Course contre la montre pour trouver un nom

En 2015, l’OMS publiait un guide des meilleures pratiques dans la dénomination des nouvelles maladies humaines infectieuses.
Photo: STR / China OUT / AFP En 2015, l’OMS publiait un guide des meilleures pratiques dans la dénomination des nouvelles maladies humaines infectieuses.

Le fameux coronavirus : tout le monde en parle, mais il n’a pas encore de véritable nom. Pour le moment, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le désigne par 2019-nCoV (« 2019 » pour l’année de sa découverte, « n » pour nouveau et « CoV » pour coronavirus), un nom temporaire. Des experts sont dans une course contre la montre pour le baptiser officiellement.

Car il faut faire vite. D’autres noms pourraient s’imposer dans la population. « Vous voyez quels seraient les problèmes si on commençait à l’appeler le coronavirus de Wuhan », dit le Dr Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill. La population, dit-il, s’en trouverait stigmatisée. (Wikipédia a déjà une entrée « Coronavirus de Wuhan ».)

Les experts du Comité international de taxonomie des virus devront trancher. Pierre Talbot, professeur en virologie de l’INRS-Institut Armand-Frappier, y a siégé pendant une vingtaine d’années. « 2019-nCoV va demeurer dans l’usage, croit-il. Parce que les gens l’ont utilisé depuis le mois de décembre. Ça va être difficile de donner un autre nom. »

En 2015, l’OMS a publié un guide des meilleures pratiques dans la dénomination des nouvelles maladies humaines infectieuses. Elle y souligne que les scientifiques qui découvrent une maladie doivent donner un « nom approprié » dès le départ. L’information circule rapidement avec Internet et les médias sociaux, rappelle-t-elle.

L’OMS préconise une dénomination courte et facile à prononcer, comportant des termes génériques (ex. : maladie respiratoire) et descriptifs (ex. : sévère). Pas de lieu géographique, de nom de personnes, d’espèce animale ou de référence à un métier et une industrie (ex. : porcine). « Nommer en fonction du lieu de découverte crée beaucoup de controverse, remarque le Dr Raymond Tellier. Les gens des localités [visées] ne sont pas très contents de voir leur ville associée à des virus qui peuvent être dangereux. » Ce fut d’ailleurs le cas en 2009 lors de la pandémie de grippe mexicaine ou grippe porcine, finalement rebaptisée grippe A (H1N1).

Aux États-Unis, des virologues ont même déjà dû changer le nom d’un hantavirus — causant un syndrome respiratoire pouvant mener à la mort — devant le mécontentement d’une nation autochtone. Découvert en 1993, le virus avait été baptisé, à l’origine, Muerto Canyon, en référence au Canyon del Muerto, situé dans la réserve de la nation navajo, au nord-est de l’Arizona. « On l’a finalement nommé Sin nombre, pour « virus sans nom » en espagnol ! » dit le Dr Raymond Tellier.