Coronavirus: le Royal Victoria accueillera des patients itinérants

L’hôpital Royal-Victoria
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’hôpital Royal-Victoria

L’ancien hôpital Royal-Victoria accueillera les itinérants possiblement atteints de la COVID-19. Les quelque 200 sans-abris qui y logent déjà pendant l’hiver seront déplacés vers un lieu encore inconnu.

Dès la semaine prochaine, l’unité de débordement du Royal-Victoria « verra sa mission transformée en unité d’isolement pour les personnes en situation d’itinérance », a fait savoir vendredi Julie Grenier, directrice adjointe aux partenariats du CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle en a fait l’annonce entourée de la mairesse Valérie Plante et de Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal (DRSP).

Cinquante places seront d’abord ouvertes, un nombre qui pourrait être appelé à augmenter. Chaque patient aura sa chambre individuelle. Une fois les tests faits, si l’un d’eux a bel et bien contracté le virus, les recommandations ministérielles seront suivies à la lettre, assure-t-on.

Pour un deuxième hiver de suite, l’ancien hôpital sis au centre-ville accueille les hommes et les femmes à la recherche d’un endroit chaud où dormir lorsque tous les refuges sont pleins. Actuellement, 179 personnes y passent la nuit.

La saison froide n’étant pas encore terminé, pas question de renvoyer quiconque à l’extérieur, a insisté Mme Grenier. « Les personnes qui fréquentent les unités de débordement seront déplacées. Il y aura un nouveau refuge pour les accueillir sans rupture de service ». Or, le lieu est encore à préciser, vraisemblablement en début de semaine prochaine.

Annonce saluée
À la Mission Bon Accueil, on se réjouit de l’annonce d’une unité de traitement dédiée. Car l’inquiétude était grande pour cette population particulièrement vulnérable. L’organisme avait justement partagé ses craintes auprès de la DRSP.

« Au début de la crise, on leur a indiqué qu’il fallait s’attendre à ce que le virus circule parmi les itinérants. Et si le nombre de cas venait à exploser, ce serait non seulement un problème pour cette communauté, mais aussi pour Montréal », explique au Devoir le président-directeur général, Samuel Watts.

« Les demandes ont été entendues », réagit de son côté Émilie Fortier, directrice des services d’hébergement d’urgence et d’accompagnement à la Mission Old Brewery. Celle-ci souhaite maintenant « un déploiement plus important » de la santé publique sur le terrain afin de cibler les itinérants qui sont vulnérables et qui présentent des symptômes, mais également pour rassurer les équipes qui, elles aussi, vivent de l’anxiété.

Car il est difficile pour elles de déterminer si un patient présente réellement les symptômes de la COVID-19, précise Mme Fortier. « Des gens qui toussent dans des refuges ou dans la rue sont nombreux. Ils viennent de passer à travers d’un hiver. Les problèmes de santé sont exacerbés par leur situation d’itinérance », illustre-t-elle.

« Des équipes de services sanitaires et sociaux iront dans les rues pour aider les sans-abri et voir quels sont leurs besoins », a promis Valérie Plante vendredi. Montréal entend aussi offrir du matériel sanitaire — produits nettoyants, lingettes et liquide désinfectant — aux organismes qui viennent en aide aux itinérants.

Des « îlots sanitaires » ont par ailleurs été déployés au centre-ville, a dévoilé la mairesse. Composé de toilettes et de lave-mains, on les compte au nombre de six, mais la Ville vise à ce qu’il y en ait une quarantaine. La mesure pourrait aussi s’étendre à d’autres arrondissements de la métropole si les besoins se font sentir.

L’Accueil Bonneau a justement vu ces « ilots » atterrir à proximité de ses locaux, rue de la Commune dans le Vieux-Montréal. Une bonne nouvelle, commente au bout du fil la directrice générale de l’Accueil Bonneau, Fiona Crossling. Avec tous ces commerces, magasins et lieux publics qui ont tour à tour fermé leur porte ces derniers jours, il devenait difficile pour les itinérants d’avoir accès à des toilettes, explique-t-elle.

La pandémie a aussi chamboulé les pratiques de l’organisme. Normalement, des repas sont offerts aux sans-abris dans la salle à manger. Pour éviter les contacts, les assiettes ont été remplacées par des boites à lunch que l’on donne pour apporter, indique Mme Crossling. Il n'y a également plus de bénévoles pour des raisons de sécurité.

Par ailleurs, dans les quatre maisons d’hébergement de l’Accueil Bonneau, la distanciation sociale doit désormais être respectée tout en maintenant les visites des intervenants. « Il faut faire attention avec les contacts. On doit protéger nos résidents et nos employés. »

Avec La Presse canadienne

Les refuges, ce service essentiel

Le personnel et les bénévoles des refuges pour sans-abris pourront envoyer leurs enfants dans les services de garde d’urgence offerts depuis lundi. À la demande de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le gouvernement a ajouté ces travailleurs à la liste des catégories d’emploi offrant des services jugés essentiels.