L’âge légal pour vapoter et fumer passe à 21 ans aux États-Unis

Le tabac et les cigarettes électroniques rejoindront bientôt l’alcool et le cannabis (dans les États où il est légal) parmi les produits limités aux adultes de 21 ans ou plus aux États-Unis.
Photo: Jose Luis Magana Archives Agence France-Presse Le tabac et les cigarettes électroniques rejoindront bientôt l’alcool et le cannabis (dans les États où il est légal) parmi les produits limités aux adultes de 21 ans ou plus aux États-Unis.

Le Congrès américain a adopté jeudi une loi relevant l’année prochaine de 18 à 21 ans l’âge minimum pour acheter tabac et cigarettes électroniques dans l’ensemble des États-Unis, saisis par une offensive anti-vapotage depuis le boum de la marque Juul dans les écoles secondaires.

Tabac et cigarettes électroniques vont donc rejoindre l’alcool et le cannabis (dans les États où il est légal) comme des produits limités aux adultes de 21 ans ou plus. Jusqu’à présent, 19 des 50 États américains avaient imposé cet âge minimum, la plupart depuis cette année.

La nouvelle loi fédérale le généralise partout, de l’Alaska à la Floride, et le changement sera effectif dans environ neuf mois, le temps de publier des décrets d’application précisant les sanctions contre les magasins contrevenants.

Ce relèvement vise à combattre la fulgurante popularité des vapoteuses chez les jeunes depuis quelques années, alors qu’ils sont de moins en moins à consommer de l’alcool et des cigarettes traditionnelles.

27,5 % des finissants à l’école secondaire disaient avoir vapoté dans les 30 derniers jours, selon l’enquête annuelle menée par le gouvernement en 2019, contre 11,3 % en 2016.

Une autre enquête de référence publiée mercredi, Monitoring the Future, montre que 52 % de ces jeunes déclaraient avoir bu de l’alcool l’an dernier, contre 73 % en 2000. Pour la cigarette, la proportion d’élèves ayant fumé dans le mois passé est tombée à 5,7 %, près de moitié moins qu’en 2016.

Non seulement le vapotage augmente, mais de plus en plus de jeunes vapotent du cannabis. 14 % des élèves ont déclaré l’avoir fait dans les 30 jours précédant le questionnaire.

Mais la mesure votée jeudi est loin de ce que le gouvernement de Donald Trump envisageait en septembre : une interdiction pure et simple des cigarettes électroniques aromatisées, plébiscitées par les jeunes.

L’été a en outre vu une crise sanitaire se greffer au problème des jeunes fumeurs : des vapoteurs, souvent dans leur vingtaine, ont commencé à tomber gravement malades des poumons. Une vaste enquête sanitaire a révélé que la cause était un ingrédient souvent ajouté dans des recharges infusées au cannabis et vendues sur le marché noir, l’acétate de vitamine E. À ce jour, 2409 malades ont été recensés, et 52 personnes sont mortes.

Pressions de l’industrie

Le président américain, initialement favorable à l’interdiction des arômes, a finalement reculé, apparemment persuadé par des conseillers que cela lui coûterait des voix à l’élection présidentielle de novembre 2020. L’industrie et les propriétaires de boutiques de vapotage avaient manifesté jusque devant la Maison-Blanche sous le slogan de « Nous vapotons, nous votons ».

Dans l’intervalle, le leader des cigarettes électroniques, Juul, associé au géant du tabac Altria, a volontairement cessé de vendre aux États-Unis ses arômes aux fruits, à la mangue ou au concombre, pour ne laisser que les goûts tabac et menthol (dans d’autres pays, la marque continue de vendre les autres arômes).

Donald Trump et les industriels se sont tous rangés derrière la solution d’une hausse de l’âge minimum à 21 ans.

Les militants antitabac et antivapotage restaient scandalisés par ce compromis.

« Juul et Altria se sont saisis de la question des 21 ans pour leurs propres raisons infâmes, pour dissimuler leur bataille contre l’interdiction des cigarettes électroniques aromatisées », a déclaré Matthew Myers, président de l’organisation Campaign for Tobacco-Free Kids, bête noire des cigarettiers.

L’âge seuil de 18 ans n’a pas empêché des générations d’adolescents de se procurer de l’alcool et des cigarettes, rappelle Rob Crane, président de la Preventing Tobacco Addiction Foundation, car les contrôles et les sanctions contre les commerces ont toujours été insuffisants.

Il blâme l’agence américaine des médicaments, la FDA, qui a autorité sur le tabac. « Sa négligence dans les contrôles des vendeurs est l’une des raisons pour lesquelles 5,2 millions d’élèves américains inhalent régulièrement de la nicotine hautement concentrée », dit Rob Crane.

La FDA, qui avait promis pour l’automne de nouveaux textes réglementaires sur les cigarettes électroniques, semblait paralysée depuis le renoncement du président Trump en novembre.