Legault s’attaque à la transmission «entre les régions»

Le premier ministre, François Legault, a multiplié les appels ― et les rappels ― à la prudence jeudi, au moment où la COVID-19 se propage dans toutes les directions. Il a notamment demandé aux Québécois d’éviter les déplacements non essentiels d’une région à l’autre.

« On veut s’assurer, évidemment, que les régions où il y en a moins restent dans cette situation-là, qu’il n’y ait pas de transmission entre les régions », a-t-il expliqué en conférence de presse.

Quelque 121 personnes souffrant de la COVID-19 étaient connues des autorités mercredi à 21 h, dont 28 cas à Montréal, 26 cas en Estrie et 19 cas en Montérégie. Parmi elles, 7 personnes étaient hospitalisées.

Malgré ces données statistiques, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, trouvait prématuré de « confiner une ville » pour freiner la propagation de la COVID-19 sur le territoire québécois. « Plus les gens vont collaborer avec nous, plus on va avoir du succès, puis moins on va avoir besoin [de] mesures qui briment les libertés des individus. On n’est pas habitués à ça. Mais s’il faut le faire, on a les pouvoirs en santé publique, on a les pouvoirs avec la Loi sur la sécurité civile d’aller en mesure de guerre », a-t-il averti.

L’entourage du premier ministre s’affairait au même moment à dissiper la rumeur selon laquelle l’île de Montréal sera mise en quarantaine.

En plus d’appeler les Québécois à s’abstenir de se déplacer à travers le Québec, M. Legault a exhorté les personnes âgées de 70 ans et plus, jugées plus vulnérables à une attaque de la COVID-19, à rester à domicile. « Ce n’est pas le temps d’être dans les centres d’achats. Ce n’est pas le temps d’aller passer une heure au restaurant avec ses amis. J’ai le goût de reprendre la chanson de Jean-Pierre Ferland “Envoye à maison”, [car] c’est là que vous devez être », a-t-il lancé au lendemain de l’annonce du décès de la première victime du coronavirus au Québec, Mariette Tremblay.

Plus tôt cette semaine, M. Legault a demandé aux jeunes, puis aux croyants, de ne pas se regrouper, ni autour d’une bière ni dans la prière.

« Notre succès d’intervention est dépendant, pas de ce que j’ai prescrit, [mais] de comment le patient va prendre ses médicaments ou va faire ce qu’on lui dit. S’il y en a 50 % qui ne le font pas, on a un potentiel beaucoup moins grand, d’où l’importance qu’on le fasse, qu’on identifie les zones aussi où ce n’est pas fait, puis qu’on répète, qu’on répète les consignes. Il faut que les gens comprennent » a poursuivi le Dr Arruda, conscient de la portée légale limitée des consignes gouvernementales. « S’il faut prendre des mesures plus fortes, on va les [prendre]. »

Plus les gens vont collaborer avec nous, plus on va avoir du succès, puis moins on va avoir besoin [de] mesures qui briment les libertés des individus

Éviter la déprime seul

Le sous-ministre adjoint a invité les Québécois qui, en raison de la pandémie, sont cloîtrés à la maison à rester actifs pour ne pas sombrer dans la déprime. « Moi, j’aime le théâtre ; on peut écouter le télé-théâtre. J’écoute de la musique pour me rendre plus joyeux. Chacun peut trouver quelque chose. Essayez de faire ce que vous ne pouvez pas faire habituellement parce que vous êtes trop occupés », a-t-il suggéré.

Pour donner l’exemple, le Dr Arruda s’est donné comme défi de préparer, au cours du week-end, des tartelettes portugaises. « Je suis en train d’essayer de nouvelles recettes. Bien, ça va me donner un plaisir parce que je n’ai jamais le temps de faire ça. Là, j’espère qu’on va me laisser un peu de temps en fin de semaine », a-t-il dit, tournant le regard vers le premier ministre.

5000 tests par jour

Le chef du gouvernement a tenu à « rassurer tous les Québécois » sur les préparatifs de l’État en vue de l’hospitalisation éventuelle de milliers de personnes.

Écouvillons, respirateurs, masques, visières, gants : l’État québécois « a actuellement tous les équipements dont on a besoin à court terme », a-t-il assuré à la presse, après avoir déploré que « toutes sortes de choses se disent sur les équipements ». « Et, on continue d’ajouter à cet équipement-là au cas où la croissance soit beaucoup plus forte dans les prochaines semaines », a-t-il poursuivi.

Mercredi midi, environ 4000 personnes attendaient les résultats du test de dépistage du nouveau coronavirus qu’elles avaient subi au cours des derniers jours.

Comptant sur huit laboratoires, le réseau de la santé a désormais les moyens de faire 5000 tests par jour, ce qui est plus que la demande actuelle, a fait remarquer M. Legault. « Plus on teste, plus le nombre de cas augmente », a-t-il mis en garde.