Nouveaux cas de part et d’autre de la frontière canado-américaine

Les autorités californiennes ont indiqué que les passagers du navire de croisière «Grand Princess» seraient placés en quarantaine ou admis dans des hôpitaux après leur débarquement lundi à Oakland. Le bateau transporte 3500 passagers, dont 237 Canadiens, qui seront rapatriés.
Photo: Noah Berger Associated Press Les autorités californiennes ont indiqué que les passagers du navire de croisière «Grand Princess» seraient placés en quarantaine ou admis dans des hôpitaux après leur débarquement lundi à Oakland. Le bateau transporte 3500 passagers, dont 237 Canadiens, qui seront rapatriés.

L’épidémie de coronavirus continue sa progression au Canada et compte maintenant 62 cas officiels. Un potentiel quatrième cas au Québec attend une confirmation. Une augmentation qui n’a toutefois rien à voir avec celle observée aux États-Unis, où l’on compte plus de 500 cas et 21 morts. La gestion de l’épidémie sème d’ailleurs fortement la controverse au pays.

Au Québec, le ministère de la Santé a annoncé dimanche qu’un quatrième cas probable de nouveau coronavirus attendait une confirmation du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. Il s’agit d’une femme de la Montérégie de retour d’une croisière. Le ministère a aussi officialisé le troisième cas annoncé jeudi. La personne qui revenait de France est bel et bien atteinte de la COVID-19.

Tous les cas canadiens confirmés en date de dimanche ont pour origine un voyage à l’étranger. « Tant qu’on n’a pas de transmission locale, on est contents », a fait valoir en entrevue la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Sainte-Justine à Montréal. Elle s’inquiète toutefois du retour de voyage des Québécois qui ont profité de la semaine de relâche pour prendre le large et visiter d’autres pays, notamment les États-Unis.

 

La progression de l’épidémie s’est en effet accélérée ces derniers jours chez nos voisins du sud. En tout, près de 500 personnes y ont contracté la COVID-19 et 21 personnes ont perdu la vie, dont 17 dans une maison de retraite de l’État de Washington.

Mais, pour le moment, seuls les voyageurs en provenance d’Hubei, en Chine, et de l’Iran sont invités à s’isoler volontairement à leur retour au Canada. On demande aux personnes ayant séjourné ailleurs en Chine continentale, en Corée du Sud, à Hong Kong, en Italie, au Japon ou à Singapour, d’être attentifs à leurs symptômes durant 14 jours et d’éviter les endroits publics.

Contactée par Le Devoir, l’Agence de la santé publique du Canada n’a pas indiqué si des mesures plus strictes pourraient prochainement être appliquées aux voyageurs revenant d’un séjour aux États-Unis.

Trump montré du doigt

 

Aux États-Unis, 30 États, ainsi que la capitale fédérale, Washington, sont désormais touchés. L’État de New York, la Californie et l’Oregon ont décrété « l’état d’urgence ».

Devant l’accélération du nombre de malades, le président américain, Donald Trump, s’est retrouvé sous le feu des critiques, accusé d’avoir sous-estimé l’épidémie et mal géré la lutte contre le virus.

Le milliardaire républicain a en effet minimisé la dangerosité du coronavirus à plusieurs reprises, assurant qu’il allait disparaître en avril grâce à la hausse des températures. Il a encouragé les personnes infectées à ne pas s’isoler, ce qui entre en totale contradiction avec les consignes officielles de mise en quarantaine volontaire des autres pays. M. Trump a aussi soulevé des doutes sur les statistiques de l’OMS concernant le taux de mortalité du virus.

Et c’est sans compter les ratés dans le dépistage de la COVID-19. « Les critères pour faire un test de détection étaient super restrictifs. Pas moyen d’en faire à moins de venir de la région à haut risque », explique la Dre Quach-Thanh, qui suit de près l’évolution de l’épidémie. Des contaminations communautaires, c’est-à-dire d’une personne n’ayant ni voyagé dans les zones à risques ni été en contact avec un autre malade confirmé, sont ainsi passées sous le radar des autorités.

Pour le gouverneur démocrate de l’État de New York, Andrew Cuomo, le gouvernement Trump s’est retrouvé « pris au dépourvu » et a « menotté » la capacité d’action des États, en réservant notamment au Centre de contrôle des maladies (CDC) d’Atlanta l’habilitation à analyser les kits de dépistage au début de l’épidémie.

