La consommation de thés et cafés sucrés explose

La catégorie des thés et cafés sucrés a connu une forte augmentation, de 165%.
Photo: iStock La catégorie des thés et cafés sucrés a connu une forte augmentation, de 165%.

Même si les Québécois ont réduit de 20 % leur consommation de boissons sucrées en dix ans, selon une étude de l’INSPQ, boissons gazeuses, jus de fruits, cafés et thés sucrés ont toutefois toujours la cote. Québec a d’ailleurs créé un comité interministériel qui étudiera les meilleures pratiques pour en décourager la consommation, a appris Le Devoir.

« La consommation de boissons gazeuses a diminué de moitié et les boissons aux fruits de deux tiers entre 2004 et 2015. C’est une bonne nouvelle, mais les boissons sucrées demeurent la principale source de sucre dans l’alimentation », explique Céline Plante, auteure principale de l’étude « La consommation des autres aliments et des boissons chez les Québécois » publiée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) lundi. L’étude s’appuie sur des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes menée en 2015 par Statistique Canada.

Si l’eau reste le principal désaltérant — et de loin — des Québécois, 65 % d’entre eux ont déclaré avoir pris une boisson sucrée dans la journée de référence, celles contenant du sucre ajouté et les jus de fruit purs à 100 % confondus.

Un café glacé, c’est une slush pour adulte en fait

Bues en moins grande quantité, les boissons gazeuses demeurent en tête des préférences, représentant 39 % de la consommation totale de boissons sucrées dans une journée. Les thés et cafés sucrés se hissent en deuxième place (20 %). Les quantités de boissons aux fruits, de boissons lactées (lait au chocolat, boissons de soya aromatisées) et de boissons sucrées autres (boissons énergisantes ou vitaminées), représentent ensemble le tiers restant.

Et ce qui frappe les experts consultés par Le Devoir, c’est que, par rapport à 2004, la catégorie des thés et cafés sucrés a connu la plus grande augmentation, soit de 165 %.

Il faut dire que l’offre a explosé dans les dernières années. Les grandes chaînes de café et de restauration rapide rivalisent d’imagination pour proposer des boissons plus originales, mais très sucrées. Les cafés sont maintenant servis chauds, glacés ou frappés. Ils sont aromatisés de caramel ou de sirop de vanille, garnis d’une montagne de crème fouettée ou d’un coulis de chocolat. Parfois tout en même temps.

Les thés sont souvent aromatisés aux fruits ou agrémentés de limonade sucrée. Et on les retrouve partout : cafés, restaurants, dépanneurs, épiceries, machines distributrices.

« Un café glacé, c’est une slush pour adultes en fait », lance Bernard Lavallée, nutritionniste, auteur et chroniqueur connu sous le nom de Nutritionniste urbain. Il voit dans cette offre alimentaire une mode qui attire surtout les adolescents et les jeunes adultes. Une tendance qu’il faudra d’ailleurs surveiller à l’avenir. « Le problème, c’est que ces boissons ont bon goût, on aime le sucre, on en redemande. Après, les gens disent que c’est plate, boire de l’eau. C’est pourtant un besoin de base ! », s’offusque-t-il.

Pour Corinne Voyer, directrice de la Coalition poids, les constats de l’étude reflètent le travail de sensibilisation sur le terrain, axé surtout sur les boissons gazeuses et aux fruits.

La population veut être en forme, alors on va proposer de l’eau vitaminée et des boissons pour sportifs pour soi-disant mieux s’hydrater après un exercice. Mais c’est bourré de sucre.

Elle estime maintenant nécessaire de mieux définir ce qui entre dans la catégorie des « boissons sucrées » auprès de la population. « On ne pense pas qu’un lait au chocolat peut être mauvais. On ne se méfie pas du café rendu simplement moins amer avec du sucre. C’est sournois ! »

Et les compagnies profitent de la situation en développant toute une stratégie marketing pour créer de la demande avec de nouveaux produits. « La population veut être en forme, alors on va proposer de l’eau vitaminée et des boissons pour sportifs pour soi-disant mieux s’hydrater après un exercice. Mais c’est bourré de sucre », dénonce Mme Voyer.

Conséquences sur la santé

Les études scientifiques se sont pourtant multipliées dans la dernière décennie et démontrent un lien entre la surconsommation de boissons sucrées et le gain de poids ou l’obésité. Les personnes qui ont un penchant trop poussé pour ces boissons sont aussi plus à risque de développer des problèmes de santé et des maladies chroniques.

« On pense en premier au diabète de type 2. Mais il y a aussi un lien avec des risques cardiovasculaires comme le cholestérol sanguin et l’hypertension artérielle. Et il y a les risques de développer des maladies cardiovasculaires à long terme comme des infarctus, des accidents vasculaires cérébraux », énumère Benoît Arsenault, professeur agrégé à la Faculté de médecine de l’Université Laval, qui presse le gouvernement d’agir.

Action politique

Québec a justement mis sur pied un comité interministériel cet automne pour analyser les conséquences des solutions déjà employées à travers le monde pour restreindre l’attrait et l’accès aux boissons sucrées et énergisantes, a appris Le Devoir de sources gouvernementales. Le comité doit se réunir incessamment et aura un an pour formuler des recommandations à la ministre de la Santé.

« Un an, c’est long, alors qu’on sait déjà ce qui fonctionne. Ils ne font qu’acheter du temps », déplore de son côté Corinne Voyer de la Coalition poids qui presse le gouvernement d’instaurer une taxe sur les boissons sucrées depuis une dizaine d’années.


 
1 commentaire
  • Clément Fontaine - Abonné 15 janvier 2020 10 h 12

    Le sucre, LA drogue universelle

    Cela fait des décennies que les ravages du sucre industriel sont connus, décortiqués, dénoncés en long et en large. Sans grand résultat. Le sucre et sa corollaire la malbouffe sont des drogues si puissantes qu'aucun gouvernement ne veut se risquer à en restreindre la consommation par des mesures draconniennes, hormis dans les caféterias de certaines écoles et les hôpitaux - du moins en ce qui concerne l'alimentation des patients.

    À chaque fois que je vois quelqu'un gâcher son thé ou son café en y ajoutant le doux poison, j'au un pincement au coeur. Le sevrage progressif est la seule solution pour les acros en gardant à l'esprit que la plupart des aliments, y compris les légumes, contiennent déjà du sucre à l'état naturel.