autres établissements de santé. « On est une première ligne importante pour transporter les malades et on s’appuie sur les conseils du milieu de la santé pour prendre toutes les précautions. »

Le nombre d’appels est pour l’instant « occasionnel », dit-il. Quant aux chauffeurs de taxi, ils sont une centaine à avoir manifesté leur intérêt. Une centaine sur environ 2200 chauffeurs associés à l’entreprise et considérant que près de la moitié d’entre eux ont arrêté de travailler, le temps que la pandémie passe, précise Frédéric Prégent.

Michel Sénécal, chauffeur chez Taxi Diamond, fait partie des volontaires. « Je fais ça pour rendre service aux gens pris dans cette situation, tout comme les médecins et infirmières vont se mettre encore plus à risque pour les soigner », souligne l’homme qui cumule 40 ans d’expérience.

Des inquiétudes, il en a. Mais il se dit rassuré si le patient porte masque et gants. « Si je garde mes distances et nettoie bien ma voiture, ça devrait bien aller. »

Des avis qui divergent

Plusieurs de ses collègues dans la métropole ne partagent pas son opinion et se disent « choqués » par l’appel à tous de Taxelco. « Une prime de risque de 25 $ ? Non, ma vie ne coûte pas 25 $, ni celle de ma famille ou des autres clients », lance, offusqué, Ahcène.

Même si les appels se font rares depuis que Québec recommande aux citoyens de rester chez eux et que nombre d’endroits ont fermé, le chauffeur de taxi n’est pas prêt à « se jeter dans le danger » pour autant. « Nous, comme chauffeurs, on n’a rien pour se protéger, dit-il. On ne trouve plus de masques, ni de Purell. C’est dangereux ! »

À son avis, transporter les malades atteints de la COVID-19 n’est pas le travail des chauffeurs de taxi, mais celui des ambulanciers, mieux équipés pour se protéger du virus.

Jean Fortier, directeur général de Taxi Coop, abonde dans le même sens. « Ce genre de transport doit se faire en ambulance. Sinon ça va juste contribuer à propager le virus. Ce n’est pas intelligent comme façon de faire », lance-t-il. Sa compagnie a également été contactée il y a deux semaines pour transférer un patient atteint de la COVID-19. « J’ai refusé. Et si on me rappelle, ça sera toujours non. »

De son côté, le président de Taxi Champlain, George Boussios, dit réfléchir à offrir les services de son entreprise. Lui aussi a été contacté pour transporter un patient contaminé. Il avait refusé sur le coup, trouvant la démarche dangereuse. « Si de grandes précautions sont prises, je vais y penser. »

Du côté de l’Hôpital général juif, on indique avoir eu recours aux services de Taxelco pour le retour de malades n’ayant plus besoin d’être hospitalisés. « Ces individus n’ont pas besoin d’une ambulance, car ils peuvent marcher, ils n’ont pas besoin d’oxygène [ni] d’une civière. Toutes les précautions sont prises pour assurer la santé de toutes les parties », précise un porte-parole, Carl Thériault.

Les autres établissements de santé de Montréal traitant des cas de COVID-19 n’avaient pas répondu aux courriels du Devoir au moment où ces lignes étaient écrites. Le ministère de la Santé non plus.