Des Canadiens rentrent en avion, d’autres restent coincés sur un bateau

Vendredi, un premier avion rapatriant des Canadiens a atterri à la base militaire de Trenton, en Ontario.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Vendredi, un premier avion rapatriant des Canadiens a atterri à la base militaire de Trenton, en Ontario.

Alors que les autorités japonaises ont annoncé six nouveaux cas du coronavirus sur le bateau de croisière Diamond Princess, où restaient confinés des Canadiens dimanche, d’autres ressortissants s’apprêtaient à être rapatriés au pays à bord d’un deuxième avion envoyé vers la Chine.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a annoncé qu’un appareil s’était envolé dans le but de ramener au Canada des ressortissants désirant fuir Wuhan, le centre de l’épidémie dont le bilan actuel, de plus de 900 morts, a dépassé en fin de semaine celui du SRAS, en 2003.

Selon M. Champagne, qui se trouvait dimanche en Éthiopie pour accompagner le premier ministre Justin Trudeau, les autorités s’affairaient encore à réviser la liste des passagers qui monteront à bord. Il prédisait néanmoins que l’avion serait plein à son départ de Wuhan, lundi.« L’avion doit quitter [la Chine] le 10 février, ramenant ainsi le dernier groupe de Canadiens qui souhaitent être rapatriés le 11 [février] », a-t-il indiqué.

Vendredi, un premier avion rapatriant des Canadiens a atterri à la base militaire de Trenton, en Ontario. En plus de ces 176 personnes, dont deux membres de l’équipe d’intervention rapide, 39 autres Canadiens ont rejoint la même base militaire à bord d’un vol américain. Ils doivent y rester en isolement pour une période de 14 jours dans le but de s’assurer qu’ils n’ont pas été contaminés par le coronavirus et de limiter la propagation de ce dernier chez des gens à la santé déjà fragile.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a fait savoir qu’aucune de ces 213 personnes n’a présenté de symptômes.

Elle a annoncé dimanche qu’elle levait la quarantaine pour les huit membres du personnel médical des Forces armées canadiennes qui ont accompagné les voyageurs à leur retour. « Ces personnes ne courent pas de risque d’exposition au nCoV-2019, car elles n’ont pas passé de temps au foyer de l’épidémie, ont suivi les protocoles appropriés de prévention et de contrôle des infections […] et n’ont pas eu de contact sans protection avec des passagers ou des personnes susceptibles d’avoir contracté le virus », a-t-elle déclaré.

Mais alors que certains Canadiens ont finalement pu revenir au pays, 285 autres sont coincés en quarantaine sur deux bateaux de croisière, l’un au large du Japon et l’autre à Hong Kong. Sept Canadiens figurant parmi les 3700 passagers à bord du Diamond Princess ont d’ailleurs contracté le nouveau virus. Une situation que le gouvernement canadien surveille de près. Au total, on enregistre 70 cas sur le paquebot.

Une des Canadiennes confinées au Diamond Princess, au large de Yokohama, a comparé la vie à bord au fait d’être enfermé dans une chambre durant deux semaines avec seulement des livres, des casse-têtes et une ambulance qui passe occasionnellement pour vous tenir occupé, dans une entrevue à CBC News, dimanche. « J’éprouve beaucoup de sympathie pour ces gens et je me trouve vraiment chanceuse, car jusqu’à présent, mon mari et moi nous portons très bien », a-t-elle ajouté à propos des passagers contaminés.

Trudeau se veut rassurant

Dimanche, Justin Trudeau a soutenu que la menace de la maladie pour la santé des Canadiens demeurait faible. Sept cas de contaminations ont été confirmés, quatre en Colombie-Britannique et trois en Ontario.

« Les mesures que nous avons prises conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé [OMS] et de notre propre médecin hygiéniste en chef sont efficaces jusqu’à présent », a plaidé le premier ministre. Il a ajouté que le Canada continue de surveiller la situation à l’échelle internationale et à travailler avec ses partenaires pour s’assurer que tout ce qu’il entreprend est conforme à ce qui doit être fait pour assurer la sécurité des Canadiens.

La Chine a mis des villes entières en quarantaine, dont Wuhan, où l’épidémie a pris naissance dans un marché. Dimanche, M. Trudeau a expliqué qu’à la demande de Pékin, le Canada avait fourni du matériel médical, dont des masques et des équipements de protection.

« Nous allons continuer à travailler avec les autorités chinoises pour nous assurer qu’elles disposent des ressources nécessaires pour contenir ce virus », a-t-il dit, reconnaissant qu’il s’agissait d’une « période difficile et incertaine pour elles et pour le reste du monde, mais en tant que communauté internationale, nous devons continuer à travailler ensemble et nous sommes là pour aider ».

Stabilisation du nombre de contaminations

Le nouveau coronavirus a fait 902 morts en Chine continentale, où le nombre des personnes infectées s’élève désormais à plus de 40 000, selon le bilan établi lundi (dimanche heure de Montréal) par les autorités, confirmant toutefois une stabilité dans la progression de l’épidémie.

Le virus 2019-nCoV a en outre tué deux autres personnes dans le monde, une aux Philippines et une à Hong Kong.

Une « mission internationale d’experts » de l’OMS dirigée par Bruce Aylward, vétéran ayant travaillé sur d’autres urgences sanitaires, est partie dimanche soir pour la Chine.

En fin de semaine, l’OMS a déclaré voir une « bonne nouvelle » dans la stabilisation du nombre de contaminations quotidien. Elle juge néanmoins qu’il est trop tôt pour considérer que l’épidémie a dépassé son pic.

La situation semble cependant chaotique dans les hôpitaux de Wuhan, ville coupée du monde depuis le 23 janvier. Une habitante, Chen Yiping, rapporte que sa mère, âgée de 61 ans, attend toujours d’être hospitalisée malgré des symptômes graves, « parce qu’il y a trop de gens qui ont besoin d’être soignés ».

Avec La Presse canadienne et l’Agence France-Presse