Des syndicats craignent une dérive autoritaire dans les hôpitaux

L’arrêté ministériel que les syndicats dénoncent concerne notamment «les congés, incluant les vacances, les mouvements de personnel, les aménagements du temps de travail et l’embauche de personnel additionnel».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’arrêté ministériel que les syndicats dénoncent concerne notamment «les congés, incluant les vacances, les mouvements de personnel, les aménagements du temps de travail et l’embauche de personnel additionnel».

La ministre Danielle McCann modifie unilatéralement les conditions de travail des employés du secteur de la Santé afin d’accroître la force de frappe de l’État québécois contre la COVID-19. Des syndicats sont aux abois.

Elle a signé samedi après-midi un décret permettant aux gestionnaires du réseau de réviser les horaires de travail de « disposer des ressources humaines nécessaires » durant l’état d’urgence sanitaire. « La journée régulière de travail peut être modifiée, mais ne peut toutefois excéder 12 heures », peut-on notamment lire dans l’arrêté ministériel.

Mme McCann autorise aussi les directions d’établissement de santé « de suspendre ou d’annuler les congés déjà autorisés, ainsi que de refuser l’octroi de nouveaux congés ».

Les gestionnaires peuvent désormais « affecter le personnel, à l’endroit, au moment ou à des tâches d’un autre titre d’emploi, centre d’activités, service ou unité d’accréditation, [dans le] réseau de la santé et des services sociaux ou dans tout autre lieu désigné, dans la mesure où l’employé visé répond aux exigences normales de la tâche », peut-on aussi dans l’arrêté ministériel.

Bref, les dispositions qui limitent la mobilité du personnel sont caduques.

Enfin, Mme McCann suspend aussi les délais prévus pour le dépôt d’un grief ainsi que pour le coup d’envoi d’une procédure d’arbitrage.

« Ces mesures temporaires visent à s’assurer que nous disposons des ressources nécessaires pour prendre en charge, de la meilleure façon possible, les personnes qui auront besoin de soins », a déclaré par voie de communiqué la ministre de la Santé et des Services sociaux.

Rappelons que le Conseil des ministres a renouvelé l’état d’urgence sanitaire dans tout le territoire québécois jusqu’au 29 mars prochain. La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et ses syndicats affiliés ont accueilli « avec consternation » l’arrêté ministériel adopté samedi.

« Le gouvernement a le devoir d’agir de façon responsable et de diffuser les bons messages aux gestionnaires pour ne pas démobiliser les travailleuses et travailleurs de la santé qui se dévouent sans relâche auprès de la population du Québec depuis le début de cette crise », a fait valoir le président de la FTQ, Daniel Boyer. Il appelle les gestionnaires du réseau de la santé à « favoriser en tout temps le volontariat plutôt que la contrainte ».

La présidente de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ), Claire Montour, accuse les décideurs politiques de « couper les ailes » aux professionnels de la santé : les

anges » dont on disait vouloir prendre soin ». « Depuis le début de la crise, le premier ministre, François Legault, et la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, répètent partout qu’il faut prendre soin du personnel de la santé, nos anges gardiens. Et cela se traduit maintenant par la suspension de toutes les clauses qui nous garantissaient un minimum de décence dans nos conditions de travail. Ce gouvernement a une drôle de façon de prendre soin de nous », a-t-elle affirmé.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) s’est engagée auprès de ses membres de « s’assurer de la pertinence du plan et du respect des droits des travailleuses ».