Un enfant enrhumé expulsé d’un avion d’Air Transat

Air Transat défend sa décision. Dans un courriel envoyé au «Devoir», la compagnie aérienne indique qu'un médecin à bord a confirmé la toux et la fièvre de l’enfant.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Air Transat défend sa décision. Dans un courriel envoyé au «Devoir», la compagnie aérienne indique qu'un médecin à bord a confirmé la toux et la fièvre de l’enfant.

Clémentine Ferraton n’en revient pas encore. Sa petite Lila, 21 mois, a été expulsée dimanche soir d’un avion d’Air Transat, à destination de Paris. Sa fille faisait de la fièvre et toussait. Un médecin, consulté le matin même, lui avait diagnostiqué un « bon rhume ».

« Elle n’était pas si mal que ça, ma fille, dit Clémentine Ferraton. Elle toussait comme un bébé qui a un rhume et qui ne mouche pas et qui, du coup, a les bronches un peu prises. »

Clémentine Ferraton, son conjoint et leurs trois enfants (dont Lila) devaient se rendre en France pour visiter de la famille pendant deux semaines. Ils sont montés à bord d’un avion d’Air Transat, à l’aéroport Jean-Lesage de Québec, mais ont finalement dû en sortir. Des passagers se seraient plaints de la toux de la fillette.

À la demande d’Air Transat, un autre médecin, présent à bord de l’appareil, a ausculté Lila. « Il a dit la même chose que l’autre, que j’avais vu le matin », soutient Clémentine Ferraton.

La mère de famille dénonce le « manque de discernement » du personnel d’Air Transat. Elle dit avoir eu des nouvelles de la compagnie aérienne à la suite d’une entrevue accordée mardi matin à l’émission radiophonique Tout un matin de Radio-Canada.

Air Transat se défend

Air Transat défend sa décision. Dans un courriel envoyé au Devoir, la compagnie aérienne indique que le médecin à bord a confirmé la toux et la fièvre de l’enfant (température de 39,6 degrés Celsius).

Le personnel a ensuite contacté MedLink, une firme spécialisée en médecine des airs. « Suite à l’analyse de la situation, MedLink a établi que l’état de santé du passager comportait un risque potentiel important pour les passagers et l’équipage en vol », écrit Air Transat.

La compagnie aérienne souligne qu’elle suit les recommandations de l’Association internationale du transport aérien (IATA) et de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) en matière de maladie contagieuse.

Une maladie contagieuse, précise Air Transat, est soupçonnée lorsqu’un passager ou un membre d’équipage démontre « un ou plusieurs signes et symptômes suivants : toux persistante, respiration affaiblie, diarrhée persistante, vomissement persistant, éruption cutanée, saignement anormal et apparaît malade ».

« Si ces symptômes sont associés avec de la fièvre (température de 38 degrés Celsius ou plus), la probabilité que le passager souffre d’une maladie contagieuse est augmentée », ajoute Air Transat dans son courriel.

Pour la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Sainte-Justine à Montréal, l’enfant était « manifestement contagieuse ». Elle croit cependant que la crainte de propagation du coronavirus a joué un rôle dans la décision. « Est-ce qu’à une autre époque ç'aurait été suffisant pour l’expulser du vol ? Je ne le pense pas. »

Droits des voyageurs

Selon Ariël Roy, avocate au cabinet Vol en retard, la Charte canadienne des voyageurs aériens, mise en vigueur l’an dernier, n’aborde pas la question spécifique des refus d’embarquement liés à une maladie.

La compagnie aérienne a l’obligation, dit-elle, d’amener son passager à destination. « Mais elle a aussi le pouvoir discrétionnaire de refuser l’embarquement à un passager qui serait malade, dangereux ou intoxiqué », précise Me Roy.

Il reste que les transporteurs aériens ne peuvent invoquer ce pouvoir en toutes circonstances. « Au Québec, les cours ont décidé que, si ce pouvoir discrétionnaire est utilisé de façon abusive, la compagnie aérienne sera à ce moment-là dans l’obligation de rembourser toutes les dépenses engagées par le passager malade ou sa famille. »

Clémentine Ferraton, elle, a porté plainte auprès d’Air Transat afin que celle-ci la dédommage pour l’annulation des vacances familiales. En journée mardi, elle a appris que la compagnie aérienne lui remboursera ses billets d’avion, d’une valeur de plus de 3000 $.

« Mais ils ne veulent pas rembourser les autres frais, comme ceux de l’hôtel », dit Clémentine Ferraton.

Toute cette mésaventure aura coûté cher, estime cette citoyenne de Québec, originaire de la France. Pour rendre visite à ses proches, la famille devra voyager en haute saison, lors des vacances estivales des enfants. « Ma fille de 21 mois aura plus de deux ans à ce moment et on devra payer un siège pour elle, explique Clémentine Ferraton. Et puis, il ne faut pas oublier que nos vacances ont quand même été annulées. »