Détecter les signes à l'école et dans le milieu de la santé

<p>La problématique de l’exploitation sexuelle n'est pas assez comprise par les médecins, infirmières et autres intervenants.</p>
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La problématique de l’exploitation sexuelle n'est pas assez comprise par les médecins, infirmières et autres intervenants.

Les professionnels de la santé et les enseignants qui sont chargés de l’éducation sexuelle manquent d’outils pour détecter ou aborder la problématique de l’exploitation sexuelle, ont souligné lundi différents intervenants à la commission spéciale qui s’intéresse à cette question.

L’organisme L’Anonyme a soutenu devant les élus de la Commission que « la décision actuelle du ministère de l’Éducation de recourir au personnel enseignant pour [assurer] les apprentissages obligatoires en éducation à la sexualité soulève plusieurs enjeux et questionnements ».

« Les contenus sur les violences sexuelles — et plus précisément l’exploitation sexuelle — demandent des connaissances et des compétences spécifiques » et un « doigté qui ne saurait être enseigné en quelques heures de formation supplémentaire », a mentionné la directrice générale, Sylvie Boivin.

L’Anonyme estime qu’il vaudrait mieux que ce soient des professionnels formés en sexologie qui enseignent les contenus au primaire et au secondaire. Cela, pour autant qu’ils démontrent une « connaissance fine et actuelle sur les réalités des jeunes », et qu’ils aient « une grande aisance pour reconnaître les signaux associés à des situations d’exploitation sexuelle ou pour accueillir adéquatement les dévoilements ».

En effet, pour Sylvie Boivin, « le lien d’autorité qui existe entre un élève et son professeur nuit à l’enseignement des contenus. La sexualité étant taboue, il peut être difficile pour une jeune de se confier à un prof qu’elle fréquente quotidiennement. »

L’Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ) a de son côté proposé que « chaque commission scolaire bénéficie de la présence d’un sexologue pour soutenir le personnel scolaire » dans l’enseignement de cette matière.

De manière officielle, celle-ci avait disparu du cursus scolaire en 2003, mais elle a été réintroduite en 2018. En mai dernier, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) avait elle-même souligné que plusieurs professeurs demeuraient mal à l’aise d’enseigner cette matière.

Or, plusieurs groupes ou experts ont mis l’accent lundi devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs sur l’utilité d’une éducation à la sexualité, qui a des effets positifs tant pour de potentiels abuseurs que pour les victimes.

« Le milieu scolaire représente un lieu incontournable pour la prévention de l’exploitation sexuelle », note l’OPSQ dans son mémoire. La directrice générale de l’Ordre, Isabelle Beaulieu, a souligné que la formation permet de développer « un esprit critique » qui devient un « facteur de protection important ».

Occasion perdue

La prévention et la détection de l’exploitation sexuelle ne se passent évidemment pas qu’en classe. À cet égard, ils ont d’ailleurs été nombreux lundi à parler de la nécessité que tous les intervenants — policiers, communautaires, protection de la jeunesse, etc. — travaillent de concert.

Pour le pédiatre Farhan Bhanji, qui est directeur de l'éducation du Centre de simulation et d’apprentissage interactif Steinberg de l’Université McGill, il serait primordial que les professionnels de la santé soient mieux formés pour détecter les situations problématiques. Le phénomène de l’exploitation sexuelle « n’est pas assez compris » par les médecins, infirmières et autres intervenants, a-t-il dit.

« Le problème reste caché parce qu’ils n’ont pas les habilités pour reconnaître quand quelqu’un est peut-être exploité », estime M. Bhanji.

Dans le cadre des travaux du centre qu’il dirige, Farhan Bhanji s’est fait dire par des « survivantes de l’exploitation que si quelqu’un [du réseau de la santé] avait posé une question de plus », avait ouvert une porte, elles auraient pu dès ce moment signaler ce qui se passait.

Sa collègue Françoise Filion, qui est professeure à l’École des sciences infirmières de McGill, a fait remarquer que les infirmières « sont souvent les premières à rencontrer les victimes… mais qu’aucune formation ne leur est donnée. On n’est pas formées à détecter les signes. C’est donc une occasion perdue de soins. »

La journée de lundi a permis la présentation de différentes initiatives de prévention de l’exploitation sexuelle, d’expliquer les répercussions que celle-ci peut avoir sur une adolescente (« ça affecte la personne d’un bord à l’autre », a noté une pédiatre), de discuter du rapport ambigu de la société avec la prostitution, etc.

La Commission poursuit ses audiences mardi à Montréal, avant de faire un saut jeudi à Val-d’Or. Son rapport est attendu à l’automne.