Coronavirus: des milliers d’étudiants en congé forcé

Trois universités, une dizaine de commissions scolaires et une série d’écoles privées du Québec ont suspendu les classes pour une ou plusieurs journées à compter de vendredi.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Trois universités, une dizaine de commissions scolaires et une série d’écoles privées du Québec ont suspendu les classes pour une ou plusieurs journées à compter de vendredi.

Préoccupées par la progression du coronavirus, trois universités, une dizaine de commissions scolaires et une série d’écoles privées du Québec font fi des directives du gouvernement Legault et ont suspendu les classes pour une ou plusieurs journées à compter de vendredi.

Les annonces ont été faites à la fin d’une journée où on a senti l’inquiétude monter d’un cran : annulation d’événements divers — la ligue nationale a notamment suspendu ses activités, rassemblements importants interdits — les églises ont annulé les messes, fermeture d’édifices publics — bibliothèques et autres, ainsi que les casinos. La réaction de certains citoyens ne s’est pas fait attendre : nombre d’entre eux se sont précipités dans les épiceries et les pharmacies afin de faire des provisions.

Les Universités McGill, Concordia et l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ont décidé de suspendre les classes de manière préventive à compter de vendredi (ou jeudi soir, à l’UQAC) et jusqu’à dimanche.

Dans l’espoir de freiner le virus, des écoles privées et des commissions scolaires de plusieurs régions, y compris dans le grand Montréal, ont aussi fermé leurs portes pour la journée de vendredi. La Commission scolaire de Montréal, ainsi que celles de Marguerite-Bourgeoys et de la Pointe-de-l’île (Montréal), Marie-Victorin (Longueuil), de Laval, des Trois-Lacs (Vaudreuil-Dorion), ainsi que de Saint-Hyacinthe, des Patriotes, Riverside et une demi-douzaine d’autres situées en région (Côte-Nord, Mauricie, Montérégie, etc.) ont fermé leurs écoles en ce vendredi. 

Les collèges privés Jean-Eudes, Durocher, Stanislas, Charles-Lemoyne et Reine-Marie, notamment, fermeront leurs portes vendredi pour planifier les mesures de lutte contre le coronavirus.

Le gouvernement Legault a pourtant annoncé jeudi qu’il n’entend pas fermer les écoles du Québec pour l’instant, même s’il a décrété l’annulation de tous les événements intérieurs de plus de 250 personnes dans l’espoir de limiter la propagation du coronavirus. Le premier ministre a annoncé une série de mesures exceptionnelles jeudi, tandis que de nouveaux cas ont été signalés, ce qui porte leur nombre total à 17 au Québec.

« Les prochaines semaines vont être critiques, a indiqué M. Legault aux journalistes. Les deux, trois prochaines semaines, on va voir comment les infections évoluent, puis les mesures pourraient évoluer. »

Fermetures en Ontario

Il n’est pas question pour l’heure d’emboîter le pas à l’Ontario, qui a annoncé jeudi après-midi que toutes ses écoles seront fermées jusqu’au 5 avril, une période qui couvre, entre autres, sa semaine de relâche. Au moment où ces lignes étaient écrites, cette province comptait quatre fois plus de cas d’infection au coronavirus que le Québec.

Le gouvernement Legault décrétera la fermeture d’une école dès la confirmation d’un cas de contamination dans l’établissement. Québec décrète aussi un moratoire sur l’accueil de nouveaux élèves étrangers dans l’espoir de freiner l’épidémie.

« Prenez note que, conformément aux recommandations de la direction de la santé publique, si un cas était confirmé dans un établissement du réseau de l’éducation, nous procéderons à la fermeture immédiate de celui-ci pour une durée minimale de 14 jours ou jusqu’à ce que l’ensemble des élèves et des membres du personnel soient testés », indique une note du sous-ministre de l’Éducation, Éric Blackburn, transmise jeudi soir aux commissions scolaires.

« Parallèlement, je vous demande de surseoir à l’accueil d’étudiants provenant de pays étrangers et devant être accueillis au sein de votre établissement après la date d’aujourd’hui et d’en informer rapidement les personnes concernées afin d’éviter des déplacements inutiles », ajoute-t-il.

Pas de collation des grades

« Quand il va y avoir de la circulation locale [du coronavirus], ça se peut qu’on ferme les écoles, a expliqué le directeur national de santé publique, Horacio Arruda. On fait ça sur la base des informations qui sont chez nous, puis on le fait en fonction de notre épidémiologie qui n’est pas la même que celle de la Colombie-Britannique ou celle de l’Ontario. C’est pour ça qu’on fait de la surveillance, c’est pour ça qu’on est aux aguets. »

Les 17 personnes touchées par le coronavirus au Québec revenaient toutes de voyage et la santé publique n’a pas encore détecté de transmission en sol québécois. « Actuellement, il n’y a pas de circulation du virus », a indiqué M. Arruda. Le gouvernement demande tout de même aux écoles, cégeps et universités de prendre des mesures pour éviter que plus de 250 personnes se trouvent dans une même salle, que ce soit à la cafétéria ou dans un auditorium.

L’Université de Montréal et l’UQAM ont annulé tous leurs cours de 250 étudiants ou plus pour se conformer à la directive, ainsi que la collation des grades.

