Hausse des accidents mortels dans le réseau de la santé

Si dans 85% des cas, un accident n’a eu aucune conséquence notable pour les patients, 452 personnes en sont décédées, contre 421 en 2017-2018.
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse Si dans 85% des cas, un accident n’a eu aucune conséquence notable pour les patients, 452 personnes en sont décédées, contre 421 en 2017-2018.

Chute, mauvaise médication ou erreur de traitements : plus d’un demi-million d’incidents et d’accidents sont survenus dans les établissements de santé du Québec en 2018-2019. Si ce nombre a diminué par rapport à l’année précédente, ces événements indésirables ont fait davantage de victimes, fauchant la vie de 452 personnes.

« C’est un gros chiffre sachant qu’un décès dans ces circonstances est toujours un décès de trop. Sans compter que les signalements sont à la discrétion des établissements », s’inquiète Marie Beaulieu, professeure à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke, spécialisée dans les sujets qui touchent les aînés.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a publié vendredi son rapport annuel sur les incidents (usager non touché) et les accidents (usager touché) survenus lors de prestations de soins de santé. Résultat : 500 502 « événements indésirables » ont été déclarés entre avril 2018 et mars 2019, une baisse de 2,5 %, comparativement à l’année précédente. Il s’agit surtout de chutes (37 %) ou d’erreurs de médication (26 %).

Si dans 85 % des cas, cela n’a eu aucune conséquence notable pour les patients, 452 personnes en sont décédées, contre 421 en 2017-2018. Le nombre de décès déclarés a d’ailleurs plus que doublé depuis 2011, où il était de 198.

Dans 62 % des cas, c’est une chute qui a mené au décès. Les événements classés « autres » sont la deuxième cause invoquée (26 %) ; le suicide et l’étouffement en font partie.

Dans les trois quarts des cas, les décès sont survenus chez des personnes de plus de 75 ans. « Comme les problèmes de santé sont plus fréquents dans cette tranche d’âge, [ces personnes] sont davantage susceptibles de consommer des services de santé et d’être touchées par des événements survenant dans la prestation de soins et services », note le rapport.

Un portrait qui inquiète tout de même sérieusement des experts et organismes de défense des patients.

Portrait incomplet

Aux yeux de Paul G. Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, les chiffres sont d’autant plus alarmants qu’ils ne reflètent pas la réalité. « J’entends tellement de plaintes de familles qui ont tenté d’en savoir plus à la suite du décès d’un de leurs proches, mais qui se sont fait barrer la route par l’administration, raconte-t-il. Certaines de ces histoires sont peut-être des accidents mortels qui ne sont pas comptabilisés dans ce rapport. Les chiffres sont très subjectifs ».

En 20 ans de service dans l’organisme, l’homme assure avoir vu se multiplier le nombre d’incidents et d’accidents dans le réseau de la santé.

De son côté, Marie Beaulieu, de l’Université de Sherbrooke, rappelle qu’il faut considérer ces chiffres dans un contexte de vieillissement de la population. Les établissements de santé sont aussi plus sensibilisés et font davantage de signalements.

Elle partage par contre l’avis de M. Brunet quant à la sous-estimation des événements. « Je ne pense pas que tout est déclaré. D’ailleurs, certains incidents ne sont pas à signalement obligatoire ». Elle s’étonne notamment du nombre d’événements (15 263) classés dans la catégorie « Abus, agression, harcèlement ». « C’est un petit nombre considérant qu’une loi oblige depuis 2017 au Québec à signaler les cas de maltraitance envers les aînés en CHSLD et les personnes qui sont sous tutelle. »

Il faut aussi dire que les intervenants du milieu ne s’entendent pas toujours sur la définition des catégories d’accidents ou d’un événement à déclaration obligatoire, a-t-elle constaté à travers ses recherches. « Il y a un manque d’uniformité. Ça varie d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre. Ça montre qu’il y a encore du travail à faire. »

Dans son rapport, le MSSS précise que sur les 139 établissements inscrits dans sa base de données, quatre ont rendu des données incomplètes. Un autre n’a rien transmis, mais il a fermé ses portes en cours d’année.

« Ce n’est pas acceptable. Il faudrait une plus grande surveillance de la part du ministère pour qu’on s’assure d’avoir les chiffres les plus proches de la réalité », lance Mme Beaulieu, outrée.

De son côté, le MSSS indique avoir envoyé une lettre aux directeurs des établissements pour « réitérer l’importance de la déclaration des incidents et accidents ».

Pas de plan d’action

Le MSSS assure prendre « très au sérieux » ces chiffres et la problématique des chutes, qui est « complexe et multifactorielle ». Il rappelle dans un courriel envoyé au Devoir que des initiatives ont été mises en place dans les dernières années, notamment pour réduire la « prescription futile ou inappropriée d’antipsychotiques chez les personnes atteintes de troubles neurocognitifs ». Les effets secondaires de ces médicaments peuvent entraîner des chutes.

Un plan d’action pour réduire la récurrence et la gravité des chutes devait aussi voir le jour à l’automne 2018, mais il a été reporté à l’automne 2019, pour finalement rester dans les cartons. « Le MSSS a fait le choix de concentrer ses efforts en matière de réduction des chutes aux initiatives prometteuses déjà en cours, tout en développant une formation sur les chutes intégrant l’approche partenariat avec les usagers et ses proches », précise le MSSS.

De l’avis de Marie Beaulieu, un plan d’action aurait pourtant permis de déployer une panoplie de mesures, d’essayer différentes stratégies, pour mettre un terme à ces nombreux décès, qui se jouent souvent à une chute près.

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 décembre 2019 05 h 18

    pour vivre pendant un certain temps et ensuite disparaître dans le grand cosmos

    ne sommes nous pas fait pour vivre pendant un certain temps et ensuite disparaitre dans le grand cosmos en fait que savons nous de ce grand cosmos qui possède ses propres regles et son propre rytme

    • Marc Therrien - Abonné 21 décembre 2019 15 h 52

      M. Paquette,

      Si tout le monde avait votre sagesse, on arrêterait de chercher tous les moyens de prolonger l'espérance de vie et ultimement, cette quête insensée de l'immortalité qui fait que de plus en plus de gens qui n'auront pas cette grande chance de mourir en santé dans leur sommeil subiront les affres de la maladie d'Alzheimer et d'une mort absurde comme celle de mourir de froid dehors parce qu'elles ne savent plus qui elles sont et où elles se trouvent.

      Marc Therrien

  • Simon Pelchat - Abonné 21 décembre 2019 09 h 20

    Mourir en santé

    Est-ce réaliste et bénéfique de penser mourir en santé surtout quand on atteint un âge avancé? L'intelligence artificielle nous donne peut-être l'espoir que l'humain va pouvoir vivre plus longtemps mais la nature nous apprend que toutes ses créations ont une date de péremption. La plus belle aide aux gens qui approchent leur date de péremption est de les accompagner avec bienveillance à apprivoiser leur mort imminente.