Barrette persiste et signe

La réforme Barrette avait-elle du bon? Le problème avec cette réforme, résume Mme Danielle McCann, est qu’on a modifié les structures et fait des compressions en même temps.
Photo: Sébastien Thibault La réforme Barrette avait-elle du bon? Le problème avec cette réforme, résume Mme Danielle McCann, est qu’on a modifié les structures et fait des compressions en même temps.

Les critiques de sa réforme sont injustes, affirme l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette. À son avis, la grande tare de cette réforme est qu’on ne lui a pas permis de la terminer.

Dès le début de l’entrevue, M. Barrette est sur ses gardes. « Ça va être négatif, comme d’habitude. Et puis, c’est pas grave. Je vais jouer le jeu, comme je l’ai toujours fait. Ça n’a jamais servi, mais je vais le faire encore », dit-il à l’autre bout du fil.

« Je suis satisfait de la réforme au sens où les orientations qui devaient être mises en place, les bonnes, ont été faites, fait-il valoir. Je ne suis pas satisfait au complet de l’application de la réforme, mais il y a des choses là-dedans qui sont hors de mon contrôle. »

De toute évidence, le sujet rend l’ex-ministre amer. Parce qu’on le blâme encore pour les effets de la réforme, alors que personne ne reproche au gouvernement caquiste d’en avoir maintenu les structures. Les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) sont toujours là et les agences régionales ne sont pas revenues.

« IIs sont où, les syndicats ? Hein ? Moi, quand j’étais en train de faire ma réforme, tous les jours vous écriviez négativement […]. Ils sont où, là, ces syndicats-là aujourd’hui ? »

Une réforme inachevée

Gaétan Barrette déplore de ne pas avoir pu aller au bout de son plan. D’une part, parce que le premier ministre de l’époque, Philippe Couillard, l’a écarté des négociations avec les médecins sur la rémunération et l’application des lois 20 et 130. C’était en décembre 2017. Le gouvernement avait alors suspendu l’application de la loi 20 qui prévoyait des pénalités pour les médecins de famille ne prenant pas en charge suffisamment de patients. D’autre part, parce que la défaite de son parti l’aurait empêché de présider au réinvestissement qui devait suivre les coupes et la restructuration, explique-t-il.

« La réforme pour atteindre ses effets maximaux, ça prenait deux mandats, avance-t-il. Il fallait faire un état de la situation, mettre en place la démarche après avoir identifié les problèmes et les financer pour arriver à la livraison adéquate de services. C’est comme ça en maintien à domicile, en CHSLD, en santé mentale, en première ligne. C’était comme ça en médecine spécialisée. C’était comme ça en achat de médicaments. C’était comme ça dans tous les secteurs. Ça prenait deux mandats, mais le canevas sur lequel on construit, bien, il a été mis en place. C’est juste que le bateau s’est pas rendu à destination. Et là, vous avez encore un paquet de monde qui crie au meurtre. »

L’ancien ministre de la Santé reconnaît une seule faiblesse à sa réforme. Quand on le questionne sur le stress qu’elle a créé dans le réseau, il répond du tac au tac que « c’est vrai ». « Ça, c’est vrai. Je le dis ouvertement. Il est clair, il est très clair que, dans un monde idéal, j’aurais eu, d’une part, plus de temps et, d’autre part, un budget de transition. »

McCann dénonce les excès de la réforme

Et la ministre actuelle de la Santé ? Qu’en pense-t-elle ? Depuis son entrée en politique, Danielle McCann répète souvent que la réforme Barrette a « causé » beaucoup de « dommages » dans le réseau. « Ça a centralisé beaucoup de pouvoir et ça a démobilisé beaucoup le personnel », dit-elle.

Or, en septembre dernier, elle a été mise dans l’embarras quand le député libéral André Fortin a brandi en pleine période de questions une lettre datant de 2014 dans laquelle elle félicitait le ministre Barrette pour sa réforme.

« C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai pris connaissance des projets de loi 10 et 20. Concernant le premier, la fusion de plusieurs établissements dans un même territoire telle que je l’ai vécue a diminué les charges administratives et permis une meilleure fluidité des services », écrivait-elle dans la missive où elle offrait ses services pour siéger au conseil d’administration d’un CISSS.

Je suis satisfait de la réforme au sens où les orientations qui devaient être mises en place, les bonnes, ont été faites. Je ne suis pas satisfait au complet de l’application de la réforme, mais il y a des choses là-dedans qui sont hors de mon contrôle.

Regrette-t-elle aujourd’hui de l’avoir écrite ? « La lettre, c’était en décembre 2014. On n’avait pas d’idée qu’ils allaient faire des compressions très grandes. »

La réforme Barrette avait-elle du bon ? Le problème avec cette réforme, résume Mme McCann, est qu’on a modifié les structures et fait des compressions en même temps. « Quand on annonce une réforme comme ça, il faut faire ça avec un grand soin, ne pas faire de compressions. Ça met le réseau en péril. »

Mais alors ? Si on ne tient pas compte des coupes, l’abolition des agences de santé était-elle justifiée ? « Moi, je ne suis pas sur les agences. Ça, c’est un aspect de la réforme. Moi, je parle d’une fusion énorme d’établissements avec une centralisation des pouvoirs décisionnels », répond-elle.

Cinq ans après l’abolition des agences et la création des centres intégrés de services sociaux, Gaétan Barrette prétend aujourd’hui que le problème d’accès à la première ligne aurait été « réglé » dès 2018 s’il avait pu parachever son plan.

Invitée à réagir à cette affirmation, Mme McCann réitère les grandes lignes de son plan à elle. « Lui, il a fait une grosse réforme de structures. Nous, ce qu’on dit, c’est que ce n’est pas ce que ça prend pour le réseau. 

1 commentaire
  • Sylvain Fortin - Abonné 8 février 2020 13 h 34

    Il y a cinq ans Madame McCann félicitait Monsieur Barrette pour sa réforme probablement pour obtenir une grande promotion et maintenant elle dénonce la même réforme. De l'pportunisme qui me fait lever le coeur. La preuve que les Libéraux et les Caquistes c'est du pareil au même.