L’exemple français pour désengorger les urgences

Au Québec, il n’y aurait pas suffisamment de médecins pour calquer l’exemple français, estime la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au Québec, il n’y aurait pas suffisamment de médecins pour calquer l’exemple français, estime la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

Pour désengorger les urgences en France, plus d’un millier de médecins se déplacent chaque jour chez les patients ayant besoin d’une consultation d’urgence, depuis déjà une cinquantaine d’années. Au Québec, de petites initiatives similaires existent, mais elles peinent à s’implanter sans le soutien du gouvernement.

« Avec la population vieillissante, les médecins en cabinet sont débordés, les urgences aussi. Pour le bien des patients, on ne pourrait plus se passer des services à domicile de SOS Médecins », précise le Dr Pierre-Henry Juan, président de la fédération qui se spécialise dans les visites médicales d’urgence à domicile en France.

Tout a commencé en 1966, raconte M. Juan en entrevue avec Le Devoir, lorsqu’un médecin — le Dr Marcel Lascar — a constaté la nécessité d’offrir un tel service à la population. « Il a appris qu’un de ses patients était mort d’une crise cardiaque durant le week-end, n’ayant pas réussi à joindre un médecin de garde. Ce même week-end, le Dr Lascar avait, lui, réussi à joindre en 15 minutes un plombier pour réparer une fuite d’eau chez lui ».

Plus de 50 ans plus tard, la fédération SOS Médecins compte 1200 médecins urgentistes répartis sur le territoire, prêts à répondre aux appels d’urgence, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les médecins font payer 35 euros (50 dollars) la consultation de jour, soit 10 euros (15 dollars) de plus qu’en cabinet. Des majorations s’appliquent en fonction du jour, de l’heure ou du lieu. « Mais les patients peuvent se faire rembourser jusqu’à 70 % par la sécurité sociale. Et s’ils ont une bonne mutuelle, elle rembourse le 30 % restant », précise le Dr Juan.

À ses yeux, ces interventions à domicile sont essentielles pour les personnes âgées ou les personnes polyhandicapées. Et elles sont aussi utiles pour le reste de la clientèle, permettant de désengorger les salles d’attente des urgences et de soulager l’horaire chargé des médecins en cabinet. « La France a longtemps été connue pour avoir beaucoup de médecins, mais on en a de moins en moins, et ceux qui restent sont débordés, car le besoin de soins médicaux a augmenté avec le vieillissement de la population », explique-t-il.

Et la situation se ressent sur le nombre d’appels que SOS Médecins reçoit. Si 60 % des interventions se déroulent la nuit, les week-ends ou les jours fériés, les appels pour des visites d’urgence de jour en pleine semaine ont augmenté de 40 % en 10 ans.

Au Québec

De ce côté-ci de l’Atlantique, obtenir une consultation médicale d’« urgence » reste un défi, surtout l’hiver pendant la saison grippale : les cliniques sans rendez-vous manquent de places et les urgences débordent. Les soins à domicile sont offerts, mais surtout pour « les patients très malades qui ne sont pas en mesure de se déplacer en cabinet ou qui sont en hébergement », précise le ministère de la Santé par courriel.

Quelques médecins se sont lancés dans les soins d’urgence à domicile, offerts à tous, mais l’expérience est loin d’être aussi populaire et réussie qu’en France.

Depuis 1982, à Saguenay, des médecins du service Jonquière-Médic se déplacent chez les malades pour leur éviter l’attente aux urgences. Ils sont toutefois passés de 12 à 7 médecins. « C’est difficile de trouver des médecins motivés pour se déplacer sur les routes, surtout l’hiver. Le changement de mode de rémunération des omnipraticiens en 2016 n’a pas aidé », explique Louise Tremblay, présidente du conseil d’administration.

La réforme de l’ancien gouvernement libéral a encouragé, financièrement, les médecins de famille à prendre en charge plus de patients et dans leur cabinet, mais au détriment du sans rendez-vous et des visites à domicile.

Le service Jonquière-Médic survit présentement grâce à des campagnes de dons.

Ailleurs, la médecine d’urgence à domicile est davantage proposée au privé, pour être rentable. Pierre Renard, par exemple, pratique dans la région de Québec et Lévis. En 2018, ce Français d’origine a voulu recréer le système de SOS Médecins pour lequel il a travaillé pendant 11 ans. « Deux ans plus tard, je suis toujours seul, s’attriste-t-il. Mais je ne désespère pas de trouver d’autres médecins prêts à vivre leur passion et travailler avec moi ». Ses services sont offerts à tous, mais ne sont pas couverts par la Régie de l’assurance-maladie du Québec. Une consultation de base coûte 190 dollars, déductible d’impôts. « Le fait que ce soit au privé, c’est un frein pour beaucoup. Mais si le gouvernement avait la volonté d’instaurer un tel système, ce serait possible, assure le médecin. Ça faciliterait la vie à bien des gens et ça désengorgerait les urgences ».

