Le bilan se rapproche gravement de celui du SRAS

Plusieurs personnes ont participé vendredi à une vigie en l'honneur du docteur Li Wenliang, qui avait donné l’alerte fin décembre après l’apparition du virus.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Plusieurs personnes ont participé vendredi à une vigie en l'honneur du docteur Li Wenliang, qui avait donné l’alerte fin décembre après l’apparition du virus.

Le médecin chinois sanctionné pour avoir sonné l’alarme à propos de l’apparition du nouveau coronavirus a succombé vendredi à l’épidémie, provoquant une vague de colère, tandis que le bilan continue à s’alourdir. Deux semaines après la mise de facto en quarantaine du Hubei, la province du centre de la Chine où la pneumonie virale s’est déclarée, l’épidémie a contaminé plus de 34000 personnes dans la partie continentale de ce pays, dont 717 sont mortes, selon un dernier bilan officiel. Un bilan des morts désormais supérieur à celui du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) dans la partie continentale du territoire chinois et à Hong Kong, qui avait coûté la vie à environ 650 personnes en 2002-2003.

Dans le reste du monde, plus de 300 cas de contaminations ont été confirmés dans une trentaine d’États et de territoires, dont deux mortels (Hong Kong et Philippines). Des milliers de touristes présents dans trois paquebots sont bloqués en Asie après que le virus a été détecté à leur bord.

Alors que la piste d’un virus provenant de chauves-souris semble se confirmer, des scientifiques chinois ont annoncé que le pangolin, un petit mammifère, pourrait être « l’hôte intermédiaire » ayant, le dernier, transmis l’agent infectieux à l’être humain.

L’épidémie a pris un tour politique vendredi avec la mort du docteur Li Wenliang, un ophtalmologiste de Wuhan, la capitale du Hubei, qui avait donné l’alerte fin décembre après l’apparition du virus dans cette ville. Avec d’autres, il avait été convoqué après ses révélations par la police, qui l’avait accusé de propager des rumeurs. Il fait désormais figure de héros national face à des responsables locaux accusés d’avoir caché les débuts de l’épidémie. « C’est un héros qui a donné l’alerte au prix de sa vie », a écrit un de ses confrères wuhanais sur le réseau en ligne Weibo. Signe que la colère est forte, le mot-clic « Nous demandons la liberté d’expression » a vu le jour sur l’Internet chinois, avant d’être également censuré.

Le docteur Li, qui n’était âgé que de 34 ans, est mort à l’hôpital central de Wuhan, une métropole de 11 millions d’habitants coupée du monde depuis le 23 janvier. Il avait contracté la maladie en soignant un patient. Sa mort a semblé plonger dans la stupeur l’appareil du régime communiste. Secoué par la colère populaire, le pouvoir central a annoncé l’ouverture d’une enquête sur « les circonstances entourant la mord du docteur Li Wenliang ». Fait rare, la Cour suprême avait déjà réhabilité fin janvier huit lanceurs d’alerte qui avaient tenté d’avertir la population au début de l’épidémie.

Pénurie d’équipements

La mort du médecin illustre la situation chaotique des hôpitaux de Wuhan, débordés par l’afflux de malades et dont le personnel médical manque de masques et de combinaisons pour se prémunir du virus. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé que la pénurie d’équipements de protection était mondiale.

Le président chinois, Xi Jinping, relativement en retrait depuis le début de l’épidémie, a assuré vendredi à son homologue américain, Donald Trump, au téléphone, que son pays était « entièrement capable » de vaincre le coronavirus. Il a aussi appelé les États-Unis à réagir « raisonnablement » à la crise, après que ce pays a interdit l’accès à son territoire aux étrangers passés par la Chine, d’après les médias publics.

« Nous avons surtout parlé du coronavirus […] Ils travaillent très dur et je pense qu’ils font un travail très professionnel », a déclaré M. Trump à la presse. Le gouvernement américain a ensuite annoncé avoir débloqué 100 millions de dollars pour aider la Chine et les autres pays touchés par le coronavirus.

De nombreux États ont pris des mesures restrictives à l’encontre des personnes en provenance de Chine et déconseillé les voyages dans ce pays. Même à Hong Kong, une région semi-autonome, les autorités ont annoncé que les arrivants de la partie continentale du territoire chinois seraient automatiquement placés en quarantaine à partir de samedi, prévenant que tout contrevenant encourrait jusqu’à six mois de prison. En Afrique, le Gabon a décidé de suspendre l’entrée sur son sol de tout passager venant de Chine. D’autres pays poursuivaient l’évacuation de leurs citoyens de Wuhan.

