Le Québec franchit la barre des 50 cas

Une cinquantaine de personnes sont infectées par la COVID-19 au Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une cinquantaine de personnes sont infectées par la COVID-19 au Québec.

La COVID-19 connaît une importante progression au Québec, alors que la fenêtre pour contenir la maladie se referme. Une cinquantaine de personnes sont infectées. C’est deux fois plus que vendredi. Pour accélérer le dépistage des cas, sept hôpitaux commenceront dès mardi l’analyse des tests au sein de leur laboratoire.

Actuellement, tous les tests de dépistage sont acheminés par taxi ou par une entreprise de livraison jusqu’au Laboratoire de santé publique du Québec, situé à Sainte-Anne-de-Bellevue. Le trajet est long depuis la Gaspésie.

« On va passer de 1600 analyses à plus de 6000 par jour », a dit la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, lors du point de presse quotidien sur la situation, en compagnie du premier ministre du Québec, François Legault, et du directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda.

Québec a désigné les laboratoires de cinq hôpitaux de Montréal (le CUSM, le CHUM, l’Hôpital Sainte-Justine, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’Hôpital général juif), celui du Centre hospitalier universitaire de Québec et celui du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pour procéder à ces analyses.

Selon les autorités, la transmission locale pourrait bien avoir débuté au Québec, comme c’est le cas actuellement en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. « Il y en a probablement, dit le Dr Horacio Arruda. Mais ça va s’accélérer. »

Dans la région de Chaudière-Appalaches, le directeur de santé publique a pris les grands moyens pour empêcher la propagation dans la communauté. Tous les élèves et les membres du personnel de l’école secondaire Les Etchemins, à Lévis, ont été mis en isolement après qu’un cas de COVID-19 a été confirmé « pour une personne fréquentant [le] milieu scolaire », est-il indiqué dans une lettre adressée aux parents.

À l’Université Laval, un étudiant en droit ayant depuis eu un test positif à la COVID-19 s’est présenté à l’un de ses cours mercredi dernier. Le professeur et les étudiants fréquentant le même cours ont été avisés de la situation par la Santé publique lundi. Le risque de contamination étant considéré comme « faible », on ne leur recommande pas de s’isoler. Toutefois, ils devront surveiller l’apparition de symptômes jusqu’au 26 mars.

Au cours de la prochaine semaine, des cas de contamination locale pourront être mis au jour. Jusqu’à tout récemment, seuls les gens ayant séjourné à l’étranger ont passé un test de dépistage. Le laboratoire de santé publique n’aurait pu, à lui seul, absorber toutes les demandes.

« Depuis cette fin de semaine, on commence à tester des gens qui ont eu des contacts avec des gens qui ont voyagé », dit la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital Sainte-Justine.

Son établissement augmentera le nombre de rendez-vous en clinique de dépistage lorsque le laboratoire sera prêt à procéder aux analyses de tests, indique-t-elle. « Parce que là, ça ne sert à rien, dit la Dre Quach-Thanh. Ça bloque au labo [de santé publique du Québec]. »

Tests à l’auto ou à domicile ?

En Corée du Sud, les autorités ont mis en place des tests diagnostiques à grande échelle dès la mi-janvier pour endiguer l’épidémie. Les malades peuvent notamment obtenir un dépistage sans sortir de leur voiture lors de tests à l’auto (« drive-in »). Plusieurs pays comme la Belgique, la Norvège et la Grande-Bretagne ont depuis emboîté le pas.

La Ville d’Ottawa a aussi eu recours à un tel service à l’auto, le temps d’une journée vendredi, pour désengorger son centre de prélèvements. Et le Québec ?

« On examine toutes les possibilités, indique Alexandre Lahaie, porte-parole de la ministre Danielle McCann. Ça fait partie des discussions. » Le gouvernement québécois songe à effectuer des tests à domicile, particulièrement utile en région éloignée. « On n’a pas d’échéancier précis, mais c’est sûr qu’on y travaille », ajoute-t-il.

Dans les centres hospitaliers, des opérations « délestage » sont en cours afin de libérer des lits, notamment en soins intensifs. « Dès aujourd’hui [lundi], tous les hôpitaux délaissent les chirurgies électives, dit Danielle McCann. Quand on opère, on prend des masques. »

Un quotidien perturbé

Lors du point de presse, le premier ministre François Legault a demandé « un effort spécial » aux Québécois afin qu’ils donnent du sang.