Isolement volontaire

Tous les voyageurs québécois qui reviennent de l’étranger, peu importe le pays, sont priés de rester en isolement volontaire à la maison durant 14 jours, qu’ils aient des symptômes ou non. L’isolement au retour d’un voyage international est obligatoire pour tous les employés de l’État et ceux des réseaux de la santé, de l’éducation et des services de garde, autant pour les établissements publics que privés. M. Legault recommande également l’annulation des événements publics « qui ne sont pas nécessaires ». Les gens qui le peuvent sont invités à faire du télétravail.

« Aujourd’hui, tout le Québec doit se mettre en mode d’urgence », a-t-il affirmé en conférence de presse, entouré de la ministre de la Santé, Danielle McCann, de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda. « Pour le moment, la pandémie de coronavirus est sous contrôle au Québec, je dis bien, pour le moment. […] Les prochaines semaines vont être critiques et notre but, c’est de ralentir au maximum la propagation du virus. »

Les employés de l’État en isolement volontaire vont continuer de recevoir leur salaire. Le premier ministre a demandé aux employeurs du secteur privé « d’être compréhensifs ». Il a promis des mesures d’aide prochainement afin de « compenser » les travailleurs et les employeurs du secteur privé qui éprouvent des problèmes de liquidités en raison de la pandémie. « On ne va laisser tomber personne », a-t-il souligné.

Alerte de santé

Plus tôt dans la journée, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a promis de réduire le temps d’attente de la ligne Info-Santé (811) qui est débordée d’appels. Les citoyens qui se questionnent sur leurs symptômes avaient été invités à téléphoner pour savoir s’ils doivent se rendre dans un centre de dépistage. « À partir d’aujourd’hui, le service va être amélioré, a-t-elle déclaré lors de la période des questions. On va ajouter 20 postes, graduellement, le plus rapidement possible parce qu’il faut donner cette réponse le plus rapidement possible à la population. »

Le gouvernement lance un appel à tous aux infirmières retraitées, en retrait préventif ou en travaux légers afin qu’elles prêtent main-forte à leurs collègues d’Info-Santé. « Les gens attendent très longtemps avant d’avoir accès à une infirmière, a dit Francine Dupuis, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, responsable d’Info-Santé. La moitié des appels sont pour le virus. »

Le décompte des 900 chambres à pression négative, qui sont importantes pour le traitement des troubles respiratoires graves, a été effectué dans tout le réseau de la santé. « On a la possibilité de délester un certain nombre d’activités qui ne sont pas urgentes — ce qu’on a fait pour le H1N1 — ce qui augmente notre capacité de recevoir des patients qui auraient le coronavirus », a ajouté la ministre en conférence de presse.

Les quatre partis politiques ont annulé leurs événements publics. Les débats des courses à la direction du Parti libéral du Québec et du Parti québécois (PQ) auront lieu à huis clos et seront diffusés sur le Web. Le rassemblement des 30 et 31 mai pour le choix du prochain chef libéral est aussi annulé jusqu’à nouvel ordre. Celui du PQ prévu le 19 juin n’est pas encore annulé, mais il pourrait être diffusé en ligne au besoin.

Avec Marco Bélair-Cirino, Marie-Ève Cousineau et Marie-Michèle Sioui

6 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 13 mars 2020 07 h 13

    Au Québec...

    Faut-il attendre d'avoir plus de cas pour adopter des mesures plus draconiennes?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 mars 2020 09 h 06

    … en-corps ?!?

    « Aujourd’hui, tout le Québec doit se mettre en mode d’urgence » (François Legault, PM, CAQ)

    De cette « mise en mode d’urgence » concernant tout le Québec qui cherche à l’appliquer (Fermeture préventive, autres), hier on apprenait, à regret, l’annulation ou le report de divers événements politiques, sociaux et récréo-sportifs dont, entr’autres, la 23 ème Édition du Tournoi Provincial de Hockey Balle devant s’y tenir à Drummondville dès cette fin de semaine (14-15 mars 2020), et ce, à l’aube de la Semaine québécoise de la « déficience intellectuelle », une Semaine ayant pour thème « Je prends ma place » !

    Aujourd’hui …

    … en-corps ?!? - 13 mars 2020 -

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 13 mars 2020 10 h 21

    Il se pourrait... " peut-être"

    que ces écoles, collèges ou universités connaissent déjà un ou des cas avérés du COVID-19.... ???
    Et n'en auraient soufflé mot...
    Ils auraient intérêts à le faire...si les "peut-être"... comme le mien... se multiplient.
    Car leur population étudiante ...ne vit pas nécessairement...en vase clos..

  • Dominique Champagne - Abonnée 13 mars 2020 11 h 28

    Pâques s'en vient

    Avec Pâques qui s'en vient dans un mois, il y a de quoi s'inquiéter. Pâques veut dire réusnions familliales avec enfants, parents et surtout grand-parents qui sont les plus à risque. C'est pour cette raison qu'il faut fermer les écoles dès maintenant afin que le risque de contagion soit au minimum.

  • Jean Hamelin - Abonné 13 mars 2020 12 h 09

    Bonne décision

    Considérant le retour des vacanciers et jusqu' à présent tous les cas ont commencé par des individus venant de l' extérieur et les écoles et garderies sont des bombes à retardements pour la transmission du virus le gouvernement legeault est pro actif dans ce dossier pour ce qui de Ottawa pas encore à la hauteur de la décision à prendre la mollesse de trudeau dans ce dossier va lui coûter la gouvernance après cette épisode trois dossiers de suites où il à failli c' est trop vivement des élections