Pas d’urgence, décrète l’OMS

En date du 23 janvier, le mystérieux virus avait infecté 830 personnes, essentiellement sur le territoire chinois.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse En date du 23 janvier, le mystérieux virus avait infecté 830 personnes, essentiellement sur le territoire chinois.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a finalement pas accordé le statut d’« urgence de santé publique de portée internationale » à l’éclosion du nouveau coronavirus 2019-nCoV, jugeant qu’il était encore « trop tôt » pour déclencher cette démarche exceptionnelle en raison du nombre limité de cas à l’étranger et des efforts déployés par la Chine pour contenir la propagation du virus.

Au Québec, parmi les cinq personnes qui étaient en observation dans des hôpitaux de Montréal et de Québec, quatre d’entre elles ont reçu hier la confirmation qu’elles n’étaient pas infectées par le 2019-nCoV.

 

« Ne vous y trompez pas, c’est une urgence en Chine. Mais ce n’est pas encore une urgence sanitaire mondiale. Cela pourrait toutefois le devenir », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue jeudi, à Genève. Il a néanmoins prévenu que cette décision pourrait changer d’un jour à l’autre.

« Nous savons qu’il existe une transmission interhumaine en Chine, mais pour l’instant elle semble être limitée à des groupes familiaux et à des travailleurs de la santé qui s’occupent des patients infectés. À l’heure actuelle, il n’y a aucune preuve de transmission interhumaine en dehors de la Chine, mais cela ne veut pas dire que cela n’arrivera pas », a-t-il ajouté.

Une décision politique

Pourquoi l’OMS n’a toujours pas décidé de franchir le pas ?

Le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), répond que « l’OMS est une organisation politique qui doit recueillir un certain consensus des pays qui y contribuent pour décider d’une mesure particulière ».

En date du 23 janvier, le mystérieux virus avait infecté 830 personnes, essentiellement sur le territoire chinois, et en avait tué 25. Un nouveau cas était suspecté aux États-Unis, il s’agit d’une personne qui revenait de Wuhan.

Pour freiner la dissémination du virus, les autorités chinoises ont fermé les gares et les aéroports, de même que suspendu les transports publics à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, mais aussi à Huanggang, une métropole de 7,5 millions d’habitants, à Ezhou, Xiantao, Chibi et Lichuan. Les festivités du Nouvel An chinois ont été annulées à Wuhan, ainsi qu’à Pékin.

Le Cirque du Soleil a pour sa part annoncé qu’il annulait jusqu’à nouvel ordre toutes les représentations du spectacle Un monde fantastique dans la ville d’Hangzhou afin « d’assurer la sécurité des spectateurs et de ses employés ».

Limites de la quarantaine

Le directeur de l’OMS a dit espérer que cette mise en quarantaine de plusieurs villes soit « efficace et de courte durée ».

« En l’absence de vaccins et d’antiviraux, les mesures de quarantaine constituent la seule manière de contenir l’infection. Dès qu’un cas est confirmé, on doit mettre cette personne en isolement. Ainsi, graduellement, avec ces mesures d’isolement à travers le monde, le virus va retourner dans son réservoir animal. Le SRAS a disparu grâce à des mesures de quarantaine », fait remarquer Pierre Talbot, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), avant de souligner que les mesures prises par les autorités chinoises sont « drastiques » et devraient porter fruit, car « un coronavirus se propage moins vite que les virus de la grippe ».

« On ne peut pas mettre une ville en quarantaine et penser que cette mesure va régler le problème », souligne le Dr De Serres de l’INSPQ.

« La quarantaine fait en sorte que les habitants de la ville [d’où a émergé le virus] ne se promènent plus dans le reste du pays. Mais la grosse tâche maintenant consiste à retracer toutes les personnes malades qui sont infectées par le 2019-nCoV dans cette ville. [Cette démarche est nécessaire] pour arrêter la transmission au sein de cette population. »

« C’est le gros défi que doivent maintenant relever les autorités sanitaires de Wuhan. On devra isoler ces personnes infectées, ainsi que les individus qui ont été en contact avec elles pour ne pas qu’ils transmettent l’infection. C’est ce qui a été a fait pour le SRAS, en 2003, et qui a permis que ce coronavirus disparaisse complètement de la population humaine en quelques mois. »

« Mais il y a une limite à la quarantaine : il y a énormément de contraintes associées à une quarantaine. Il faut maintenant trouver très rapidement les cas pour que cette quarantaine ne dure pas trop longtemps, car il faudra approvisionner ces 12 millions de personnes », poursuit le Dr De Serres. « On est à un moment critique. Ou bien on réussira à contenir l’épidémie rapidement, ou bien le virus se propagera et alors nous devrons composer avec lui pendant longtemps. »

Au Québec, parmi les personnes qui étaient sous surveillance dans des hôpitaux de Montréal et de Québec, quatre ont reçu des résultats négatifs à leur test de dépistage du 2019-nCoV. La cinquième personne demeure en observation.

« Cela ne veut pas dire que cette personne est atteinte du coronavirus nCov19. Cela veut dire que les tests se poursuivent », a précisé hier soir par courriel la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Marie-Claude Lacasse. « Il est attendu que [d’autres] cas soient investigués dans les prochains jours ou semaines. Cela est normal, étant donné la vigilance dont fait preuve le réseau », a-t-elle ajouté.

Risque faible d’épidémie au pays

En conférence de presse, hier, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a voulu rassurer la population en rappelant que son équipe suivait de près la situation et qu’elle était en contact constant avec l’OMS et l’Agence de santé publique du Canada.

« Toutes les mesures sont en place pour accueillir et examiner les personnes qui ont des symptômes qui pourraient s’apparenter au coronavirus », a-t-il déclaré avant d’ajouter qu’il n’y avait aucun cas confirmé actuellement au Québec.

Lors d’un point de presse, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Mme Theresa Tam, a affirmé que « le risque [d’épidémie] demeure faible » au Canada et qu’un protocole de dépistage a été mis en place dans les aéroports de Montréal, Toronto et Vancouver, même si l’OMS n’a pas décrété d’urgence internationale ».

« Les voyageurs en provenance de Chine qui présenteraient des symptômes associés au virus seront envoyés dans un hôpital pour une enquête plus approfondie », a-t-elle précisé. Santé Canada ne prévoit pas d’équiper les aéroports canadiens de détecteurs thermiques.

« L’expérience que nous avons vécue avec le SRAS nous a montré que ce n’est pas un outil efficace. Nous disposons d’autres moyens plus pertinents », a indiqué le Dr Howard Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique du Canada.