À cause de la grippe, le système de santé fait une rechute

La saison de la grippe bat son plein et les urgences débordent en dépit de l’activation de cliniques hivernales censées soulager les hôpitaux.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La saison de la grippe bat son plein et les urgences débordent en dépit de l’activation de cliniques hivernales censées soulager les hôpitaux.

Déployées plus tôt cette année, les cliniques d’hiver peinent à désengorger les urgences et sont elles-mêmes sous pression ces derniers jours, la saison grippale battant son plein au Québec.

« J’étais à 10 h à la clinique sans rendez-vous, une des cliniques d’hiver, mais il n’y avait déjà plus aucune place, toutes prises via Bonjour-Santé. Parce que maintenant, il faut prendre un rendez-vous pour le sans rendez-vous », lance Christine Blais, 56 ans. LeDevoir l’a croisée mercredi matin à l’entrée du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Ne souhaitant pas attendre une journée de plus sans savoir ce qui pouvait bien lui causer toux, maux de tête, nausées et étourdissements, Mme Blais a préféré se rendre aux urgences pour obtenir un diagnostic et un traitement.

« Je vais attendre des heures, mais ce n’est pas comme si j’avais une autre alternative pour aujourd’hui », soutient Mme Blais. Des dizaines de personnes attendaient déjà leur tour aux urgences du CHUM à son arrivée et le taux d’occupation sur civière avait rapidement atteint sa pleine capacité, comme dans les autres hôpitaux de la région.

On manque tellement de places en première ligne qu’il faut presque choisir son heure pour être malade afin d’espérer être pris en charge la journée même. Ou alors, il faut être prêt à attendre un rendez-vous le lendemain

Pourtant, 26 cliniques hivernales ont été déployées à Montréal depuis début décembre, un mois plus tôt que l’année dernière. Il s’agit de cliniques médicales et de groupes de médecine de famille (GMF) déjà existants qui s’engagent à prolonger leurs heures de rendez-vous ou à rendre davantage de médecins et d’infirmières disponibles pour recevoir les patients sans médecin de famille.

Ce système, proposé par le gouvernement Legault, vise à désengorger les urgences qui débordent pendant la saison froide, les cas de rhume, grippe et gastro-entérite se multipliant.

La tournée des cliniques

Il était toutefois difficile d’obtenir une place mercredi matin, a constaté LeDevoir en contactant chacune des cliniques d’hiver de Montréal aux alentours de 10 h. Six d’entre elles avaient déjà rempli leur plage horaire de sans rendez-vous pour la journée, nombre de patients s’étant présentés aux aurores pour s’assurer une place. Quatre cliniques n’ont tout simplement jamais répondu à nos appels. Quant aux seize autres, elles renvoyaient directement vers les services de Bonjour-Santé qui propose de dénicher une place dans une clinique sans rendez-vous dans les 24 heures, contre une vingtaine de dollars.

Or, aucun rendez-vous n’était disponible sur Bonjour-Santé en matinée. Pour éviter de rester collé devant son écran, une version abonnée propose de texter les patients, pour une quinzaine de dollars de plus, dès qu’un rendez-vous se libère. Seules deux places se sont libérées dans la journée à Montréal. Deux autres exigeaient de se déplacer jusqu’à Châteauguay.

« On manque tellement de places en première ligne qu’il faut presque choisir son heure pour être malade afin d’espérer être pris en charge la journée même. Ou alors, il faut être prêt à attendre un rendez-vous le lendemain », déplore Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

D’après elle, si les cliniques hivernales permettent effectivement à plus de patients de voir un médecin, elles ne suffisent pas à répondre à la demande croissante. Elle s’étonne d’ailleurs de voir que seules 59 cliniques d’hiver ont répondu à l’appel cette année à travers le Québec, contre 71 l’hiver dernier.

« Il n’y en a qu’une seule dans les Laurentides et aucune à Laval, qui sont de grosses régions. Rien d’étonnant si les urgences débordent », note-t-elle. L’hôpital Cité de la Santé, à Laval, a atteint un taux d’occupation de 163 % mercredi après-midi, tandis que l’Hôpital de Mont-Laurier et l’Hôpital régional de Saint-Jérôme ont atteint 180 %.

Les urgences, un réflexe

De son côté, le Dr Réal Barrette, directeur de la Clinique médicale Maisonneuve-Rosemont, assure que la situation est récente car son établissement, désigné clinique d’hiver, ne remplissait pas toutes ses plages horaires de sans rendez-vous pendant les Fêtes. Le récent achalandage est surtout dû à la grippe plus virulente que d’habitude, ainsi qu’aux messages conseillant aux citoyens d’éviter les urgences.

Mais pour désengorger celles-ci, il faudrait surtout mieux informer et éduquer les Québécois sur les ressources disponibles, estime le Dr Barrette. Il conseille d’appeler le 811 ou de voir son pharmacien pour se faire rassurer, puis de consulter son médecin de famille, les GMF, les supercliniques ou encore les cliniques hivernales avant de se rendre aux urgences.

« Les urgences au Québec, c’est une culture. On va pas bien ? On va aux urgences. C’est comme ça depuis plus de trente ans. Il faut que cette habitude se perde », insiste-t-il.

Pour Alain Vadeboncoeur, urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, le problème ne se limite pas au manque de ressource en première ligne. Il pointe du doigt la pénurie de personnel soignant dans le réseau, ainsi que le manque de lits dans les hôpitaux. « Quand on parle de débordement des urgences, c’est pas seulement dans les salles d’attente, mais aussi sur les civières, toutes occupées, car il n’y a pas de place sur les étages. Les cliniques d’hiver ne régleront pas ce problème-là ».

1 commentaire
  • Marc Davignon - Abonné 9 janvier 2020 08 h 26

    Bon sens de bon sens.

    Bon sens! On constate qu'il manque de personnel soignant. Mais au fait, est-ce vraiment du monde qui <soigne> ? En effet, les infirmières qui désirent devenir des <supers-infirmière> (ayant le pouvoir de l'acte médical) et des médecins qui eux ont depuis longtemps délégué ces tâches à d'autres (aux infirmières, mais lentement celle-ci délègue aux <auxiliaires>, ceux sans <super> pouvoir).

    Bon sens! Il faut prendre un rendez-vous pour un <sans rendez-vous>! Ça, c'est l'autre aspect du problème; qui arrive avec une telle idée? Les gestionnaires ? Avec leurs <méthodes> <LEAN> et <SCRUM> cela ne serait pas surprenant. Il faut comprendre que la santé (le système) c'est pareil comme une entreprise qui fabrique des chemises, des conserves ou des ordinateurs (le secteur manufacturier est le lieu de naissance de cette pseudo-science).

    Mais, c'est sans bon sens! Comment peut-on arriver à de tel résultat? En considèrent (de façon erronée) que le <système> de santé c'est pareil qu'une usine de fabrication de quelque chose (certains gestionnaires feront tout aussi facilement le lien avec un <garage>; c'est pareil, tu arrives brisé et on vous répare). Avec les statistiques ils sont capables de prévoir l'avenir. C'est pareil! Il ne reste qu'à faire comme une <étude de marché>. Après six mois, ils sont capables de faire la projection pour le reste. Facile! Les chiffres ne mentent pas!

    Pendant ce temps, nous cherchons toujours : qui soigne ?