La course aux appareils médicaux dans les hôpitaux

À l’instar du Québec, l’Ontario se prépare activement à recevoir les patients atteints de la COVID-19. Mercredi, l’hôpital d’Ottawa achevait les derniers préparatifs avant l’ouverture d’un centre de dépistage installé dans un aréna de la capitale.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne À l’instar du Québec, l’Ontario se prépare activement à recevoir les patients atteints de la COVID-19. Mercredi, l’hôpital d’Ottawa achevait les derniers préparatifs avant l’ouverture d’un centre de dépistage installé dans un aréna de la capitale.

C'est une course contre la montre dans de nombreux hôpitaux québécois qui cherchent à s'équiper d'appareils à pression négative afin d’aménager des chambres destinées aux patients atteints de la COVID-19. Or, ces établissements risquent d’attendre des semaines, voire des mois, avant de les recevoir tant la demande est forte.

Avec la multiplication des cas au Canada et aux États-Unis, la demande pour les appareils à pression négative est « très forte », selon Marie-France Dion, gestionnaire de compte senior chez Abatement Technologies Limited, à Laval.

« Je reçois des commandes tous les jours [de CIUSSS et de CISSS], dit-elle. Présentement, la production est prévue pour une livraison fin mai. »

Or, les malades infectés, qui sont hospitalisés, doivent séjourner dans des chambres à pression négative, où l’air est filtré pour empêcher toute contagion.

Il y a une semaine, l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (un établissement désigné par Québec pour accueillir des malades de la COVID-19) a d’ailleurs acheté 30 appareils à pression négative à Abatement Technologies Limited. Le contrat a été conclu de gré à gré, en raison de la situation d’urgence, indique le système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec.

« L’ensemble des établissements de santé de la Capitale-Nationale travaillent à augmenter la capacité actuelle de ses chambres à pression négative », dit, dans un courriel, Vincent Lamontagne, directeur adjoint des communications au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Quant au nombre actuel de chambres à pression négative dans l’Institut, Le Devoir n’a obtenu aucune réponse de la part du CIUSSS.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux confirme pour sa part avoir diffusé récemment une directive permettant aux établissements d’acheter du matériel et du mobilier pour des chambres à pression négative.

885
C’est le nombre de chambres à pression négative, d’une capacité totale de 910 patients, que compte le réseau de la Santé.

Des hôpitaux en chantier

Au Centre hospitalier de Lanaudière, c’est le branle-bas de combat. En une semaine, 11 chambres à pression négative supplémentaires ont été aménagées sur un même étage, auparavant occupé par le département de pédiatrie. Sept autres s’ajouteront d’ici quelques jours, selon le Dr Mathieu Péladeau, affecté à l’unité COVID-19 de cet hôpital, situé à Saint-Charles-Borromée, près de Joliette.

Les patients, suspectés de souffrir du coronavirus et devant être hospitalisés, y sont installés. Ils étaient six, mardi en fin de journée.

« La problématique de l’Hôpital général juif [où les cas positifs sont transférés], c’est qu’ils prennent les patients une fois qu’ils sont confirmés, explique le Dr Péladeau. Dans l’intervalle de temps qu’on a entre le moment où on suspecte la COVID et le résultat du test, il peut y avoir 4-5 jours. Ces patients doivent être isolés pour éviter la contagion. »

L’ensemble des établissements de santé de la Capitale-Nationale travaillent à augmenter la capacité actuelle de ses chambres à pression négative

 

L’Hôpital de Chicoutimi se prépare aussi, en vue d’une explosion des cas. « Si on a une grosse vague, c’est sûr que les hôpitaux [désignés] vont être débordés », estime le Dr Jean-Philippe Blondeau, urgentologue.

Actuellement, les patients ayant des symptômes sévères sont transférés dans des hôpitaux désignés par Québec : l’Hôpital général juif (adultes) et l’Hôpital Sainte-Justine (enfant) à Montréal, ainsi que le Centre hospitalier universitaire de l’Université Laval (adultes et enfants) et l’Institut de cardiologie et de pneumologie à Québec (adultes).

Le Dr Blondeau s’attend à l’éventualité de devoir soigner des patients infectés, et non plus les transférer vers Québec. « On essaie de tripler nos chambres à pression négative », dit-il. L’hôpital en compte actuellement une dizaine, selon lui.

 

Même de plus petits hôpitaux, comme celui de Sainte-Agathe, travaillent à convertir des chambres. « On a aménagé une ou deux chambres à pression négative de plus », dit le Dr Simon-Pierre Landry, qui travaille à l’urgence de l’Hôpital de Sainte-Agathe.

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, le réseau compte 885 chambres à pression négative, pouvant accueillir 910 patients. Mardi après-midi, six patients y étaient hospitalisés, dont quatre aux soins intensifs, a indiqué le premier ministre, François Legault, lors de son point de presse quotidien sur la situation du coronavirus.

Le gouvernement ne pense pas manquer de chambres du genre. « On pense qu’on en a assez actuellement, dit Marie-Claude Lacasse, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux. Mais c’est notre travail de nous préparer au pire. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Actuellement, les patients ayant des symptômes sévères sont transférés dans des hôpitaux désignés par Québec, dont l’Hôpital général juif à Montréal.

Peu de risque associé à l’eau potable

L’Institut national de santé publique (INSPQ) COVID-19 affirme qu’il y a peu de risque de transmission du virus de la COVID-19 dans l’eau potable, car la famille des coronavirus, dont fait partie le SRAS-CoV-2, est « typiquement sensible aux effets du chlore ». L’INSPQ fonde aussi son affirmation sur les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), selon lesquels « les méthodes traditionnelles de traitement appliquées dans les systèmes de distribution de l’eau, telles la filtration et la désinfection, sont [en principe] en mesure d’inactiver le SRAS-CoV-2 ». Comme pour l’eau potable, « les concentrations de désinfectants utilisées pour traiter l’eau des piscines et des spas publics, telles que prescrites par les instances réglementaires, sont en mesure d’inactiver les coronavirus, comme le SRAS-CoV-2 ».

Le Devoir