Le monde face au virus chinois

À ce jour, le virus a provoqué la mort au moins 17 personnes en Chine. Le nombre total des personnes contaminées s’élève à plus de 500 dans ce pays.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse À ce jour, le virus a provoqué la mort au moins 17 personnes en Chine. Le nombre total des personnes contaminées s’élève à plus de 500 dans ce pays.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas décrété l’état d’urgence de santé publique de portée internationale, mais poursuit pour une deuxième journée consécutive sa réunion d’urgence sur le coronavirus 2019-nCoV, lequel avait fait 17 morts et 541 malades en Chine, en date du 22 janvier. Au Québec, 5 personnes présentant des symptômes respiratoires et qui revenaient de Chine sont toujours sous surveillance dans des hôpitaux de Montréal et de Québec.

Au moment où des cas confirmés ont été recensés en Thaïlande, au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan, aux États-Unis et dans les territoires de Hong Kong et de Macao, le nombre de personnes contaminées en Chine continentale a plus que doublé dans les trois derniers jours, passant de 198 cas confirmés, le 19 janvier, à 541, le 22 janvier.

Hier, au sortir d’une rencontre de plusieurs heures avec le comité d’urgence, à Genève, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, ne s’est pas dit prêt à déclarer la propagation du nouveau coronavirus 2019-nCoV comme une « urgence de portée internationale ». Toutefois, il a affirmé que le comité d’urgence poursuivra son analyse de la situation jeudi et qu’il pourrait alors décréter une « urgence de santé publique de portée internationale », une qualification qui n’a été utilisée jusqu’ici que pour les épidémies de grippe porcine H1N1 en 2009, du virus Zika en 2016 et de la fièvre Ebola de 2014 à 2016, et en 2018.

Le Dr Ghebreyesus a par ailleurs salué l’excellente collaboration des autorités chinoises, et leur efficacité à adopter les mesures nécessaires pour freiner la propagation du virus. La ville chinoise de Wuhan, où est apparu ce nouveau virus, a été « mise en quarantaine ». Tous les transports publics (avions, trains, bus, métros, traversiers) de cette mégapole ont interrompu leur service jeudi, afin d’empêcher les déplacements qui s’annonçaient nombreux pour les festivités du Nouvel An chinois. Les onze millions de Wuhanais ont été avertis de ne pas quitter la ville, sauf pour circonstances exceptionnelles. Le port du masque a été rendu obligatoire dans les lieux publics.

Même si l’OMS n'a pas encore déclaré une situation d’urgence internationale, nous agissons déjà comme si c’était le cas

Les autorités chinoises ont aussi annoncé que des services de ventilation et de désinfection seront installés dans les aéroports, les gares et les centres commerciaux.

Des détecteurs de température devraient aussi faire leur apparition dans les lieux accueillant des voyageurs en transit. De tels détecteurs ont déjà été installés, notamment dans les aéroports de Bangkok et de Tokyo.

Au cours des derniers jours, six personnes présentant des symptômes d’un rhume et qui revenaient de Chine sont en cours d’investigation dans des hôpitaux de Québec et de Montréal. L’une de ces personnes a pu rentrer chez elle, car le test de dépistage du 2019-nCoV s’est avéré négatif.

Lors d’une conférence de presse, hier après-midi, le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique du Québec, s’est fait rassurant en soulignant qu’il « ne s’agit pas de cas confirmés, mais de personnes qui ont peut-être été exposées » au virus.

« Avec l’Agence de santé publique du Canada, nous avons mis en place des mesures dans les aéroports du pays visant à dépister les cas potentiels parmi les voyageurs en provenance de Chine. Nous avons implanté des corridors de service pour permettre l’évaluation et le dépistage des voyageurs ayant fréquenté les zones touchées par le virus et qui présentent les symptômes d’un rhume. Ces voyageurs seront ensuite adressés à un centre hospitalier pour être évalués. Les voyageurs sans symptômes seront invités, quant à eux, à téléphoner au 811 s’ils développent des symptômes dans les 14 jours suivant leur arrivée de Chine afin d’être pris en charge adéquatement dans un centre qui sera avisé de leur arrivée dans le but de prendre les précautions nécessaires pour éviter les contaminations », a précisé M. Arruda.

« Même si l’OMS n'a pas encore déclaré une situation d’urgence internationale, nous agissons déjà comme si c’était le cas, car il est possible que des voyageurs en provenance de Chine arrivent au pays en étant porteurs du virus. Mais avec ces mesures, nous les détecterons rapidement. Nous préférons pécher par excès que de laisser un cas se promener dans la communauté », a-t-il ajouté.

Le Dr Arruda a affirmé qu’au Québec, le réseau de la santé « s’est mis en mode de surveillance épidémiologique importante » dès qu’il a été informé par l’OMS, début janvier, de l’existence « d’un agrégat de cas d’une maladie pulmonaire sévère associé à un marché de poissons et d’animaux ». « On a alors avisé nos médecins, nos cliniciens et nos spécialistes de santé publique d’être vigilants, car la situation risquait d’évoluer », a-t-il précisé.

« Presque 20 ans se sont écoulés depuis l’éclosion du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) [qui était causé par un coronavirus], à Toronto. Depuis, la santé publique a développé des protocoles efficaces qui sont rapidement mis en place dans ce type de situation », a souligné au Devoir Marie-Claude Lacasse, responsable des relations avec les médias au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le Dr Arruda a confirmé que notre réseau de la santé est actuellement prêt pour détecter et traiter les possibles cas de 2019-nCoV qui surviendraient au Québec. Les autorités chinoises ayant isolé le virus, le Canada a alors pu se doter d’un test diagnostique permettant de reconnaître si les personnes sont véritablement infectées par ce nouveau virus.

Actuellement, le taux de mortalité des personnes infectées par le 2019-nCoV est nettement inférieur à celui du SRAS. Mais les spécialistes préviennent que le virus pourrait subir des mutations lui permettant de se transmettre plus facilement et de devenir plus dangereux.

Avec La Presse canadienne et l'Agence France-Presse