Le parcours à obstacles du dépistage de la COVID-19

Six nouvelles cliniques supplémentaires désignées — offrant une prise en charge et une prise de prélèvements sur place aux personnes à risque d’avoir contracté le virus — s’ajouteront lundi aux huit premières et quatre autres ouvriront dans les jours suivants, ce qui en fera 18 au total.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Six nouvelles cliniques supplémentaires désignées — offrant une prise en charge et une prise de prélèvements sur place aux personnes à risque d’avoir contracté le virus — s’ajouteront lundi aux huit premières et quatre autres ouvriront dans les jours suivants, ce qui en fera 18 au total.

Entre l’attente au 811, le délai pour être testé et finalement la réception du résultat, les Québécois présentant des symptômes de la COVID-19 doivent s’armer de patience pour savoir s’ils ont contracté la maladie.

« Après les heures d’attente au 811, je me disais que la suite serait facile. Mais non, ce n’était qu’une première étape d’un long et stressant processus », confie Laurent, exténué.

Ce Montréalais est revenu d’un voyage en Europe lundi dernier. Fiévreux, il a appelé la ligne Info-Santé mercredi. Une infirmière lui a conseillé de faire un test de dépistage du coronavirus et lui a indiqué qu’une clinique le contacterait dans « les prochains jours ». Ce n’est que cinq jours plus tard qu’il a finalement obtenu son rendez-vous. « Je n’ose même pas me réjouir. Je ne sais pas quand je vais avoir le résultat. »

Il faut que les gens restent calmes et patients. Avoir un diagnostic ne change rien, car il n’y a pas de traitement. Si vous allez bien, attendez à la maison.

De son côté, Serge Leduc a dû courir après ses résultats. Il y a une semaine, en revenant d’une croisière, l’homme de 68 ans a commencé à tousser. Après plusieurs heures d’attente au téléphone avec Info-Santé, il a obtenu un rendez-vous le soir même à l’hôpital de Trois-Rivières.

« Le test en soi est super rapide, explique-t-il. On te fait un prélèvement dans la gorge et dans le nez et on te pose des questions. Ensuite, un médecin vient t’ausculter plus en détail et c’est tout. » Serge Leduc est renvoyé chez lui, avec comme consigne de rester en isolement jusqu’à l’obtention du résultat, « d’ici 24 heures ». Deux jours plus tard, il n’a reçu aucune nouvelle et son état empire. « Sans résultat, aucun médecin généraliste ne voulait me recevoir. J’ai donc passé ma journée au téléphone — le 811, l’hôpital, la nouvelle ligne pour le coronavirus —, mais personne n’était capable de me donner mes résultats et ils se renvoyaient la balle. »

Samedi, l’hôpital l’a finalement rappelé. Verdict : le test est négatif. « Je comprends la situation de panique et de nouveauté pour tout le monde, mais c’est un peu désorganisé en ce moment. »

Appel au calme

« Il faut que les gens restent calmes et patients. Avoir un diagnostic ne change rien, car il n’y a pas de traitement. Si vous allez bien, attendez à la maison », insiste de son côté la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Sainte-Justine.

Dans 80 % des cas, la COVID-19 est une maladie bénigne, rappelle-t-elle. Et en restant en isolement, on ne met pas à risque les personnes plus fragiles.

   

La Dre Quach-Thanh estime d’ailleurs que l’ouverture de nouvelles cliniques désignées — offrant une prise en charge et une prise de prélèvements sur place aux personnes à risque d’avoir contracté le virus — permettra d’accélérer le dépistage. Six nouveaux lieux s’ajouteront lundi et quatre autres dans les jours suivants, ce qui fera 18 au total.

De plus, le Laboratoire de santé publique du Québec ne sera bientôt plus le seul endroit apte à interpréter les résultats. « Le protocole utilisé va être partagé avec sept autres centres hospitaliers cette semaine, dont l’hôpital Sainte-Justine, indique-t-elle. On va prendre la recette et l’appliquer. Ça va améliorer le processus et le rendre plus rapide. »

Éviter les urgences

Pour Frédéric Picotte, médecin de famille à l’urgence de Shawinigan, l’important est d’éloigner tout potentiel cas de coronavirus des urgences bondées de patients fragiles. À Shawinigan, la clinique désignée a pris la forme samedi d’une grande tente aménagée dans le stationnement de l’hôpital. « De plus en plus de personnes se présentaient en craignant d’avoir le coronavirus. Ça nous prenait une salle de dépistage, complètement isolée », explique M. Picotte. Faute de local libre, le stationnement a fait l’affaire. En un week-end, plus de 60 personnes s’y sont présentées.

Alain Vadeboncoeur, urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, partage l’opinion du Dr Picotte. Il craint d’ailleurs que les délais actuels pour se faire tester n’encouragent certains à se présenter directement aux urgences.

« Il pourrait y avoir encore plus de lieux pour faire des tests, ça reste limité. » D’après lui, la priorité devrait être le dépistage présentement. « Notre courbe d’augmentation [des cas] est acceptable pour le moment. Mais les cas n’existent pas tant qu’ils ne sont pas testés positifs. Donc, si on ne fait pas beaucoup de tests, c’est sûr que la courbe sera relativement basse. »

Une inquiétude partagée par Laurent. « Comment peut-on se fier aux chiffres qu’on donne chaque jour aux nouvelles, alors qu’en réalité on doit être nombreux — potentiellement infectés — à attendre de passer le test et d’avoir les résultats ? » déplore-t-il, persuadé que le Québec est sur le point de vivre le scénario européen.