« Les gens sortent moins et on a toujours des besoins pour du sang », dit François Legault, soulignant toutefois qu’il n’en manque pas pour le moment.

Le premier ministre a tenu à saluer le travail des employés du secteur de la santé, « des anges gardiens » en cette période de crise.

Le gouvernement a reçu 7000 curriculum vitae de gens prêts à venir prêter main-forte au personnel hospitalier. « Franchement, je suis fier d’être Québécois aujourd’hui, a-t-il dit. On a eu 7000 personnes qui ont dit : « moi, je suis prêt à aider ». »

En point de presse, la ministre Danielle McCann a souligné que le désengorgement de la ligne téléphonique d’information destinée au coronavirus était sa « priorité ». Des malades attendent encore plusieurs heures avant de pouvoir parler à un préposé. Près de 250 préposés répondront bientôt aux appels. « Ça va doubler l’effectif qu’on a actuellement », a fait valoir la ministre McCann.

Cinquante-cinq infirmières sont également en formation pour s’ajouter aux effectifs de la ligne Info-Santé où les appels pertinents sont transférés.

Danielle McCann rappelle que la ligne destinée au coronavirus est réservée aux gens symptomatiques, revenant de voyage ou ayant des symptômes et ayant eu des contacts avec une personne de retour au pays.


Suspension des travaux parlementaires

Les quatre partis se sont entendus pour suspendre les travaux de l’Assemblée nationale jusqu’au 21 avril en raison de la pandémie causée par le coronavirus. Une motion sera déposée mardi et devrait être suivie d’une courte séance d’une heure avant l’ajournement. Des discussions étaient en cours lundi entre les quatre groupes parlementaires pour suspendre les travaux mardi après l’adoption du budget, des crédits et de quelques projets de loi afin d’assurer la bonne marche de l’État. Tous s’entendent sur le principe, mais les partis d’opposition attendaient de voir la version finale de la motion proposée par le gouvernement. La semaine dernière, la Chambre des communes a suspendu ses travaux jusqu’au 20 avril.

 
3 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 17 mars 2020 04 h 30

    Un passage critique est à prévoir

    C’est quand le pic de la crise sera à son zénith que les choses seront plus compliquées socialement. Plusieurs auront alors l’impression que les mesures de confinement et de restriction des sorties... etc. ne donnent pas les résultats. Et quand on constatera que les services d’urgence (déjà débordés avant la crise) ne répondent plus, alors il y aura peut-être un découragement et peut-être la colère. D’inévitables frustrations d’ordre économique (perte de revenu, mise au chômage, etc.) s’ajouteront à la peur. Et nous savons que les ressources ont leur limite.
    L’épisode du papier de toilette illustre l’incapacité pour plusieurs de percevoir de façon rationnelle la réalité et de se discipliner. C’est ce qui doit le plus inquiéter; l'irrationalité de notre société malade de consommation. Le véritable test sera ce passage critique (d’épuisement, de peur, de découragement et de rage) où la population devra faire preuve de retenu et qu’il faudra aux autorités une force énorme de persuasion et peut-être de contrainte pour éviter les débordements.
    Il faut souhaiter que les antidotes à tout ça – la solidarité, l’entraide, la discipline, le réalisme et la confiance – soient alors au rendez-vous.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 17 mars 2020 11 h 18

    Prévenir quand on peut plutôt que de guérir!

    Outre l'afflux d'américains qui traverseront la frontière, une vraie passoire, un nombre considérable d'opérations simples pourraient être rapidement prises.. Par exemple, comme citoyen âgé, en prévision d'une rencontre annuelle, j'ai déjà passé mes tests de sang et d'urine qui sont corrects. Dans quelques semaines, je devrais prendre un rendez-vous pour cette visite, faire 25 km pour aller attendre dans une salle de GMF, là où les risques de contagion pour mon âge sont élevés. Avec une consigne du gouvernement aux médecins, mon ordonnance pourrait être renouvelée sans prendre ce risque stupide! .

  • Denis Mazerolle - Abonné 17 mars 2020 13 h 09

    Le covid-19 et les chiffres de cas publiés

    Je trouve déraisonnable de publier périodiquement les chiffres de personnes ayant contractées le virus au Canada ou au Québec car ce chiffre est de très loin sous-estimé. On ne tient pas compte du décallage de temps entre les résultats des tests et la contagion en marche depuis plusieurs jours. En réalité ce ne sont pas 50 québécois mais bien des milliers qui maintenant ont contractés le virus, on devrait le dire, les gens prendraient la situation encore plus au sérieux...