Incidents violents en psychiatrie: juste la pointe de l’iceberg, selon Diane Francoeur

Pour la présidente de l’AMPQ, la Dre Karine Igartua, tous les ingrédients sont réunis pour créer des cocktails explosifs dans les unités psychiatriques.
Photo: Shani Miller Getty Images Pour la présidente de l’AMPQ, la Dre Karine Igartua, tous les ingrédients sont réunis pour créer des cocktails explosifs dans les unités psychiatriques.

La multiplication des incidents violents dans les unités psychiatriques des hôpitaux québécois, comme Albert-Prévost à Montréal, n’est que la « pointe de l’iceberg », soutient la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Dre Diane Francoeur.

« Il n’y a pas juste en psychiatrie qu’il y a un problème de comportements inappropriés par rapport aux professionnels de la santé, dit-elle. Un infirmier au triage d’une urgence [celle de l’hôpital de Granby] s’est récemment fait attaquer par un patient impatient. »

Même le personnel de l’unité de naissance de l’Hôpital Sainte-Justine est victime d’incivilités, selon Dre Francoeur, obstétricienne-gynécologue dans cet établissement. Des vitres protectrices ont d’ailleurs été installées autour du poste des infirmières et des médecins lors de l’agrandissement de l’établissement. Pour des raisons de confidentialité, mais aussi de sécurité, souligne-t-elle.

Dre Francoeur a participé à l’élaboration de la nouvelle unité de naissance. « Quand on est arrivé au final, moi, je ne voulais pas avoir de vitres protectrices, dit-elle. Je me disais : “ On n’est pas rendus là au Québec ”. Les gens sont civilisés et polis. » Le personnel lui a décrit une réalité tout autre. « On m’a dit “ Tu ne comprends pas, Diane, on se fait invectiver tout le temps ” ». Les gens sont très insistants parce qu’ils sont impatients. »

La présidente de la FMSQ pense que le gouvernement québécois doit agir. « Le plus urgent, c’est au niveau des professionnels en santé mentale, précise-t-elle. Il faut que les investissements arrivent, qu’un plan stratégique s’instaure. »

L’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) a formé un comité sur la sécurité dans les établissements de santé, à la suite, entre autres, de l’attaque violente d’un psychiatre à l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost à Montréal, l’automne dernier.

Le comité, présidé par la Dre France Proulx, psychiatre à l’Institut Philippe-Pinel, doit rendre à la fin du printemps un rapport comportant des recommandations destinées au ministère de la Santé.

Un cocktail explosif

Sur le terrain, la présidente de l’AMPQ, la Dre Karine Igartua, constate que tous les ingrédients sont réunis pour créer des cocktails explosifs dans les unités psychiatriques.

De plus en plus de patients, observe-t-elle, sont admis contre leur gré dans les hôpitaux, soit en vertu de la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, soit parce qu’ils ont été déclarés non criminellement responsables pour troubles mentaux.

Cette clientèle cohabite avec des gens souffrant de psychoses aiguës — liées au crystal meth par exemple — ainsi que des personnes déprimées, suicidaires et anxieuses.

« On mélange toutes ces populations-là », dit Dre Karine Igartua. Tout en favorisant, déplore-t-elle, une politique de la « porte ouverte ».

« La tendance à vouloir que les portes soient déverrouillées dans les unités psychiatriques, pour les rendre plus humaines, soulève des enjeux qu’on ne peut ignorer », dit la psychiatre du Centre universitaire de santé McGill.

Dre Karine Igartua croit que des unités devraient être verrouillées. « Peut-être que toutes les unités n’ont pas besoin d’être barrées. Mais ça prend une portion des lits barrée, sécuritaire, avec un milieu de vie où il n’y a pas d’objet dangereux. »

Interpellé à ce sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux dit avoir notamment mis en place un comité portant sur la sécurité dans les services de santé mentale et psychiatrique. Il commencera ses travaux au printemps 2020 et a pour mandat d’identifier des pistes de solution.