Le nombre de tentatives de suicide à la hausse chez les adolescentes

Chez les adolescentes de 15 à 19 ans, le taux d’hospitalisation a pratiquement triplé entre 2007 et 2018.
Photo: iStock Chez les adolescentes de 15 à 19 ans, le taux d’hospitalisation a pratiquement triplé entre 2007 et 2018.

Le taux de suicide est en légère diminution au Québec. Mais les hospitalisations pour tentative de suicide ont augmenté depuis dix ans, en particulier chez les adolescentes de 15 à 19 ans, selon les plus récentes données publiées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

C’est la première fois que l’INSPQ rend public le nombre d’hospitalisations pour tentative de suicide au Québec. En 2018, près de 3900 personnes ont été hospitalisées pour cette raison.

Chez les adolescentes de 15 à 19 ans, le taux d’hospitalisation a pratiquement triplé entre 2007 et 2018, passant de 69,4 à 203,2 par 100 000 personnes, selon l’INSPQ, qui souligne, dans son rapport, que « d’autres travaux » doivent être réalisés pour mieux comprendre le phénomène.

La chercheuse Jessica Rassy, elle, n’est pas étonnée. « Les taux de prévalence des maladies mentales sont en augmentation chez les jeunes, dit la professeure à l’École des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke, qui s’intéresse à la prévention du suicide chez les adolescents. Les jeunes filles utilisent des moyens moins létaux que les garçons lorsqu’elles tentent de se suicider. »

Jessica Rassy croit qu’il faut offrir davantage de services, sur Internet, aux jeunes ayant des idées suicidaires. Actuellement, les jeunes peuvent clavarder avec des intervenants de Jeunesse, J’écoute, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le service d’intervention de Tel-jeunes, par texto et messagerie instantanée, est quant à lui accessible chaque jour entre 8 h et 22 h 30. La ligne téléphonique est ouverte 24 heures sur 24.

Or, « les jeunes qui sont en grande détresse, qui sont très isolés, se tournent vers les technologies de l’information pour trouver de l’aide », dit Jessica Rassy. Pas vers le téléphone.

De l’aide sur le Web

Dans le cadre de son doctorat, publié en 2017, Jessica Rassy a interrogé une quinzaine de jeunes à risque suicidaire, hospitalisés ou suivis en consultation externe. Elle a scruté leurs recherches sur le Web.

Des participants à son étude ont consulté des sites gouvernementaux ou celui de Jeunesse, J’écoute. « Cela défait la fausse croyance que les jeunes ne connaissent pas les sources fiables. »

Mais d’autres ont fréquenté des forums destinés aux jeunes, sur Facebook par exemple, pour partager leur tristesse ou échanger avec d’autres jeunes.

« Pour certains, chercher de l’aide signifiait chercher de l’aide pour mourir, poursuit Jessica Rassy. Ça les soulageait de savoir qu’ils avaient trouvé un moyen pour se suicider. » Parmi les mots-clés tapés dans Google (le seul moteur de recherche utilisé par les participants) : « comment mourir » et « suicide trucs ».

De quoi inquiéter bien des parents. Faut-il consulter l’historique de navigation de ses enfants ? Jessica Rassy le déconseille. « L’adolescent ne serait pas content d’être espionné. Il faut miser sur une bonne relation avec le jeune. Une meilleure communication. » Et il vaut mieux dire à son enfant qu’on s’inquiète pour lui — même de façon malhabile — que de ne rien dire du tout.


Besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)