Une coalition accuse la FMOQ de bloquer les soins palliatifs à domicile

Les soins palliatifs à la maison tardent à être mis en place.
Photo: Dean Mitchell Getty Images Les soins palliatifs à la maison tardent à être mis en place.

Le Québec est une société distincte jusque dans la mort, selon une coalition qui accuse le syndicat des médecins de famille de bloquer le déploiement des soins palliatifs à domicile.

Malgré une entente conclue entre Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) il y a plus d’un an, un seul groupe de Soins intensifs à domicile (SIAD) a été accrédité, alors que près d’une vingtaine sont prêts à être déployés sur un objectif de 68 pour la province. Certaines équipes ont même décidé d’offrir les services quand même, malgré le fait que leurs médecins ne soient pas rémunérés pour cette pratique, parce que la FMOQ refuse de donner son aval à leur déploiement.

« Les patients dont le souhait est de demeurer à domicile sont pris actuellement en otage », a lancé la docteure Louise La Fontaine, présidente de l’Association québécoise des soins palliatifs (AQSP), en conférence de presse mardi.

Le Québec au dernier rang

Or, le Québec fait figure de parent pauvre dans la capacité de permettre aux personnes de mourir chez elles, entourées des soins appropriés. Seulement 11 % des Québécois meurent chez eux, une hausse d’à peine 1 % depuis 1998. Pendant ce temps, dans le reste du Canada, en excluant le Québec, la proportion de décès à domicile est passée de 19,3 % à 30 %.

Le Québec est d’ailleurs au dernier rang des pays occidentaux en la matière, alors que les sondages démontrent que 70 % des Québécois souhaitent mourir à domicile.

« Une société est jugée à la façon dont elle traite ses plus vulnérables », a rappelé la docteure La Fontaine.

La FMOQ au banc des accusés

La Coalition du Québec pour l’accès aux soins palliatifs et l’AQSP ont fait une sortie en règle contre la FMOQ, mardi matin à Montréal, pour dénoncer cette situation. Des médecins, des infirmières, des proches aidants et même un patient en soins palliatifs sont venus dénoncer cette situation et appeler la Fédération à cesser de faire obstruction.

« Nous questionnons sérieusement l’origine de ces blocages. Il serait odieux, mais vraiment odieux, de réaliser que la population est prise en otage pour des raisons syndicales », a affirmé la docteure La Fontaine.

L’une de leurs porte-parole, la docteure Geneviève Dechêne, a reproché à son syndicat de favoriser à tout prix le travail en milieu hospitalier, qui est beaucoup plus payant pour ses membres que les services à domicile. Pourtant, plus d’une quarantaine de médecins ont été formés en médecine palliative au cours des cinq dernières années et souhaitent pratiquer dans ce domaine, mais moins du tiers d’entre eux ont la possibilité de le faire, faute de postes accordés dans leur domaine de spécialisation.

Joint par La Presse canadienne, le président de la FMOQ, le docteur Louis Godin, a vigoureusement défendu son organisation, jetant plutôt le blâme directement dans la cour du ministère de la Santé et ses interminables tergiversations bureaucratiques.

« Le gouvernement nous a dit, pendant plusieurs semaines, puis plusieurs mois : nous allons vous revenir pour vous dire où on doit déployer les groupes et quels types de groupes », explique-t-il. Finalement, l’été dernier, Québec a promis de présenter un plan détaillé. « Trois mois plus tard, nous sommes toujours en attente de ce plan-là », peste le médecin syndicaliste.

« Donc, de dire que c’est la Fédération qui bloque ça, c’est complètement farfelu », s’insurge-t-il. Quant à l’argument selon lequel la Fédération s’oppose au déplacement des médecins de l’hôpital vers les soins palliatifs à domicile, il affirme que la position de son syndicat est précisément l’inverse : « La question des soins palliatifs et du maintien à domicile est une priorité pour les médecins de famille. »

« Nous avons négocié une enveloppe spécifique pour les SIAD. Nous avons convenu d’une entente pour offrir ce soin. L’argent est là spécifiquement pour ça et nous, après ça, on bloquerait le fait de leur verser cet argent ? C’est complètement farfelu », reprend-il une deuxième fois dans l’entrevue.

L’urgence comme mouroir

Les intervenants ont été unanimes à dénoncer le fait que le réseau se serve encore des hôpitaux et, pire encore, des salles d’urgence comme point d’arrivée des soins palliatifs.

« C’est inadmissible de laisser des personnes malades et sans soins palliatifs à domicile envisager l’obligation de vivre leurs derniers instants de vie à l’urgence, comme si l’urgence était devenue un mouroir », a déploré Fernand Patry, président-directeur général de la Fondation Jeanne-Mance, qui accompagne les patients en soins palliatifs.

Un de ces patients, Raymond Duranceau, s’était même déplacé pour participer à la conférence de presse et son propos était aussi simple et direct que touchant : « Je ne veux pas aller dans un hôpital, attendre 3-4 heures, » pogner « d’autres maladies ou des virus. […] On demande juste que le médecin soit là jusqu’à ce qu’on parte. C’est tout ce que je demande. Est-ce que c’est possible ? »

La docteure Christiane Martel, qui oeuvre également en soins palliatifs, portait de son côté le message d’une simplicité désarmante d’une patiente de 79 ans : « Personnellement, docteure, j’ai surtout besoin d’aide médicale pour vivre ».