Une enquête policière ouverte après une mort suspecte dans un CHSLD

La police de Trois-Rivières a annoncé lundi l’ouverture d'une enquête pour élucider la mort d'un résident octogénaire atteint d'Alzheimer.
Photo: iStock La police de Trois-Rivières a annoncé lundi l’ouverture d'une enquête pour élucider la mort d'un résident octogénaire atteint d'Alzheimer.

La police de Trois-Rivières a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête du coroner pour élucider les circonstances entourant la mort de Guy Bastien, un octogénaire atteint de la maladie d’Alzheimer qui résidait au Centre d’hébergement Roland-Leclerc.

« Compte tenu [du fait] que des événements entourant le décès sont survenus dans un CHSLD [centre d’hébergement de soins de longue durée], des enquêteurs ont amorcé une enquête en vertu de la Loi sur le coroner, afin de déterminer les causes et les circonstances ayant causé le décès. Aucun autre détail ne sera transmis avant la conclusion de l’enquête », a précisé la police locale par voie de communiqué.

Guy Bastien, 82 ans, aurait été blessé à la tête après avoir chuté lors d’une altercation avec un gardien de sécurité vendredi soir, d’après ce qu’ont rapporté les membres de sa famille auprès de plusieurs médias.

C’est son fils Marc Bastien qui a appelé les services d’urgence en découvrant son père dans un état critique dans sa chambre.

Son père est décédé dimanche matin des suites de ses blessures. Il souffrait d’une fracture du crâne et d’une hémorragie cérébrale, selon ses proches. Sa famille a porté plainte contre le CHSLD, lui reprochant de ne pas avoir transféré Guy Bastien à l’hôpital après l’incident.

Le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (MCQ) a aussi lancé une « analyse interne ».

« Chaque personne qui a été un acteur ou un témoin des événements sera rencontrée [et] nous allons colliger les actions qui ont été posées », a déclaré Carol Fillion, président-directeur général du CIUSSS MCQ, en conférence de presse.

L’analyse permettra d’établir si les protocoles ont bien été appliqués et s’ils sont toujours à jour. Des correctifs seront apportés au besoin.

M. Fillion a tenu à préciser que son personnel est adéquatement formé pour intervenir en cas de chute d’un résident.

Des chutes qui font d’ailleurs partie du quotidien en CHSLD, d’après le directeur adjoint au programme soutien à l’autonomie de la personne âgée au CIUSSS MCQ, Sébastien Rouleau.

« Il arrive malencontreusement que, suite à des événements comme ceux-là, la santé du résident se détériore », a-t-il ajouté en conférence de presse.

Des propos qui ont vivement fait réagir Paul Brunet, président du Conseil de la protection des malades. « Pour avoir de telles blessures, il faut être tombé violemment. Ce n’est pas une simple faiblesse ou un étourdissement qui peut entraîner ça », s’offusque-t-il.

Il se questionne d’ailleurs sur le nombre d’employés présents vendredi soir, bien que le manque de personnel ne puisse excuser « un tel drame ».

Recours à une firme externe

Le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec – FIQ a confirmé être intervenu à plusieurs reprises dans les derniers mois au Centre d’hébergement Roland-Leclerc, en raison du manque de personnel de soins le soir et la nuit.

Mais vendredi soir, l’équipe médicale était au complet, soutient l’agent d’informations au CIUSSS MCQ, Guillaume Cliche.

L’agent de sécurité en place provenait par contre d’une firme externe ce soir-là. « On privilégie [le fait] de faire affaire avec notre personnel à l’interne, plus formé à la réalité d’un CHSLD — ils reçoivent 32 heures de formation de plus. Mais vient un moment où il faut pallier le manque de personnel et faire appel à des agents de sécurité de firmes externes », indique-t-il.

La compagnie les Commissionnaires du Québec n’avait pas rappelé Le Devoir au moment où ces lignes étaient écrites. L’avocat des Commissionnaires, Marc-Antoine Cloutier, a toutefois indiqué lundi sur les ondes de RDI que l’agent en poste vendredi soir avait plutôt « redirigé » le résident vers sa chambre et qu’à ce moment-là « il y a eu chute ».

L’agent de sécurité est présentement en arrêt de travail, souffrant d’ecchymoses en raison de son altercation avec le fils du résident, Marc Bastien, survenue quand ce dernier a découvert l’état de son père. L’agent a d’ailleurs porté plainte à la police.