La réforme Barrette critiquée à la Commission Laurent

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, a entendu plusieurs universitaires, mercredi, à Montréal.
Photo: Capture d’écran La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, a entendu plusieurs universitaires, mercredi, à Montréal.

Un spécialiste de l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, est venu expliquer devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse qu’avec la réforme Barrette, amorcée en 2015, « le social a été noyé dans le médical ».

Professeur à la School of Nursing de l’Université de Victoria, Damien Contandriopoulos a observé que la fusion des services de santé et des services sociaux, appelée communément réforme Barrette, a eu des effets globalement déplorables.

Elle a eu notamment pour conséquence de détruire des initiatives intéressantes, déplore-t-il, en ramenant les équipes les plus aguerries au niveau du plus petit dénominateur commun des services, au nom d’une nécessaire uniformisation.

Dans un projet aussi majeur, il y a forcément du bon et du mauvais. Je dis simplement que le mauvais l’emporte ici sur le bon.

À cette fin, plusieurs structures utiles ont vu leur mandat se rétrécir, a précisé avec aplomb le professeur Contandriopoulos. « Je suis convaincu que les bénéfices que le gouvernement a mis de l’avant n’étaient pas soutenus par les données. La réforme n’avait pas le potentiel d’apporter ni des économies, ni des gains en efficacité qu’on nous a promis. » Il n’y a pas eu de gains. Au contraire.

Occasion ratée

Interrogé par Hélène David, élue libérale et commissaire pour la durée des travaux de la Commission Laurent, le professeur Contandriopoulos ne s’est pas démonté pour autant. Il a observé que l’absence d’études approfondies sur les effets de la réforme invoquée par la députée David n’est pas pour autant l’équivalent d’un constat d’absence d’effets négatifs. Ceux-ci apparaissent à son avis indéniables.

« Les structures mises en place et les priorités ministérielles des dernières années n’ont pas été centrées sur le renforcement de l’interrelation entre le système de santé et des services sociaux, alors que ce système a été conçu, à sa base, sur ce rapport entre ces trois S », c’est-à-dire le système de santé et de services sociaux.

Y a-t-il eu au moins un effet positif avec la loi 10, a demandé la commissaire Lorraine Richard ?

« Je suis certaine que quelqu’un qui chercherait des effets positifs en trouverait. Dans un projet aussi majeur, il y a forcément du bon et du mauvais. Je dis simplement que le mauvais l’emporte ici sur le bon. »

Il y avait plusieurs façons de revoir les choses au Québec, dit-il. « On a manqué une occasion de changer les choses », en usant plutôt d’une façon extrêmement directive, « en ne mesurant pas et en n’écoutant pas où on pouvait améliorer les choses ».

Il faut arrêter de faire de cet enjeu un jeu politique, dit-il, et constater enfin la faiblesse des services offerts à l’enfance. Hormis des cas de scandales, on en parle très peu, regrette-t-il.

Le programme social lancé il y a 40 ans au Québec en matière de santé et de services sociaux est resté inachevé, faute de moyens et faute de formation, a soutenu pour sa part le professeur George Tarabulsy, professeur à l’école de psychologie de l’Université Laval, au début d’une journée d’audiences où les universitaires se sont succédé.

Des animaux

Mélanie Maxine Doucet a fait valoir, à la suite de recherches en Colombie-Britannique, que les jeunes issus des services sociaux ont un attachement particulier envers les animaux. Elle-même issue des services sociaux et aujourd’hui étudiante en doctorat, elle est la première à souligner devant la commission cet intérêt marqué et ses incidences.

« Je ne m’étais pas rendu compte moi-même que je possédais un chat depuis que j’ai 19 ans ».

Il y a beaucoup de bénéfices à tirer d’un animal pour un jeune, a expliqué en substance Mélanie Maxime Doucet. « C’est souvent la première fois, avec un animal de compagnie, qu’ils ressentent un amour inconditionnel. Ça les aide aussi comme « capital social » : l’animal devient une façon d’entrer en relation avec d’autres personnes dans leur communauté. »

Or, les logements, déjà insuffisants pour les enfants qui sortent des services sociaux, ne permettent pas, très souvent, de posséder des animaux. Mme Doucet a observé que des jeunes préfèrent l’itinérance à l’idée d’abandonner leur animal de compagnie.

La commission entend cette semaine une suite de spécialistes avant que ne débutent, la semaine prochaine, des rencontres avec des professionnels dans le cadre de 21 forums professionnels aux quatre coins du Québec. Jusqu’ici 1300 intervenants sont inscrits, a expliqué la présidente Régine Laurent.