Des professionnels en santé mentale inquiets

Près de quart des professionnels du domaine de la santé mentale et des services sociaux songent à quitter leur profession, selon un sondage. 
Photo: iStock Près de quart des professionnels du domaine de la santé mentale et des services sociaux songent à quitter leur profession, selon un sondage. 

Huit ordres professionnels du domaine de la santé mentale et des services sociaux ont tiré la sonnette d’alarme mercredi, inquiets du manque d’accessibilité des services et de la démobilisation de leurs professionnels. D’une seule et même voix, ils pressent le gouvernement d’agir.

« On interpelle le gouvernement pour que ça change et qu’il n’y ait pas de dérapage », explique Guylaine Ouimette, présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ).

Au printemps 2018, l’OTSTCFQ et sept autres ordres ont sondé leurs membres pour comprendre les enjeux auxquels ils font face au quotidien, en ce qui a trait à la qualité et à l’accessibilité des services.

Sur 20 904 professionnels, 44 % ont répondu au sondage, soit 9239 personnes. Les organisations participantes sont l’Ordre des psychologues du Québec, l’Ordre des ergothérapeutes du Québec, l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec, l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, l’Ordre professionnel des sexologues du Québec et l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec.

« Les résultats sont préoccupants », a déclaré Mme Ouimette en conférence de presse mercredi.

Plus de la moitié des répondants au sondage (56 %) estiment que les patients attendent trop longtemps avant d’obtenir le service dont ils ont besoin. Et 39 % jugent qu’il y a encore un écart entre le moment où un client est retiré des listes d’attente et celui où il reçoit concrètement le service demandé.

D’après la majorité des répondants, ces temps d’attente sont préjudiciables pour les clients et peuvent même contribuer à aggraver leurs problèmes.

Les répondants ont également souligné, lors du sondage, leur incapacité à faire un suivi avec leurs patients en temps opportun. Dans la majorité des cas (46 %), c’est le manque de soutien matériel et technique qui est montré du doigt. D’autres évoquent plutôt un manque de soutien professionnel clinique ou bien administratif.

Démobilisation

Cette situation, en plus d’affecter la population en attente de services pour aller mieux, pèse aussi sur le moral des professionnels en santé.

Parmi les répondants, 49 % affirment songer régulièrement à quitter leur poste, sans toutefois vouloir quitter leur milieu professionnel. Et près du quart des sondés assurent même envisager de quitter leur profession.

« Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, c’est très préoccupant quand il y a 24 % des gens qui pensent à quitter la profession. On doit tout faire pour fidéliser [ces professionnels] et reconnaître leur contribution, non seulement pour les retenir, mais aussi pour qu’ils aient le goût de rester pour offrir des services de qualité », soutient de son côté le président de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec, Denis Leclerc.

Pistes de solutions

Les représentants des huit ordres professionnels demandent ainsi à Québec de trouver des solutions « durables et efficaces » au plus vite. Ils ont d’ailleurs rencontré la ministre de la Santé, Danielle McCann, en novembre pour lui faire part de leurs constats avant de les rendre publics.

D’après eux, la priorité est de diminuer le temps d’attente des patients en augmentant le nombre de ressources, financières et humaines. « Depuis plus de 15 ans, le domaine de la santé mentale et des services sociaux est le parent pauvre du système de santé. Il y a eu très peu d’investissements et plusieurs coupes qui ont des répercussions aujourd’hui », affirme Mme Ouimette.

La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou, croit également nécessaire de revoir la façon d’évaluer les professionnels. Plutôt que de miser sur la performance — c’est-à-dire la quantité de personnes vues par chaque clinicien —, c’est la qualité du service offert qui devrait être évaluée. « Actuellement, rien ne permet de regarder si le patient va mieux. On ne sait pas, comme clinicien, si on a choisi les bonnes interventions et si elles ont donné des résultats », déplore Mme Grou.

De son côté, la ministre McCann a rappelé par voie de communiqué que le sondage avait été réalisé « avant l’arrivée du gouvernement actuel ». Elle s’est néanmoins dite à « l’écoute des préoccupations des professionnels », assurant vouloir travailler avec les huit ordres pour « offrir les meilleurs soins et services possible ».