Des vacanciers piégés

Autre situation angoissante : des milliers de voyageurs et des membres d’équipage sont consignés sur deux navires de croisière en Asie. Au large du Japon, le Diamond Princess est maintenu depuis mardi en quarantaine après la confirmation de 61 cas à son bord. Quelque 3700 personnes y sont cloîtrées dans leur cabine. À Hong Kong, quelque 3600 personnes subissent un sort similaire sur le World Dream, dont trois anciens passagers ont été testés positifs. Et selon un communiqué des autorités japonaises, un autre paquebot, le Westerdam, est en route vers le Japon avec au moins un cas confirmé à son bord.

La responsable de l’unité des maladies émergentes de l’OMS, Maria Van Kerkhove, a assuré que 82 % des cas répertoriés étaient considérés comme mineurs, 15 % graves et 3 % « critiques ». Moins de 2 % des cas se sont révélés mortels, a-t-elle ajouté. Ce taux de mortalité reste pour l’heure très inférieur à celui du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), qui avait provoqué la mort de 774 personnes dans le monde en 2002-2003.

L’économie chinoise pourrait être durablement plombée car, dans de nombreuses provinces, la plupart des entreprises et des usines ne reprendront pas leurs activités avant le 10 février au mieux. Le géant automobile nippon Toyota a annoncé vendredi un nouveau report d’une semaine de la reprise de la production de ses usines en Chine, désormais suspendue jusqu’au 16 février inclus.

Contenir le virus au Canada

Plus de 200 Canadiens, qui étaient à bord de deux avions distincts, sont maintenant en quarantaine au pays après avoir quitté le centre de l’épidémie du nouveau coronavirus, en Chine. Un vol du gouvernement canadien transportant 174 personnes s’est posé juste après l’aube sur la base des Forces canadiennes de Trenton, en Ontario, où elles devront demeurer deux semaines sous surveillance pour s’assurer qu’elles n’ont pas contracté le virus.

Un autre groupe de 39 Canadiens, revenu au pays à bord d’un vol américain, est arrivé à la base militaire de Trenton en début d’après-midi, vendredi. Ils avaient auparavant atterri à Vancouver et se sont rendus à la base militaire sur un vol canadien. Ce sont donc 213 Canadiens en provenance de Wuhan qui ont été rapatriés au pays, ce qui correspond à un peu moins des deux tiers de ceux qui réclamaient une évacuation. Le gouvernement a affrété un autre vol au départ de Wuhan pour les autres Canadiens, dont le départ est prévu le 10 février.

Les familles avaient hâte de retrouver leurs proches après que ces deux groupes de citoyens canadiens fatigués ont pu finalement rentrer au pays vendredi. Les médias ont été tenus à l’écart pendant que les passagers sont descendus de l’avion et montés à bord d’autobus par un temps glacial.

Richard Fabic, papa de la petite Chloé, 15 mois, espérait pouvoir rejoindre sa fille en quarantaine plus tard vendredi. M. Fabic, qui réside à Mississauga, en Ontario, a raconté qu’Ottawa lui avait demandé s’il voulait rejoindre sa fille. « J’ai dit oui avant même qu’ils aient fini la phrase, a ajouté M. Fabic. C’est très attentionné, très gentil, j’ai vraiment été époustouflé de me faire offrir cette option. » Les 14 jours de mise en quarantaine seront des « moments de rapprochements » avec sa fille, a expliqué M. Fabic.

Des Canadiens ont aussi contracté le coronavirus sur un navire de croisière en Asie. Le bureau du ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a confirmé qu’il y a 255 Canadiens à bord du Diamond Princess, au large du Japon.

Parmi ceux-ci, 7 Canadiens ont été détectés avec le coronavirus et transférés vers les établissements hospitaliers au Japon. Une trentaine de Canadiens se trouvent à bord d’un autre navire de croisière à Hong Kong, mais M. Champagne dit qu’aucun d’entre eux n’avait été diagnostiqué avec le coronavirus, selon ses dernières informations. Le ministre dit que le Canada est mobilisé pour offrir toute l’assistance consulaire à ces Canadiens, mais que la situation de quarantaine sur ces bateaux de croisière complique un peu les choses.

Par ailleurs, Québec vient de désigner quatre établissements de santé chargés d’hospitaliser des patients qui seraient atteints du nouveau coronavirus, même s’il n’existe toujours aucun cas ici, à l’heure actuelle. Deux établissements sont à Montréal et deux à Québec. Il s’agit de l’Hôpital général juif (pour adultes) et du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (pour enfants), à Montréal ; ainsi que du CHUL (Centre hospitalier universitaire de l’Université Laval, pour adultes et enfants) et de l’Institut de cardiologie et de pneumologie, à Québec (pour adultes).

De son côté, l’agence canadienne qui finance la recherche publique en santé veut soutenir rapidement les travaux visant à mieux comprendre le virus. Les instituts de recherche en santé du Canada disent vouloir mieux comprendre comment ce coronavirus se propage, aussi bien dans le corps que dans les esprits. Les chercheurs sont aussi encouragés bien sûr à trouver un moyen de détecter et de suivre les tout premiers cas de ce type de coronavirus.

La Presse canadienne