Cliniques médicales en manque de masques

Le matériel de protection commence à manquer, s'inquiètent plusieurs professionnels de la santé.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Le matériel de protection commence à manquer, s'inquiètent plusieurs professionnels de la santé.

Les réserves de masques chirurgicaux s’amenuisent dans plusieurs groupes de médecine familiale (GMF) en raison de la pandémie de la COVID-19. À un point tel que la Clinique médicale Saint-Constant refuse désormais tous les patients ayant des symptômes respiratoires, même s’ils n’ont pas voyagé à l’étranger.

Ce GMF de Saint-Constant détient à peine 80 masques chirurgicaux pour adultes. « C’est le nombre de masques que ça nous prend par jour pour le personnel, dit son directeur médical, le Dr Jean Villeneuve. Et c’est sans compter les masques pour les patients. »

Pour assurer la sécurité de son personnel, la direction du GMF a donc instauré des mesures. Désormais, la porte de la clinique est verrouillée. Les patients sonnent et une infirmière procède au triage. Cette dernière demande au malade s’il a voyagé ou s’il présente des symptômes infectieux. Ceux qui répondent oui à l’une de ces deux questions sont refusés.

« Ce qui est étonnant, c’est que tout le monde parle depuis des jours et des jours du fait que ceux qui arrivent de voyage doivent se mettre en quarantaine 15 jours, dit le Dr Villeneuve. [Malgré tout], il a fallu virer trois patients. »

 

Le Dr Villeneuve précise que les patients qui ont des symptômes respiratoires sont dirigés vers la clinique Le trait d’union, à Delson, qui possède l’équipement nécessaire pour accueillir cette clientèle.

À Saint-Jean-sur-Richelieu, une médecin d’un GMF, qui veut garder l’anonymat, s’indigne aussi du manque d’équipement. « On est en première ligne, mais on n’aura bientôt plus rien pour se protéger, dit-elle. Il nous reste une boîte de masques, quatre ou cinq bouteilles de Purell de 500 ml — déjà bien entamées — et peut-être quatre boîtes de lingettes désinfectantes. »

Cette médecin dit tenter de se « réapprovisionner en pharmacie », mais sans succès. « Elles n’ont plus rien, dit-elle. La population s’est beaucoup servie dans les dernières semaines. »

La situation l’inquiète au plus haut point. « On veut rester au combat pour traiter tout le monde, mais on ne veut pas non plus être contaminés et devenir un facteur de contagion pour les autres », dit-elle.

Les masques, une situation problématique

Dans une note envoyée cette semaine à des médecins en GMF, la directrice des services professionnels du CISSS de la Montérégie-Centre se dit « désolée » de ne pouvoir fournir d’équipements de protection à « aucune clinique au moment où ces lignes sont écrites ».

Une situation anormale, selon la ministre de la Santé et des Services sociaux. À son cabinet, on souligne qu’« un GMF doit avoir de l’équipement minimalement » et on « essaie de régler » ce problème.

Lors du point de presse quotidien sur la situation du coronavirus au Québec, la ministre Danielle McCann a réitéré que le réseau de la santé a assez de matériel de protection actuellement.

 

L’équipement de protection demeure néanmoins une préoccupation pour plusieurs médecins. Le Dr Pierre Renard craint une pénurie. « J’ai fait mes réserves pour les premiers temps, mais après ? se questionne ce médecin en pratique privé qui voit des patients à domicile dans la région de Québec. Ce n’est pas vrai que cette crise va juste durer 14 jours, il faut voir à long terme. »

Depuis quelques jours, le Dr Pierre Renard prend davantage ses précautions lors des consultations. Il porte systématiquement des gants et un masque sur son visage. Il recommande à ses patients ayant de la toux ou de la fièvre d’avoir recours à la ligne téléphonique réservée au coronavirus afin d’aller dans une clinique désignée.

« Ça ne m’empêche pas de tomber sur des personnes qui n’ont pas de symptômes, mais qui reviennent de voyage, dit le Dr Pierre Renard. J’ai soigné un Américain tantôt, et cette semaine, un de mes patients revenait d’Espagne. Ils sont peut-être porteurs sans le savoir. »

Des rendez-vous au téléphone

Depuis lundi, nombre de cliniques offrent des consultations téléphoniques plutôt que des rendez-vous en personne. L’objectif ? Réduire les contacts et éviter la propagation du virus.

Dans la région de Québec, le GMF ProActive Santé Neufchâtel offre la téléconsultation aux 70 ans et plus et songe à étendre cette initiative à toute sa clientèle. « Beaucoup de choses peuvent se régler par téléphone », remarque le directeur médical, le Dr Vincent Demers.

Il nous reste une boîte de masques, quatre ou cinq bouteilles de Purell de 500 ml, déjà bien entamées, et peut-être quatre boîtes de lingettes désinfectantes

 

Reste que certains problèmes physiques nécessitent une auscultation. Lorsque c’est le cas, les patients ne peuvent être accompagnés au rendez-vous, à moins d’être inaptes ou d’avoir un trouble sévère de la marche, précise le médecin. « On essaie de limiter la circulation dans la clinique. »

Pour le moment, son GMF a suffisamment de masques chirurgicaux. « On essaie de les économiser, dit le Dr Demers. C’est prévu que si on en manque, on va devoir porter un foulard ou un morceau de tissu. »


 
1 commentaire
  • Daniel Smolla - Abonné 18 mars 2020 09 h 33

    Pénurie de matériel de base

    «Cette médecin dit tenter de se « réapprovisionner en pharmacie », mais sans succès. « Elles n’ont plus rien, dit-elle. La population s’est beaucoup servie dans les dernières semaines. » »

    Il n'est pas venu à l'esprit de ces cliniques, maintenant à court de ressources, de faire de même ?