La FIQ déçue du projet de loi sur les «super-infirmières»

La clinique d’infirmières SABSA a ouvert ses portes à Québec en 2011.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La clinique d’infirmières SABSA a ouvert ses portes à Québec en 2011.

Le projet de loi sur les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) impose encore trop de contrôles de la part des médecins, déplorent les syndicats d’infirmières.

Le projet de loi 43 est un « rendez-vous manqué », a dit la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Nancy Bédard, en commission parlementaire mardi après-midi. Les médecins « veulent garder certaines parties sur leur territoire », « diriger et contrôler certains éléments », a-t-elle déploré.

La FIQ est particulièrement irritée par l’article 2 du projet de loi qui obligerait l’Ordre des infirmières à consulter le Collège des médecins lorsque viendra le temps de préciser le projet de loi et les spécialités des IPS dans son règlement interne.

Les infirmières trouvent aussi que l’éventail des diagnostics qu’elles peuvent faire est trop restreint dans le projet de loi. On y stipule que les IPS peuvent diagnostiquer les maladies « courantes » si six conditions sont respectées, dont « l’absence de détérioration significative de l’état général de la personne ».

 

 

 

Or les IPS veulent qu’on retire ces critères et qu’on leur donne simplement la possibilité de diagnostiquer des « maladies », comme leurs consoeurs dans le reste du Canada.

Lors des échanges, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a elle-même fait remarquer que la catégorie des « maladies courantes » était « floue ». « J’ai moi-même demandé au ministère c’est quoi, une maladie courante », a-t-elle fait remarquer candidement lors du passage du Collège des médecins.

Or le Collège et la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) semblent y tenir. La FMOQ craint qu’on « banalise » la complexité des diagnostics. « Il y a une limite à ce qu’elles peuvent diagnostiquer », a fait valoir son vice-président, Sylvain Dion. Une IPS peut sans problème diagnostiquer du diabète ou une maladie pulmonaire, a-t-il ajouté, mais peut-être pas une maladie angineuse.

Pas d’effets « magiques »

En donnant plus de pouvoirs aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS), la ministre de la Santé espère améliorer l’accès aux services de santé dans le réseau.

Or la FMOQ l’a prévenue qu’il n’y aura pas « d’effets quasi magiques ».

« Certes, ça ne nuira pas, mais la vraie solution, c’est la correction des pénuries d’effectifs qui existe actuellement », a dit le président, Louis Godin.

La formation universitaire d’une IPS est de sept ans. À l’heure actuelle, le réseau compte 465 IPS et le gouvernement s’est donné pour cible d’en avoir 2000 en 2024.

Or même la FIQ doute que cela soit possible. « Ça va être difficile d’atteindre les cibles juste avec les éléments qu’on a actuellement », a reconnu Nancy Bédard.

Cliniques d’infirmières

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a par ailleurs manifesté peu d’ouverture à la création de cliniques d’infirmières au Québec, à l’image de celles qui existent en Ontario et en Colombie-Britannique.

C’est ce qui s’est dégagé d’un échange avec le Conseil de protection des malades (CPM) mardi matin. « Il y a des provinces qui l’ont fait avant nous autres », a dit le président du CPM, Claude G. Brunet. « Il faut qu’elles [les IPS] puissent ouvrir des cliniques d’infirmières », a-t-il ajouté. L’existence de la clinique SABSA, à Québec, prouve que c’est possible, a-t-il fait valoir.

Dans sa réponse, la ministre McCann a plutôt laissé entendre qu’il fallait miser sur la collaboration entre médecins et infirmières. Elle a ajouté qu’elle préférait l’embauche de plus d’IPS en CLSC et en GMF à la création de cliniques d’infirmières. « On a du potentiel interdisciplinaire dans les GMF et même à l’extérieur, en CLSC », a-t-elle dit. La ministre a aussi souligné que SABSA était « un cas unique ».

Entre autres ajouts, l’Association des IPS (AIPSQ) a également demandé à ce que ses membres puissent fournir l’aide médicale à mourir, ce qui n’est pas prévu actuellement. Selon les données fournies par l’Association, ailleurs au Canada l’aide à mourir est prodiguée par une infirmière dans 2 à 8 % des cas.