Des médecins spécialistes au secours de leurs collègues en régions

Pendant la rupture de services en obstétrique à La Sarre en avril dernier, Miranda Dessureault a dû faire une heure de route pour accoucher à Amos.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Pendant la rupture de services en obstétrique à La Sarre en avril dernier, Miranda Dessureault a dû faire une heure de route pour accoucher à Amos.

Les médecins en obstétrique-gynécologie se sont engagés à s’entraider à l’avenir pour éviter les ruptures de services qui touchent les régions et obligent des femmes enceintes à parcourir des dizaines de kilomètres pour accoucher, a appris Le Devoir.

Ce nouveau plan de remplacement découle d’une entente spéciale signée récemment entre le ministère de la Santé et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), dont Le Devoir a obtenu copie. Elle doit être dévoilée sous peu en même temps qu’une entente spéciale pour les médecins spécialistes en chirurgie générale. Les deux ententes entreront en vigueur à compter du premier décembre.

De La Sarre à Amqui, en passant par Maria, La Malbaie ou encore Mont-Laurier, les médecins spécialistes se relaieront d’un hôpital à l’autre pour remplacer un confrère malade ou en vacances. Des situations habituelles qui entraînent parfois la fermeture du service d’obstétrique pendant plusieurs jours — voire plusieurs semaines — dans les établissements de santé en région, où le manque de personnel se fait le plus ressentir.

En tout, une trentaine d’établissements sont ciblés par ces ententes. Ils pourront faire part de leurs besoins annuels de remplacement pour pallier les absences prévisibles. Des « groupes concertés » de médecins seront aussi mis en place pour apporter de l’aide à leurs collègues des régions, pour assurer le maintien des soins à la population et éviter les découvertures.

Une équipe volante se tiendra quant à elle prête à remplacer en tout temps dans les cas précis de ruptures de service imprévues.

Les obstétriciens de partout à travers la province pourront se porter volontaires, bien que « l’autonomie régionale et la reconnaissance d’obstétriciens qui exercent dans la région » seront privilégiées, précise la lettre d’entente.

Et pour rendre ces remplacements plus attrayants, des primes journalières allant de 750 à 1400 dollars — selon la région, la durée et le moment de l’année — seront versées. Ces sommes proviennent d’une enveloppe qui n’avait pas encore été utilisée, prévue dans l’accord-cadre entre la FMSQ et Québec en 2018.

Tous les médecins devront par contre s’engager pour une période d’un an et la durée minimale d’un remplacement sera d’une semaine pour les groupes concertés.

Dans la dernière année, les cas de femmes ayant dû parcourir plusieurs kilomètres pour accoucher se comptent par dizaines.

En avril, Le Devoir s’était d’ailleurs rendu à La Sarre, en Abitibi-Ouest, où le centre de natalité devait rouvrir ses portes après deux mois de bris de service. Dans le même mois, une femme de La Malbaie a mis son enfant au monde dans sa voiture en direction de Québec, puisque l’hôpital le plus proche de chez elle manquait de personnel pour assurer le service.

Le ministère de la Santé et la FMSQ comptent aussi mettre en place un « comité de suivi paritaire » pour évaluer l’offre de services en obstétrique et l’efficacité de ce plan de remplacement. Il pourra notamment émettre des recommandations de façon ponctuelle, et soumettra un rapport final d’ici deux ans.

Du côté de la chirurgie générale, l’entente est calquée sur celle des anesthésistes conclue au printemps 2018, indiquent nos sources. C’est-à-dire un jumelage entre hôpitaux d’une même région, qui se prêteront des médecins spécialistes en cas de besoin.

Jointe par Le Devoir, la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, a refusé de commenter ces ententes, qui doivent être dévoilées « sous peu ». Elle s’est dite toutefois « satisfaite d’en être arrivée à une entente avec le ministère, qui permettra de commencer le travail dès le 1er décembre et d’offrir de meilleurs soins aux Québécois ».