Pas assez de médecins

Mais le porte-parole de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Jean-Pierre Dion, émet quelques réserves. « En France, ils n’ont pas le problème d’effectifs qu’on connaît ici. On manque de médecins et le nombre de patients [qu’il est] possible de voir en une journée à domicile est vraiment moindre qu’en clinique ; ce serait contre-productif », estime-t-il.

Et pourquoi ne pas envoyer des infirmières faire des visites à domicile plutôt, propose Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Les gens ont souvent besoin d’être rassurés par un professionnel de la santé, en face à face, pas juste au téléphone comme avec Info-Santé. Les infirmières ont les compétences nécessaires et peuvent prescrire. Ce serait une solution pour améliorer la situation ».

13 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 janvier 2020 08 h 55

    Infirmière

    1) Pourquoi n'avons pas assez d'effectifs pour faire comme en France? ( créer lapénurie comme aimait le faire Ceausescu en Roumanie? :) )
    2) Le 2i^ème choix, l'infirmière, est bon... mais il lui faudrait un pouvoir spécial pour référer à l'urgence rapidement en cas de problème du genre de crise cardiaque probable.
    3) Et ce, en tenant compte du dérèglement climatique et des conséquences.

  • Christian Labrie - Abonné 18 janvier 2020 09 h 20

    Combien de médecin par habitant

    Selon le site de l'OMS, il y a 3,2 médecins par 1000 habitants contre 2,6 au Canada. 23% de plus en France

  • yves C - Inscrit 18 janvier 2020 10 h 13

    volonté

    Personnellement,après 20 ans au Québec, je suis arrivé à la conclusion qu'il y a surtout une volonté délibérée de ne rien faire, de ne pas vouloir avoir plus de médecins (ou alors juste ce qu'il faut pour créer une pénurie).
    Les différents gouvernements (libéral, PQ, CAQ...) n'ont jamais rien fait dans le sens de la demande de la population, nous sommes en droit de nous poser la question de savoir s'il y a collusion entre le pouvoir et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec car ce sont eux qui en définitif décident de l'ouverture de places à l'université pour former ou non des médecins omnipraticiens.
    Accordons aux médecins omnipraticiens, spécialistes, infirmières immigrants d'Europe, d'Amérique du Sud, de Cuba, et d'ailleurs, les mêmes droits et privilèges qu'ont les médecins Québécois (après une nécéssaire vérification de la pratique du Français, des compétences médicales, une rmise à niveau pour le système Nord-Américain - qui peut être différent sur quelques points - et le paiement des droits d'inscription), interdisons aux nouveaux diplômés de s'installer en dehors du Québec avant une durée définie (par exemple 5 ans) et le problème du manque de médecins, de l'engorgement des Urgences et de l'inexistence de la prévention versus l'urgence seront résolu en quelques semaines.
    Que font les politiques ?? Que fait la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec ??
    Désespérément RIEN ! il va y avoir des élections ...

  • Christian Beaudet - Abonné 18 janvier 2020 10 h 29

    Les médecins français gagnent beaucoup moins cher que les médecins québécois ...et sont plus disponibles

    J’ai vécu en France quelques années et j’ai pu bénéficier de la grande disponibilité des médecins français. Or ceux-ci gagnent à peu près la moitié de ce que gagnent les médecins québécois. La consultation de base était alors de 23 euros. Dans l’article on voit qu’une consultation à domicile coûte 50$ en France et 190$ au Québec! M. Dion de la FMOQ affirme qu’il y a plus de médecins en France et pénurie au Québec qui pourtant est la province qui en compte le plus par habitant après la Nouvelle Écosse. Alors, si nos médecins gagnaient la parité avec les médecins français, nous pourrions cesser de contingenter les facultés de médecine et en former un plus grand nombre pour le même coût.

  • Céline Delorme - Inscrite 18 janvier 2020 10 h 32

    Faire le même travail avec la moitié des effectifs

    Il faudrait doubler le nombre de médecins au Québec pour se comparer à la France:
    Selon les statistiques officielles, sur google:
    Perspectives Monde Université de Sherbrooke en 2015
    France: 3.23 médecins pour 1000 habitants.
    Canada: 2.5 médecins pour 1000 habitants.

    Au Québec: 2.3 médecins par 1000 habitants.
    Couronne de Montréal 1.7 médecins par 1000 habitants.
    Selon l'institut de Statistique du Québec,2018, rapporté par Radio Canada: