L’épidémie de coronavirus est hissée au rang de pandémie

En Colombie, des écoliers ont récupéré différents tissus pour s’en fabriquer des masques afin, espèrent-ils, de se protéger contre le nouveau coronavirus. Dans ce pays comme dans plusieurs autres, il y a rupture des stocks de masques.
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse En Colombie, des écoliers ont récupéré différents tissus pour s’en fabriquer des masques afin, espèrent-ils, de se protéger contre le nouveau coronavirus. Dans ce pays comme dans plusieurs autres, il y a rupture des stocks de masques.

L’avancée de la COVID-19, qui a contaminé plus de 124 000 personnes et fait plus de 4500 morts dans le monde depuis décembre, a désormais atteint le niveau de « pandémie », a décrété mercredi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En seulement deux semaines, le nombre de personnes infectées par le virus à travers le globe s’est multiplié par 13, et celui des pays frappés a triplé (114), l’Antarctique demeurant pour l’instant le seul continent épargné. En 24 heures, 6700 nouveaux cas et 315 nouveaux décès ont été recensés à travers la planète. En Espagne seulement, pays européen le plus touché avec la France après l’Italie, le nombre de casa quadruplé en trois jours, faisant monter le bilan des décès à 47 morts.

« Nous sommes profondément préoccupés tant par les niveaux alarmants de propagation et de gravité que par les niveaux alarmants d’inaction » dans le monde, a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse à Genève.

 
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C’est le nombre de cas d’infection coronavirus recensés au Canada: 9 au Québec, 41 en Ontario, 39 en Colombie-Britannique,19 en Alberta et 1 au Nouveau-Brunswick.

En dépit de la vitesse de propagation du virus, ce dernier estime que la pandémie peut encore être « contrôlée » et presse les États de se montrer « plus agressifs » pour contenir sa progression. Au moment où des milliers de gens hospitalisés « se battent pour leur vie », « tous les pays peuvent encore changer le cours de cette épidémie », a-t-il dit, donnant en exemple le déclin récent de la transmission observée en Chine.

La question n’est pas de savoir si les pays « peuvent » le faire, mais s’ils « veulent » le faire, a soulevé le représentant de l’Organisation mondiale de la santé. « Même les pays aux prises avec des cas de transmission locale et des foyers importants peuvent inverser le tendance », a-t-il insisté.

 

Une pandémie, ça change quoi ?

Relever l’épidémie de coronavirus au rang de pandémie mondiale ne change rien à la gravité de la situation, selon l’OMS, qui anticipe une augmentation du nombre d’infections et de décès au cours des prochaines semaines. Cela rappelle le devoir des États de tout faire pour « détecter, tester, traiter, isoler et mobiliser » leur personnel pour éviter le fait qu’une « poignée de cas » n’entraîne des transmissions locales du coronavirus et de nouveaux foyers d’infection, estime l’OMS.
 

Mesures disparates

Pour l’instant, les experts de santé publique priorisent l’interception des cas potentiellement contagieux avant leur retour dans la communauté, par le dépistage précoce et l’isolement. Une façon de ralentir la courbe naturelle de progression de l’épidémie pour éviter une surcharge rapide des infrastructures de santé.

En date d’hier, l’éventail des mesures annoncées partout dans le monde pour lutter contre la progression de la COVID-19 allait toutefois dans toutes les directions, des plus strictes aux plus convenues. Si la plupart des États se limitent à déconseiller les voyages dans les pays à risque et l’isolement volontaire de ceux qui en reviennent, d’autres ont sorti l’artillerie lourde.

Plusieurs États bloquent dorénavant l’entrée à leurs frontières de visiteurs en provenance des pays les plus touchés ou leur imposent une mise en quarantaine, qu’ils présentent des symptômes ou pas. D’autres ont suspendu toutes liaisons ferroviaires ou aériennes avec ces pays. Le Koweït est allé jusqu’à bannir l’atterrissage de tout vol commercial sur ses tarmacs.

 

Donald Trump a annoncé mercredi la suspension pour 30 jours à partir de vendredi de tous les voyages depuis l’Europe vers les Etats-Unis pour endiguer l’épidémie de nouveau coronavirus.

«Pour empêcher de nouveaux cas de pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d’Europe vers les Etats-Unis pour les 30 prochains jours», a dit le président lors d’une allocution solennelle dans le Bureau ovale. La mesure ne touche toutefois pas le Royaume-Uni.

Au Canada, on compte désormais 109 cas confirmés, dont 9 au Québec, 41 en Ontario, 39 en Colombie-Britannique et 19 en Alberta.

Et ici, en fait-on trop ou pas assez ?

Selon l’épidémiologiste Gaston De Serres de l’Institut national de santé publique (INSPQ), difficile de dire si toutes ces mesures sont justifiées, compte tenu des profils d’éclosion très différents rencontrés selon les États ou les régions du monde. L’évolution rapide de l’épidémie peut aussi brusquement changer les moyens de juguler le virus.

« Il n’y a que trois moyens d’agir : contrôler par l’immunisation, par la détection précoce, ou en abaissant le risque de transmission par contact. Comme il n’y a pas de vaccin, il ne nous reste que deux options. Et je crois que, si on dépiste rapidement les cas d’infection, le risque de transmission demeure faible », affirme ce spécialiste.

Est-ce que l’isolement préventif de voyageurs ou d’étudiants prôné par plusieurs États et entreprises, dont le Québec, est justifié ? « Les gens qui sont en période d’incubation sont normalement peu contagieux. Pour freiner la chaîne de transmission, je crois qu’il faut plutôt travailler à isoler et à dépister les gens avec des symptômes. Le problème, c’est que pour plusieurs personnes les symptômes de la COVID-19 sont très légers, ils ne se pensent pas atteints par le coronavirus et ne se déclarent pas aux autorités », ajoute le Dr De Serres.

À son avis, restreindre l’accès à certains lieux publics, notamment aux écoles, comme c’est le cas dans certains États américains et plusieurs pays d’Europe, ou même aux restaurants, aux cafés, aux églises et autres lieux de rassemblements, n’est certainement pas justifiable pour le moment au Québec, où un huitième cas était recensé mercredi.

« Ces mesures sont extrêmement sérieuses. Quand on met ça en place, ça veut dire pour combien de temps ? S’il n’y a presque pas de cas, on ne prévient rien et l’on cause un tort important à la population, plaide-t-il. Aux États-Unis, ce qu’on observe, c’est l’échec du dépistage des premiers cas importés. On a échappé des cas contagieux qui ont entraîné ensuite des cas de transmissions locales et on n’arrive plus à retracer la source de la contagion. L’important, c’est le dépistage précoce. »

Avec l'Agence France-Presse

Bilan mondial

124 101 cas dans le monde, dans 133 pays et territoires, 4566 morts.

Plus de 80 000 cas en Chine, et 3158 décès.

En Europe, le bilan s’élève à 20 000 personnes infectées et 930 morts.

Pays les plus touchés :
-Italie : plus de 12 462 cas, 827 décès
-Iran : 9000 cas, 354 décès
-Corée du Sud : 7755 cas, 60 décès
-Espagne : 2128 cas, 47 décès
-France : 2281 cas, 48 décès

Le taux de mortalité varie d’un pays à l’autre mais il s’élève à 3,6 % pour tous les cas confirmés.
2 commentaires
  • André Leclerc - Abonné 12 mars 2020 06 h 43

    Évaluation du nombrede cas possibles au Canada

    Comment la ministre fédérale de la santé en arrive-t-elle à estimer qu'entre 30% et 70% de la population canadienne pourrait être infectée par le COVID-19? On peut anticiper que tous les cas ne seront pas déclarés. Mais si on s'en tient au double du nombre de cas déclarés en Chine à ce jour (2 x 80,000), c'est bien en dessous de 1% de la population. Alors, il faudrait expliquer comment on en arrive à l'estimé que la moitié de la population à plus ou moins 20% sera infectée. Ce virus n'est pas rien... c'est sérieux. Mais il faut expliquer les chiffres.

  • Mario Gallant - Abonné 12 mars 2020 10 h 53

    Qu'est-ce que je n'ai pas compris?

    Selon les données officielles, il y a 124 000 personnes (testées) infectées 4566 décès, 80 pour-cent des personnes infectées ne consulteront pas ils passeront sous le radar.

    Donc 124 000 personnes représentent 20 pour-cent des personnes infectées.
    Il y a donc 620 000 personnes d'infectées et 4566 décès soit .7 pour-cent, bien loin du 3.5 pour-cent publié par tous les journaux du monde.. 80 pour-cent des décès se situant au delà de 70 ans, bref, ce virus tue moins de gens en deçà de 70 ans que la grippe.
    Mario Gallant