Un autre incident violent perturbe le personnel de l'Hôpital Albert-Prévost

L’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost, où cinq employés ont été blessés par un patient.
Photo: Google Street View L’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost, où cinq employés ont été blessés par un patient.

Plusieurs employés de l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost ont été blessés jeudi après-midi par un patient. Un incident qui rappelle de mauvais souvenirs au personnel, encore hanté par l’attaque violente contre le psychiatre Mario Roy l’automne dernier.

Selon des sources du Devoir, cinq employés — des gardiens de sécurité et des agents d’intervention en milieu psychiatrique — ont été blessés lors de l’intervention.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) parle plutôt de trois victimes, des hommes âgés de 30, 37 et 44 ans. Selon le SPVM, l’agresseur de 24 ans n’était pas armé.

« Un des employés a été mis K.-O. », rapporte Louis-Martin Reid, agent d’intervention en milieu psychiatrique à l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost et membre du comité de négociation FSSS-CSN. « Un autre, par exemple, a une ou des dents cassées. » Quatre autres employés sont en arrêt de travail, indique-t-il.

Un colosse

Le patient, souffrant de psychose, aurait été conduit contre son gré à l’urgence par des policiers, en vertu de la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Il se serait enfui par une porte menant à la cafétéria qu’utilisent les employés.

Le colosse de 24 ans aurait circulé dans l’établissement, du sous-sol au troisième étage, et aurait asséné des coups à divers employés qui tentaient de le maîtriser.

Selon la Dre Josée Théberge, cheffe de département adjointe, le code blanc a été lancé rapidement. « La chorégraphie a été bien articulée et la gestion de la crise a été bien faite, dit la psychiatre. Mais on est encore comme dans un état post-traumatique depuis les événements du 29 octobre. »

L’agression a ébranlé tout le personnel de l’établissement. « Des gens ont fondu en larmes, raconte la psychiatre Florence Chanut. Cela crée beaucoup d’anxiété dans toutes les équipes. Cela démontre, encore une fois, qu’on n’a pas les moyens nécessaires pour gérer ces cas de dangerosité. »

D’après un rapport d’enquête interne obtenu par Le Devoir, l’intervention pour secourir le Dr Mario Roy a connu plusieurs ratés le 29 octobre dernier. Deux codes blancs (alertes générales) avaient été lancés avant que des renforts arrivent, selon plusieurs témoins interrogés. Une dizaine d’employés sont intervenus pour maîtriser le patient et deux appels au 911 ont été faits.

Depuis les événements, trois gardiens de sécurité, plutôt que deux, sont en poste de jour et de soir. Deux demeurent en service durant les heures de repas. L’attaque contre le Dr Roy est survenue à l’heure du midi.

« Je le répète, ce n’est pas parce qu’on ajoute du personnel qu’on règle le problème, dit Katherine Bertrand, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Il faut revoir les processus, les procédures. »

Louis-Martin Reid croit que cet incident illustre les failles dans la sécurité de l’établissement. « Comment se fait-il que le patient ait pu sortir de l’urgence sans que personne s’en rende compte ? Que n’importe qui puisse ouvrir cette porte menant à la cafétéria alors qu’elle est destinée aux employés ? »

Des agressions ailleurs au Québec

Des incidents et des agressions surviennent dans d’autres établissements au Québec. Le Dr Stéphane Proulx, responsable de l’urgence psychiatrique de l’hôpital Notre-Dame, cite comme exemple un médecin qui s’est fait menacer de mort cette semaine dans son établissement. « Il n’y a vraiment pas assez de sécurité dans les établissements, dit le psychiatre. On peut entrer dans une urgence ou une urgence psychiatrique comme dans une étable. »

La Dre Marie-Frédérique Allard, psychiatre légiste au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, croit que les établissements de santé devraient avoir de « meilleures balises » pour organiser leur unité. « La philosophie de “qui intervient, comment on intervient”, il n’y a pas d’uniformité d’un milieu à l’autre », dit-elle.

Le Dr Stéphane Proulx siège à un nouveau comité de l’Association des médecins psychiatres du Québec, qui porte sur la sécurité en milieu hospitalier. « Une première réunion a eu lieu, dit-il. Nous devons produire un rapport avec des recommandations générales pour tous les établissements au Québec. »

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a refusé de commenter les événements jeudi après-midi. « Notre priorité est de prendre soin du personnel et des usagers », a dit Marie-Hélène Giguère, conseillère-cadre aux relations médias et affaires publiques du CIUSSS. Une équipe du CIUSSS a été dépêchée sur place pour soutenir les employés.


 
4 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 7 février 2020 04 h 19

    Psychologie

    C'est comme si on manque de psychologie dans ces établissements aux portes manteaux. Une bâtisse porte ou verte? Avec chasse aux manteaux? Se sauver de la police et autres abuseurs, c'est une réaction normale. Faudrait peut-être mentionner les sources du trouble.

  • Robert Morin - Abonné 7 février 2020 07 h 07

    Un «hôpital» peut-il être «en santé mentale»?

    Personnellement, je suis allergique à cette expression «hôpital en santé mentale». Y a-t-il des hôpitaux en santé et des hôpitaux malades? Pourquoi ne pas dire plusclairement : un hôpital de soins de santé mentale ou encore un hôpital de soins psychiatriques?

    • Hélène Lecours - Abonnée 7 février 2020 09 h 19

      Et pourquoi pas un hôpital psychiatrique? Pourquoi ce charabia soi-disant adoucisseur?

    • Gaetane Derome - Abonnée 7 février 2020 14 h 19

      Auparavant c'est ce qu'on disait:"Hôpital psychiatrique" ou "Département de psychiatrie".Les termes changent sans doute pour mettre moins d'étiquettes sur le patient.