Au Québec, la grippe saisonnière est plus à craindre que le coronavirus

«Actuellement, au Canada et au Québec, il faut plus craindre la grippe que le coronavirus», affirme le Dr Horacio Arruda.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Actuellement, au Canada et au Québec, il faut plus craindre la grippe que le coronavirus», affirme le Dr Horacio Arruda.

Des Québécois s’inquiètent du coronavirus, certains le craignent même comme la peste. Mais la grippe saisonnière représente pour le moment une plus grande menace, selon Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec.

« Actuellement, au Canada et au Québec, il faut plus craindre la grippe que le coronavirus, dit-il. C’est ça qui rend les gens malades. »

Environ 300 personnes meurent en moyenne chaque année de la grippe (ou influenza) saisonnière au Québec. Quatre cas de coronavirus ont été confirmés jusqu’à présent au Canada, mais aucun au Québec. Un nouveau cas présumé en Colombie-Britannique s’est ajouté mardi.

« Il n’y a pas d’évidence de transmission du coronavirus au Canada, dit Dr Horacio Arruda. Il y a probablement plus de gens qui sont tués dans le monde actuellement par rapport à la grippe qu’au coronavirus. Mais on est prudent. On a encore peu de données. »

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les épidémies annuelles de grippe font entre 290 000 et 650 000 morts dans le monde.

En Chine, l’influenza frappe fort. Environ 88 100 personnes meurent en moyenne chaque année de problèmes respiratoires survenant lors d’une grippe, selon une étude publiée dans The Lancet en septembre dernier et menée par des chercheurs chinois et hongkongais. 80 % d’entre eux sont âgés de 60 ans et plus. Quant au coronavirus, il a fait jusqu’à présent 490 morts en Chine continentale.

« Il est évident qu’en ce moment, l’influenza est un plus grand fardeau, mais c’est un peu une fausse comparaison », dit pour sa part Dr Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill.

Le coronavirus est un virus émergent. « La population chinoise et la population mondiale n’ont aucune immunité contre lui, poursuit-il. Le potentiel pandémique est possiblement plus grand. »

S’il est moins contagieux que la rougeole et pas aussi mortel que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), le coronavirus est « suffisamment transmissible pour donner lieu à des événements à vaste échelle », signale Dr Raymond Tellier. Son taux de mortalité est de 2 %.

La proportion de décès est plus faible dans le cas de l’influenza saisonnière. Au Québec, elle « varie vraisemblablement » entre 0,03 % et 0,07 %, d’après Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. (À noter que la grippe n’est pas une maladie à déclaration obligatoire. Tous les cas soupçonnés de grippe ne sont pas testés et confirmés en laboratoire.)

Contrairement à la grippe, aucun vaccin n’existe pour prévenir l’infection au coronavirus. Des médicaments expérimentaux sont toutefois testés.

« Ça vaut vraiment la peine de déployer des efforts maintenant, vu que c’est encore une situation d’assez petite envergure, comparée à l’influenza, plutôt que d’attendre que ça devienne un monstre », croit Dr Raymond Tellier.

Des Canadiens rapatriés jeudi

L’avion devant transporter des Canadiens se trouvant actuellement à l’épicentre de l’épidémie du nouveau coronavirus, en Chine, était en route, mardi, et pourra ramener des passagers jeudi. Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a indiqué mardi que le vol attendra au Vietnam l’autorisation finale des autorités chinoises pour atterrir à Wuhan. Selon une lettre du gouvernement canadien à ses ressortissants, un vol devrait décoller de l’aéroport international de la ville tôt jeudi matin. Les passagers sont invités à arriver à l’aéroport mercredi soir, où ils seront examinés. Ceux qui présentent des symptômes ne seront pas autorisés à monter à bord de l’avion. « Les autorités chinoises effectueront des contrôles de santé et des contrôles d’immigration avant de monter à bord », a déclaré le gouvernement canadien. La lettre indique que les passagers doivent se rendre à l’aéroport eux-mêmes et met en garde contre d’éventuels retards aux points de contrôle.

La Presse canadienne