Dix choses à savoir sur le COVID-19

Les personnes âgées ou ayant des maladies chroniques sont plus à risque de mourir du COVID-19.
Photo: La Presse canadienne Les personnes âgées ou ayant des maladies chroniques sont plus à risque de mourir du COVID-19.

Avec la menace de pandémie de COVID-19 qui plane sur la planète, de plus en plus de citoyens s’inquiètent. Le Devoir répond à dix questions.​

1- Le COVID-19, une autre grippe espagnole ?

La grippe espagnole a fait des dizaines de millions de morts entre 1918 et 1920. On dit que le virus a infecté environ le tiers de la population mondiale. « Parmi les gens touchés, probablement qu’entre 1 et 3 % sont décédés », dit le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.

Or, le taux de mortalité du coronavirus est estimé actuellement à 2 %. « C’est un chiffre qui va bouger », croit-il.

Des dizaines de milliers de personnes sont actuellement affectées par le virus. « On ignore encore lesquelles vont guérir ou décéder », explique-t-il. Le taux pourrait donc changer.

Des gens infectés qui ont peu de symptômes passent aussi sous le radar. Le Dr De Serres rappelle que le taux de mortalité doit se calculer à partir de « l’ensemble des gens malades et pas seulement parmi les gens les plus malades ».

Sa conclusion : la comparaison avec la grippe espagnole « ne tient pas trop la route pour le moment ».

2- Quel est le temps d’incubation ?

En moyenne, 7 jours s’écoulent entre le moment où la personne contracte le COVID-19 et celui où elle développe des symptômes, répond le Dr Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill. « En pratique, ça peut aller de 2 à 12 jours », précise-t-il.

D’où les quarantaines de 14 jours pour contenir l’épidémie.

Or, selon une récente étude menée en Chine, le temps d’incubation pourrait atteindre jusqu’à 24 jours. Le Dr Gaston De Serres en doute. Les auteurs ont-ils mené des entrevues « très serrées » avec les patients contaminés ? demande-t-il. « Moi, je peux dire qu’il y a trois semaines, un employé de mon bureau est tombé malade et que c’est le seul cas que je connais, dit-il. Ça ne veut pas dire que c’est vraiment lui qui l’a contaminé. » Une autre personne peut lui avoir transmis plus tard.

3- Les enfants durement touchés ?

Chez les petits, l’infection ressemble à un « méchant rhume » ou « une bonne grippe », selon la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital Sainte-Justine.

« Je n’ai pas d’évidence de beaucoup d’hospitalisations, observe-t-elle. Je n’ai aucune évidence de décès jusqu’à maintenant. Les petits bébés, nés de mères qui l’auraient eu, ont aussi l’air d’être corrects. »

Les personnes âgées ou ayant des maladies chroniques sont plus à risque de mourir du COVID-19.

4- Des médicaments existent-ils ?

D’après le Dr Raymond Tellier, deux médicaments, qui font l’objet d’essais cliniques en Chine, apparaissent prometteurs : le remdesivir et la chloroquine (déjà utilisée pour traiter le paludisme). Grâce à ces traitements, « les patients se portent beaucoup mieux, selon ce qu’en disent nos collègues chinois », rapporte le Dr Tellier. « Ça diminuait fortement la mortalité et le temps passé à l’hôpital, en moyenne », précise-t-il.

5- Comment éviter le coronavirus ?

On se lave souvent les mains à l’eau tiède, on tente de s’éloigner des gens qui toussent et, si on est malade, on éternue dans le pli du coude. Inutile de porter un masque chirurgical dans la rue. « Les masques chirurgicaux ont été mis au point pour que les chirurgiens n’infectent pas les patients qu’ils opèrent », explique le Dr Raymond Tellier. Pas pour protéger le porteur.

6 – Comment savoir si j’ai le coronavirus ?

Un premier cas probable de coronavirus a été annoncé par Québec jeudi soir. « Actuellement, une personne qui a des symptômes d’infection respiratoire [fièvre et toux], jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas le coronavirus », dit le Dr De Serres. Plutôt un sévère rhume ou une grippe.

Le COVID-19 peut être détecté grâce à un test et à une analyse en laboratoire.

7- Faut-il laver nos fruits et légumes importés pour éliminer le virus ?

« Ne faut-il pas toujours laver nos fruits et légumes ? » blague le Dr Raymond Tellier.

Les coronavirus sont « relativement fragiles », dit-il. « Dans l‘immense majorité des cas, passé trois jours, les virus sur une surface ne seront plus infectieux. » Tout dépend donc du temps de transport et du nombre de jours passés dans l’étalage. Mais il vaut mieux les laver de toute façon !

8- Dois-je annuler mes vacances d’été à l’étranger ?

Trop tôt pour le dire, estime la Dre Caroline Quach-Thanh. « On sait que, souvent l’été, les virus respiratoires sont moins présents. On espère une certaine accalmie. » Mais impossible, pour le moment, de prévoir la trajectoire du virus au cours des prochains mois.

« Présentement, il n’y a pas de raison de s’empêcher de voyager, dit la Dre Quach. Sauf dans les pays qu’il faut éviter selon le gouvernement canadien [Chine]. »

9- Et si j’annule, je suis pénalisée ?

Air Canada a suspendu tous ses vols directs vers Pékin et Shanghai jusqu’au 11 avril. Elle offre à ses clients un remboursement ou la possibilité d’être transporté par une autre compagnie aérienne.

Qu’en est-il de l’Italie ? Si le vol a lieu d’ici le 2 mars, Air Canada permet à ses passagers de modifier sans frais leur réservation jusqu’au 31 mars.

Autrement, pour d’autres destinations, la « majorité des billets ne sont pas remboursables », selon Moscou Côté, président de l’Association des agents de voyage du Québec.

« Si on a pris une assurance annulation, il peut y avoir un remboursement si et seulement si le ministère des Affaires étrangères signale qu’il faut éviter tout voyage non essentiel vers la destination », précise-t-il. Jusqu’à présent, seule la Chine fait l’objet d’un tel avis du gouvernement canadien.

10- La croisière s’amuse-t-elle encore ?

Peut-être un peu moins ! Les compagnies de croisière vérifient désormais la température de tous les passagers avant l’embarquement. Elles se réservent le droit de refuser tout voyageur fiévreux, « sans compensation », indique Moscou Côté. « Ces conditions ont toujours existé, précise-t-il. Mais elles sont appliquées plus sévèrement. »