Comment bien répondre aux questions des enfants sur le coronavirus?

Des enfants portant un masque contre le coronavirus à Bagdad, la capitale irakienne
Photo: Hadi Mizban Associated Presse Des enfants portant un masque contre le coronavirus à Bagdad, la capitale irakienne

Tous les enfants du Québec sont maintenant à la maison et se posent beaucoup de questions sur la crise sanitaire que l’on traverse. Leurs vies, et celles de leurs parents, sont chamboulées. Comment leur donner l’heure juste sur la crise actuelle, sans les inquiéter? Le Devoir a soumis des questions de jeunes Québécois à Caroline Quach-Thanh, pédiatre microbiologiste-infectiologue et médecin responsable de la prévention et du contrôle des infections au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal, et à Nadia Gagnier, psychologue et conférencière.

Clothilde, 3 ans : C’est quoi, le coronavirus ?
Caroline Quach-Thanh : C’est un virus, une toute petite bibitte qui rentre par notre nez et nos yeux surtout et qui donne de la fièvre, de la toux et, des fois, de la difficulté à respirer. Le coronavirus existe déjà et donne des rhumes, mais le nouveau (qui donne la COVID-19) est plus dangereux.

Milan, 5 ans : Est-ce que le coronavirus — qui a des ventouses sur les dessins — est capable de se cramponner sur le plafond et nous tomber dessus pendant qu’on dort ?
C. Q.-T. : Non. Le coronavirus ne reste pas au plafond. Pour l’attraper, il faut vraiment que quelqu’un qui est malade nous tousse dessus. Le virus de la COVID-19 est aussi capable de survivre sur le métal et le plastique. Par exemple, si tu tousses sur tes jouets en plastique, le coronavirus peut rester là 3 jours. Si tu prêtes tes jouets à un ami, cet ami pourrait attraper le virus sur ses mains et s’il ne se lave pas les mains et les met dans ses yeux ou son nez, il pourra aussi attraper le virus.

Lya, 6 ans : Est-ce que les enfants peuvent mourir du coronavirus ? Qu’est-ce qu’on peut faire si on l’attrape ?

C. Q.-T. : Jusqu’à maintenant, les enfants ne meurent pas du coronavirus. Si on l’attrape, on attend qu’il passe — comme tous les rhumes ou les grippes. On boit bien et on se repose.

Nadia Gagnier : Les médecins savent comment aider les gens qui seront touchés par le virus. C’est leur mission. Notre mission à nous, c’est de faire tout ce qu’il est possible de faire pour empêcher d’attraper le virus ou de le donner à quelqu’un d’autre. Si on y arrive, cela aidera les médecins à mieux faire leur travail, car ils seront moins débordés. […] Et la bonne nouvelle, c’est que tout le monde peut suivre les consignes (éviter les endroits publics, se laver souvent les mains, etc.) assez facilement. Cela change nos habitudes, mais ce n’est pas difficile à faire.

Agathe, 4 ans : Pourquoi il y a un microbe qui n’aime pas les grands-parents ?

N. G. : Tous les êtres humains ont un système de défense dans leur corps afin de combattre les infections, les virus et autres microbes. […] Ce système de défense s’appelle le système immunitaire. Quand on fait de la fièvre, c’est un signe que nos petits soldats sont en pleine bataille contre une menace (comme un virus).

Très souvent, quand on est jeune et en bonne santé, les soldats sont les plus forts et gagnent la bataille. Quand une personne vieillit, plusieurs choses s’affaiblissent dans son corps, dont son armée de petits soldats. Les personnes âgées ont un système immunitaire moins fort que celui des gens plus jeunes. C’est pour cette raison qu’on ne peut pas visiter grand-papa ou grand-maman… c’est pour les protéger du virus. Ils vont peut-être se sentir seuls, mais ne pas aller les voir peut leur sauver la vie.

Colin, 8 ans : Est-ce que mon chat peut être contaminé ?
C. Q.-T. : Il ne semble pas que nos animaux de compagnie puissent attraper ce coronavirus.

Renaud, 8 ans : Le coronavirus est-il un vertébré ou un invertébré ? Et de quoi se nourrit-il ?
C. Q.-T. : Le coronavirus n’est pas vraiment vivant, donc ni vertébré ni invertébré. Il n’a pas besoin de se nourrir… Il entre dans nos cellules et les prend en otage.

Livia, 11 ans : Est-ce que le virus est intelligent et est-ce qu’il peut évoluer assez vite pour contrecarrer nos efforts ?
C. Q.-T. : Un virus n’a pas de cerveau. Il évolue, mais il semble évoluer moins vite que la grippe.

Mathilde, 10 ans : Est-ce que c’est risqué d’aller jouer dehors avec nos amis ?

C. Q.-T. : Non… jouer dehors, c’est parfait. On essaie juste de ne pas jouer avec trop d’amis à la fois.

N. G. : Tant que les autorités le permettent, c’est même important de sortir dehors et de faire de l’activité physique. Par contre, il faut s’assurer de ne pas s’approcher trop des voisins et des amis que l’on pourrait rencontrer à l’extérieur. Pour voir nos amis et discuter avec eux, on peut les appeler au téléphone ou par visioconférence (FaceTime, Skype). Cela permet de socialiser avec eux, de se sentir moins isolés, sans subir les risques de s’infecter les uns les autres.

Expliquer et valoriser

Selon la Dre Nadia Gagnier, psychologue, il est toujours avisé de commencer par demander à l’enfant ce qu’il comprend de la situation. « Cela aide l’adulte à d’abord valider les informations adéquates que l’enfant a déjà comprises, puis à ajuster gentiment les minimisations, les exagérations ou les inventions que l’on peut déceler dans son discours. » Il est ensuite important de laisser l’enfant poser des questions, auxquelles le parent pourra répondre brièvement. « Lorsque notre réponse comportera des éléments que l’enfant connaît déjà (par exemple, tousser dans le creux du coude ou se laver les mains pendant 20 secondes), il est préférable de demander à l’enfant ce qu’il sait déjà à ce sujet que d’y aller de nos recommandations sur un ton moralisateur. » L’enfant ressentira ainsi un sentiment de fierté et d’autoefficacité, mentionne Nadia Gagnier, ce qui fera décroître son sentiment d’incertitude. « Il se dira : « Je ne connais peut-être pas grand-chose de ce nouveau virus, mais me laver les mains, ça, je sais le faire ! » » C’est également une bonne idée de faire appel à la créativité de l’enfant, en lui demandant, par exemple, de trouver lui-même des solutions permettant de respecter les consignes de santé publique, une façon judicieuse de le valoriser tout en développant sa flexibilité durant cette période incertaine. Et pourquoi ne pas donner comme mission aux enfants d’aider les médecins à juguler la crise en diminuant les contacts sociaux ? « Cela leur donne le sentiment d’avoir un rôle à jouer, et que ce ne sont pas seulement les adultes qui contrôlent ou ont un pouvoir sur la situation », explique la psychologue.