Mais Donald Trump se défend : « Nous avons un plan parfaitement coordonné et bien préparé à la Maison-Blanche », a-t-il écrit dimanche sur Twitter.

Photo: Kena Betancur Agence France-Presse Aux États-Unis, 30 États, ainsi que la capitale fédérale Washington, sont désormais touchés. L’État de New York, la Californie et l’Oregon ont décrété «l’état d’urgence».

Ainsi, plus de quatre millions de kits devraient être disponibles d’ici la fin de semaine prochaine, en prévision d’une augmentation des personnes infectées. Et l’un des responsables de la cellule antivirus à la Maison-Blanche, Anthony Fauci, n’a pas exclu d’éventuelles mises en quarantaine de grandes zones peuplées ou de villes entières, comme en Italie.

Les autorités californiennes ont également indiqué dimanche que les passagers du navire de croisière Grand Princess, où 21 cas de coronavirus ont été détectés, seraient placés en quarantaine ou admis dans des hôpitaux après leur débarquement lundi à Oakland.

Le bateau transporte 3500 passagers, dont des centaines de touristes étrangers qui devront être rapatriés. Parmi eux, 237 Canadiens prendront l’avion jusqu’à la base aérienne de Trenton, en Ontario, où ils seront évalués avant d’être placés en quarantaine pendant 14 jours. « Les passagers feront l’objet d’un dépistage des symptômes avant de monter à bord de l’avion. S’ils présentent des symptômes, ils ne seront pas autorisés à monter à bord et feront plutôt l’objet d’une évaluation plus approfondie pour déterminer les prochaines étapes », ont indiqué les autorités canadiennes dimanche.

Le même jour, l’Alberta a annoncé son premier cas de coronavirus, à Edmonton. L’homme dans la quarantaine revenait d’un séjour dans plusieurs États américains et aurait été contaminé par un compagnon de voyage sur le bateau de croisière Grand Princess, croient les autorités. Ce compagnon est un des cas confirmés en Colombie-Britannique. Trois autres cas probables attendent aussi une confirmation en Alberta.

En Ontario, on compte un nouveau cas positif, ce qui fait grimper le bilan à 29 malades dans la province. Il s’agit d’une femme revenue du Colorado.

Dans le monde

 

Ailleurs dans le monde, le nombre de cas d’infections augmente rapidement. On compte désormais 109 000 personnes contaminées à travers 99 nations. Le nombre de morts s’élève quant à lui à près de 3800.

L’Italie se classe maintenant deuxième parmi les pays les plus touchés, après la Chine. Dans les 24 dernières heures, 133 décès ont été enregistrés, ce qui porte le bilan à 366 morts et 7375 cas. Le pays a décidé de mettre en quarantaine un quart de sa population jusqu’au 3 avril, principalement dans le nord. Plus de 15 millions d’Italiens voient leurs déplacements strictement limités. Les frontières restent toutefois ouvertes avec les pays voisins.

Ces derniers ont aussi vu une augmentation du nombre de malades ces derniers jours. L’Allemagne compte 847 contaminations, soit 10 fois plus qu’une semaine auparavant. En France, le bilan est de 19 morts et de 1126 malades. Le ministre de la Santé français a annoncé dimanche soir que les rassemblements de plus de mille personnes seront dès lors interdits.

En Afrique, un premier décès lié au coronavirus a été annoncé dimanche, en Égypte. Il s’agit d’un Allemand de 60 ans.

L’Arabie saoudite a annoncé le bouclage « temporaire » de la région de Qatif dans l’est, où ont été enregistrés 11 nouveaux cas de coronavirus.

L’Iran a annoncé 49 nouveaux décès, soit la plus forte hausse quotidienne depuis les premiers cas au pays, portant à 194 le total des morts sur 6566 cas.

En Chine, 27 nouveaux décès et 44 nouveaux cas ont été enregistrés dimanche, portant le total des morts à 3119 avec au moins 80 700 personnes contaminées.

En Corée du Sud, le bilan s’élève à 51 morts pour 7382 cas, dont 248 nouveaux dimanche, le plus petit nombre de nouvelles contaminations en plus d’une semaine.

Et à Moscou, quiconque ne respecterait pas les mesures de quarantaine risque désormais jusqu’à cinq ans de prison.

Avec Marie-Eve Cousineau, l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

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